FIER
1 5. Des eaux de la colère un fier débordement.
GoRii. , Office de la Vierge, V.
95 On rappeloit Alcimadure :
Fier et farouche objet, toujours courant les bois. - La Foirr., FM., XII, a/i.
189 Ce n'est pas pour toi seul qu*elle esifière et chagrine. - Dbsph., Sot. X.
/iSg Dois-je prendre pour juge une troape insolente,
jy'unfier usurpateur ministre violente. - Rac, Théb,, II, 3.
-¥ Corneille n*em^\oie fier que dans ce sens, qui est perdu maintenant. Cependant /E«r avait aussi le sens de tr orgueilleux, arrogant?), qui Im est seul resté: vtFier, dit Nicot [1573), c^est arrogant, superbe, et qui a le regard, maintien et contenance d^une beste sauvage que le latm appelle yèra. Aussi vient-il de^ffrus, et, partant, se prent aussi pour cruel, inhumain, es anciens romans : fiere fut la bataUle, c*est-à-dire cruelle, sanglante et de grand carnage ... Le tout est ainsi prins , d'autant que ce qui suit Torgueil et arrogance, c^est la cruauté, sauvageté et inhumanité.»
Le P. Bouhours, dans ses Remarques nouv,, 8*étend longuement sur le sens du mol fier, sens qui n^est pas celui de Molière :
«Le moi fier, dit-il, est tout françois en sa signification fine, et les mots qui luy sont semblables dans les autres langues n^expriment point ce que nous entendons par une mine fière, une beauté jS^e. Férus et ferox ne répondent point kfier. D y a bien de la différence entre fier et sauvage, farouche, féroce, barbare, crud. D y en a mesme entre fier et généreux ou hardi , que ferox signifie quelquefois. . . Fier, dans la signification que Tuy donnent les gens polis, n*a rien de choquant et est plut6t une louange qu*une injure. Il signifie quelque chose de délicat et de vertueux; sHl y entre de Torgued, de Taudace, de Tair galant, c'est un noble orgueil, c^est une audace mêlée de pudeur, c^est un air galant, honneste. La fierté dont nous parlons est toujours accompagnée de la belle gloire, et n^est opposée ni à la douceur ni à la modestie. Une même personne peut être douce et fiere tout ensemble , et avoir dans la physionomie je ne sçay quoy de fier et de modeste . . . Fierté, quand il se dit d'une femme , . . . emporte toujours vertu. 11 signifie les manières dédaigneuses, mais nobles et engageantes que le Tasse donne à la sage Sophronie. . . Qusina fierté se dit d'un homme, il signifie particulièrement hauteur d*Ame, passion pour la gloire, délicatesse d'honneur, je ne sçay quoy de grand et de vif dans les sentiments et dans Tair, qu'on ne sçauroit bien exprimer que par le mot de fierté, . . r>
BouHODRs, Rem, nouv,, 3*édit, 168a, p. 55-6i.
Ménage, qui prend volontiers à partie le P. Bouhours, lui reproche d'avoir dit que vfierlé emporte toujours vertu». Cela n'est pas vray, dit-il crûment. Une femme peut éirefière à l'égard de plusieurs hommes, et trop complaisante à l'égard de quelques autres :
L'honneur de la belle Caliste
De quinze amans est combatu;
Un seul est témoin de son vice,
Et quatorze de sa vertu. - Mi5. Observ., 1676; II, p. 11 5- 11 6.
Leven de Templery est d'accord avec le P. Bouhours :
rrLa signification d'orgueil est insolente, et celle de fierté n'est que hautaine. L'une marque une présomption enflée qui ne sied à personne; et l'autre, une audace honnête qui ne sied pas mal aux gens extraordinaires et à ceux qui sont sans reproche. M. de Voiture en a fait la difl'érence dans une lettre où il y a : trJe ne dis pas ceci par orgueil, «mais par cette fierté que produit la bonne conscience. . . 7» Enfin, Madonte,. . . n'est-il pas vray que vous n'êtes rien moins qu'orgueilleuse? et cependant vous avez une noble fierté qui défend au plus audacieux de s'cmaiiciper auprès de vous.» - Le Génie et la politesse de la langue frunçoise , iu-ia, 170.5, p. 85-87.
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