‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 26 sur 455 · ACHEVÉ · texte numérisé non relu

ACHEVÉ

55a Et la faveur du Ciel vous a bien conservée

Si ces derniers discours ne vous ont aehmjée. - Gobr., Suite du Ment,, II, 3.

1174 • . . Jamais on n^a vu tyran plus achevé. ~ Id., Perth,, V, 9.

D ne vous manquoit plus qpie vous faire hypocrite.

Vous êtes de tout point achevé, je le voi. - Th. Gorh., D, Juan, V, a.

ramène pour ma soeur un mari d'importance ; G'est un homme achevé, cadet, mais de naissance.

MoRTPLiuiT, Coméd, poète, II, 5.

G*est un âne achevé, blesse par le cerveau. - Id., Dame médecin, II, 6.

Ge n*étoit qu'un coquin, un Mpon achevé, - Poisson, Faux Moicov,, se. â.

La description des cérémonies est une pièce achevée, - Sir., II, iâ8.

# L'emploi du mot achevé, dans ce sens, parait remonter au xvi* siècle ; cependant on ne le trouve noté dans aucun dictionnaire avant celui de Richelet (1680); T Académie ne le donne pas dans sa i** édition (169/1), mais le donne dans la seconde (1718).

Diaprés le P. Bouhours, Bem. nùuv., 3* édit. 168a : «Quand ce mot se dit des choses, il se prend toujours en bonne part. . . Mais quand achevé se dit des personnes, il sê prend en bonne ou en mauvaise part.»

Pour achever, dans un sens défavorable, on employait aussi la locution achever de peindre.

Pour V achever de peindre, se trouvèrent en ses chausses. . . un jeu de cartes, une baie de des , le petit flageolet pour faire ripaille au soir, comme ils parient en Anjou. - N. DU FiiL, Contet et Diec, d'Eutrapel, édit. Jouaust, II, p. a 8.

Les roquets se jettent à mes jambes ... Je me fusse bien voulu retourner pour leur faire peur; mais je n'osois l'entreprendre, craignant d'en attirer encore plus sur moy, et de m*achever de peindre.

Ghàpilaih, Trad, de Guzm, d'Alfar., i63o, III, p. 68. -Gf. Id., ihid., I,p. lâg.

J'ay veu aussi des livres en prose où l'on trouvoit de telles façons de parler que ceile9-cy : «Gela arriva pour V achever de peindre, • . n Tout cela est dedans des autheurs que les ignorans trouvent très bons.

SoRKL, Berg, extrav., édit 1639, ^^^« F* ^^^*

Tout ce qu'ils purent faire, ce fut de payer leur déjûné. . . Mais pour les achever de peindre, ils trouvèrent le garçon apoticaire qui s'informoit partout si personne n*avoit vu amasser un pain de sucre.

D'OuviLLB, Qmtee, i64&,édit. Jouaust, I, p. 993.

Et lors, pour V achever de peindre, Gloanthus est prest de l'atteindre.

ScARROH, Virg. trav., édit. 1706, II, p. aa.

La tristesse m'a vaincu; Je ne fay plus que de plaindre.

Et pour ïn'achever de peindre Un furoncle me vient. . .

Siiht-Amiiit, Œuvr., Biblioth. elzév., I, p. /170.

Un lyon cent fois plus à craindre , Et, pour mieux l'achever dépeindre.

Un scorpion qui te^poindra ,

28 ACHEVÉ — ÂGRETÉ

Un cancre qui te mansera Te feront détester la vie.

RiCHii, Ovide bouffon, 1669, p. 118. - Cf. Id., ibid,, p. âi3.

Epargnes4ui ces pas. Il n^est plus temps de feindre.

Le YOid. •— Nous voiUi bien aehmféi de peindre. - Rbgkiid, Joueur, V, 7.

Poisson a employé cette locution dans un double sens :

S*il remmène è Madrid, j*y vais. — A quelle fin? — Tu rignores? — Non, non, je voi votre dessein. Votre portrait s*y fait, et je sçai qu^il doit estre Dans une grande place élevé pour paroitre ; Mesme, il doit étrê vu de tous les curieux. Gomme il n*est que croqué, vous voulez qu'il soit mieux; Je connois votre numeur, et vois que, sans rien feindre. Vous ailes à Madrid vous achever os peindre.

Poisson, Foux de qualité, se 7.

Acoquiner , accoutumer.

i/i55 Mon Dieu, qu'à tes appas je suis acoquinél — Dép. am.^ IV, &.

