ENGENDRER (S
Il est du tempérament qu'il faut pour engendrer et procréer des enfants bien conditionnés. - Mal. imag., II, 5.
Ne fait-il pas un bien inestimable à ceux qui l'ont engendré. - Malh., II, 8*.
89s Nous sommes orphelins; rendez-nous notre père,
Notre père, par qui nous fûmes engendrés. - Rac, Plaid., III, 3.
11 falloit donc . . . croire que le Pcrc éternel avoit engendré son Fils à deux fois. Bossubt, Avert. aux Proteet., in- 4°, 1689-1691 ; VI, S 7, p. A 77.
11 (le Ministre Jurieu) nous allègue. . . que souvent faire signifie engendrer en nostre langue, ce qu'il prouve par cette noble façon de parler : «Que les hommes font des enfants et les animaux des petits». Ainsi malgré l'Ecriture, malgré la tradition, malgré la foy de Nicée, il dira quand il luy plaira (j'ay honte de le répeter) 3ue Dieu a fait un Fils, et portera jusques dans le ciel la plus basse façon de parler e nostre langue.
Id., ibid.; VI, S 11&, p. 6a3 ; - Cf. Id., ibid., ibid., p. 84, 6a A, 6st5.
Engendrer, aufg.; engendrer la mélancolie.
Allons, morbleu! Il ne faut point engendrer de mélancolie.
Méd. maigri lui, I, 6.
a 53 La Cour, plus que jamais polie,
Kengendre point mélancolie. - Lobet, Muze histor., 3i août i658.
i85 Je croy qu'à prézent l'Italie
W engendre point mélancolie. - Id., ibid., 37 août 1661.
8 Ce seroit folie
Hi1 engendrer la mélancolie. - Id., ibid., 1" mars 166a.
La risée recommença alors, et le Cavalier fut contraint de faire comme les autres, n engendrant pas d'ordinaire beaucoup la mélancolie.
Araspe et Simandre, 1670; I, p. i65.
Engendrer (S'), se donner un gendre; engendrer, munir d'un gendre.
655 Et qu'auriez-vous donc fait sur moi, ehétif beau-père? Ma foi, je m'engendrois d'une belle manière, Et j'allois prendre en vous un beau-fils fort discret.
£'À.,lIf 5.
Voici Monsieur Diafoirus le père, et Monsieur Diafoirus le fils, qui viennent vous rendre visite. Que vous serez bien engendré!
Mal. inxag.y II, h.
Quand mon gendre pour vous. . . — C'est donc là votre gendre? Votre gendre? — Oui, son gendre, et des mieux engendré».
Th. Cor*., /). Céear d'Aval. t V, 4.
ENGER — ENJÔLEUX 219
Il m'attend comme gendre? — Avec impatience. . .
Ii voudrait dès demain vous avoir engendré. - Corh., Galant doublé, I, t.
Vous serez le beau-père de France le mieux engendré. - Regrard, Coquette, II, i .
Enger.
* Voir t. I, p. 110, Anger.
Engloutir.
Poua! Vous nC engloutissez le cœur. - G. Dand., III, 7.
* Cette expression a été relevée par Richelet (1680) sans observation; il dit :
«Engloutir, absorber. La mer engloutissait les matériaux. Vaugelas, Q. Curce.
ît* Il vient, la bouche béante, engloutir tous mes trésors. Vaugelas, Q. Curce. A force de boire, il a englouti tout son bien. Ablarcocrt, Âpo. Qui n'eût cru que cette tempête alloit engloutir tout le Rouergue? Patro, Plaid., 7. Pouas! vous in engloutissez le cœur! Mol. G. Dand., III, 7.1»
L'astérisque qui précède le second paragraphe de cet article «montre que le mot ou la phrase sont au figuré».
EN HARNACHER, harnacher, équiper; au figuré.
195 Car en chasseur fameux j'étois enharnaché. - Princ. cPEl. , I, a.
Vous moquez-vous du monde, de vous être fait enharnacher de la sorte? - Bourg, gent., III, 3.
Des gregues d'un faux salin jaune. . .
Enharnachoient son chien de eu.
Saut-Amant, Œuvr., bibl. elzév., I, p. si 3.
De superbes plumets leur tête empanachée Sous des coques de noix étoit enharnaekée.