Nous les verrions (les femmes) nous courir, sans tous ces respects et ces soumissions où les hommes les acoqumenU - Princ. JHELy III, a.

4t «Nous sommes comme ces vieux locataires que la longueur du temps a tellement ocoqwniê en une maison que, quelques incommodités qu^ik y reçoivent, il leur est impossible aen vouloir partir.» - Miui., trad. dee Ép, de Sén., ép. lxi, t. U, p. 5Ai*

Je vous confesse ma poltronnerie; je suis acoquiné k la vie.

Baliag, Lett. à Conrari, 91 juillet i653.

Vous faites donc de Tarchitecte, Et votre vertu qu*on respecte S'acoquinera de façon Que vous passerez pour maçon.

SciBBOH, Virg, trav,, Paris, David, 1705, I, 807.

On «'aco^tnf à servir ces gredins-lA, je ne sais pourquoi.

Rmraid, Sérénade, se. la.

Le premier dictionnaire où nous trouvions acoquiner, aecoqumer, est celui de Nieot, 1573 :

vAccoquiner, dit-il, c*est rendre quelqu*un ou quelque beste si priveement en sa hantise, que ne veuille être nuUe part ailleurs. — Aeeoquiner un oiseau. — Aeeoquiner ausar est prendre le train paresseux a un coquin et fayneant, comme : U t'eet accoqmné,v

ÂGRETÉ.

Je vous abandonne. • . à Yâereté de votre bile. — Mal. imag.y III, 5.

Ce n*est pas par des simples que Vdcreté de mon sang peut se guérir.

Rbgrabd, Hom, à h, fort,, I, &.

^ Ambroise Paré, liv. VII, ch. xv, parle de «r l'acrimonie de Thumeur bilieux».

acrostiche — acte 29

Acrostiche.

679 fen veux faire un poëme en forme d'acrostiche. - Fàck.y III, a.

4t n débite aussi des vers aero9Mie9 où les lettres de quelaues noms sont au commencement ou au milieu. . . Il faut. . . que son entendement soit furieusement accroché dans ses vers oeroÈlichn. - Soibl, Polyandre, II, &i5>&i6.

J^ay veu qu^un sonnet aeroêticke, Anagramme par Temistiche Aussi bien que par les deux bouts, Passoit pour miracle chez vous.

SAiirr-AHAiiT, CEuvr., Le Pékê erMté, édit. Gh.-L. livet, dans la BibUoth, tlzh., 1, 190-99 1.

ff AcaosTiCHi. Ouvrage composé d*autant de vers qu^il y a de lettres dans le nom qu*on a pris pour sujet, et dont chaque vers commence par une des lettres de ce nom prises de suite.» - AcAD.

P. Delaudun d*Aigaliers dans son Art poàiquê (1^7) ne pvle pas de Tacrostiche. G. Colletet n^en dit qu^un mot dédaisneux dans son Iraùé du ionmH (i658) : selon lui, les sonnets retournés sont «un travail fort laborieux et qui n*est pas de grande édification, non plus que les sonnets aerottiehet, mésosticbes, en losanges, en croix de Saint-André, et antres maures grotesques dont on peut voir le véritable modèle dans les écrits alam- Inquei de nabanus Maurus». - P. 87.

A la fin du premier prologue du Chariot de triomphé. . . par Hugues Miilotet (1B61) , on trouve :

i*'acte. 9* acte. 3* acte. V acte. 5* acte. Sainte Reine priez pour nous.

Toutes les scènes de la présente tragédie commencent par chaque lettre de ces cinq paroles, et tous les acteurs et actrices qui ont représenté ladite tragédie ont leur aeroêtichê en leurs discours par chaque lettre de leur nom et surnom. - Imp. à Autun , chez Bl. Simon ,

Ménage, dans ses Olaerv,, I, 1679, p. 191, remarque expressément que le mot aero" tiiekê est masculin : ce qui donne à penser que quelques personnes le faisaient féminin.

Vingt ans après Ménage, Andry de Bois-Regard écrit :

vAcroêtiehê. On fiiit ordinairement ce mot féminin.» Et il ajoute : «C^est une chose fort méprisée aujourd'huy que ïacrottiche, et, quand on dit d*un poète que c^est un faiseur d^aeroHidnê, c^est en dire assez pour le rendre ridicule; en effet, il n*y a qu*un petit esprit qm puisse mettre son application à une si petite chose, joint que jamais on ne vit de bons vera dans une aeroetieke. . . 9

Audit db Bois-RzaïaD, Ré/Î. eur l^utageprée, de la lang,fr,, 1699, p. 99-98.

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