Trad. de la Batrachomyomachie , dans Trévoux.
Au propre :
Un cheval bien embouché ,
Bien mis, bien enharnaché,
Housse d'une étoffe honneste. - Brébeuf, Lucain trav., 1606, p. 9a.
* On disait de même encharger, charger; enromller, rouiller; envieillir, vieillir, etc. — Voir ces mots.
ENJÔLEUX : enjôleur; prononciation.
M1™ Jourdain. — C'est un vrai toyoleux. - Bourg, gent., III, û.
230 ENJÔLEUX
Quand mesme je l'eusse recogneu pour un enjôleux, je n'eusse pas laissé de hiy faire du bien. - Chapelain, Trad. de Guzm. oYAlfar., i63o; III, p. 937.
II me poursuivit de si près, qu'enfin il m'enjôla de sa fille unique, et me la fit épouser. - Id., ibid.; 111, p. 33 1.
Ceux qui vivent parmy nous. . . nous enjôlent et endorment avec le son, l'ombre et l'éclat de ces verreries. - Id., ibid., III, p. 3 60.
... A chanter par nature ,
Ou par bécarre ou par bémol,
La game et Tut ré mi fa sol,
Et pour engeôler les oreilles ,
Vous êtes doctes à merveilles. - Ricber, Ovide bouffon, 1669, p. 601.
Là-dessus, ce nouvel amant D'un agréable compliment Flatte la belle et la cageollc , Si bien et si beau qu'il Yengeolle A venir dans le chaud du jour Dans le bois promener un tour.
Id., xbid., p. 7 a ; - Cf. Id., ibid., p. 607.
* Enjôler, autrefois engeôler, c'est faire ce que font les oiseaux en geôle (cage), qui attirent les autres par leur chant.
Costar employait volontiers la terminaison en eux pour eur :
Ce jeune garçon. . . est icy en réputation d'estre brave, et de n'estre point f«frelleux. - Costar, Lettr., i65g; II, 12 (Au maréchal de Gramont).
Si j'estois esseuré que . . . vous continuassiez d'estre aussi Jlateux, je me garderas bien de faire des vœux pour vostre retour.
Id., ibid., p. 87 (À Af. Le Fèvre, chan. eTAngen).
En 1671, à propos de connoiteeur ou cotmoisseux, Sorel parle de la prononciation de la finale eur ou eux :
cr Quand on dit les connoiueux au lieu des connoieeeure, je le trouve de la dernière bassesse. C'est parler de même que les gens du peuple qui finissent en eux tous les mots en eur, comme quand ils disent un Brodeux, un Doreux, un Laboureur, an lien de Brodeur, Doreur, Laboureur. Il est vray que par accoustumance les sçavans peuvent parler ainsi; mais de l'écrire et de s'en servir mesme en ce qui est imprimé, comme ceux qui, depuis peu, ont mis les connoisseux dans leurs livres, c'est une affectation de la nouveauté qui ne paroît point supportable à quelques personnes.') - Sorel, Connoiu. de$ Lie., 1671, p. 397-398.
En 1675 , dans ses Bem. nouv. eur la lang. franc., le P. Bouhours reprend la question : «Comment faut-il prononcer la dernière syllabe des noms terminés en turf», et donne trois règles à ce sujet : — I. Eur fait sonner IV dans les mots dérivés du lat. en er : obatob, orateur; — II. L'r sonne aussi dans les mots qui n'ont pas de fém., ou n'ont pas le fém. en eute, comme : empereur, veneur; — III. k Quand les noms en eur ont un fém. en euse, comme menteur, menteuse , faiseur, faiseuse , etc., on prononce eur quelquefois ferme, et quelquefois mollement, comme s'il y avoit eux : c'est mon procureur, c'est mon procureux; un menteur, un menteux. On prononce eux d'ordinaire en deux rencontres: — I. Quand il suit quelque chose après le mol : le procureux du Roy, le procureux général; un ijrand faUeux de madrigaux, un diseux de rien; — II. Quand on parle simplement, sans emphase et sans émotion, et l'on dit : vous êtes un petit menteux, c'est oa flateux. Au contraire, quand on le prend sur le haut ton, qu'on parle avec emphase et qu'on s'échauffe en parlant, on prononce eur : vous êtes un menteur, c'est un beau parleur.*