‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 366 sur 455 · COMÉDIE · texte numérisé non relu

COMÉDIE

Faut-il faire un si grand vacarme, pour une comédie que M. le Vicomte me donne? — Escarb,, se. 8.

Mais quels comédiens sont-ce? — Ceux du Marais.

— Du Marais I du Marais! Je crois qu^on s*étudie. . .

— Comment? vous donnent-ils gratis la comédie î

— Ont-ils accoutumé de la donner gratis?

MoRTPLBUBT, Amhigu com,, i*' interm., se. 6.

3|e Le P. Boubours a pris la peine de préciser pour nous le sens dans lequel était pris le mot comédie au xtu* siècle :

crQuoy-que la comédie, dit-il, soit une espèce particulière du poème dramatique, ce mot en François signifie toute pièce de théâtre, jusqu^à celle qui n^a rien du tout de comique. Nous disons, en parlant des pièces tragiques qui se jouent : tr aller à la comédier». Nous disons : «Les comédies de M. Corneille ont un caractère Romain et je ne sçay quoy «d'héroïque qui leur est particulier; les comédies de M. Racine ont quelque chose de fort «touchant, et ne manquent guères d'imprimer les passions qu'elles reprâentent.»

crUaulcur d'un petit ouvrage, qui est le plus pur et le plus délicat du monde, dit de saint Augustin: tril s'accuse de s'être laissé attendrir à la comédie,ii L'auteur d'un autre ouvrage très ingénieux introduit Alexandre Hardi, ancien poète tragique, disant de soymesme : «En trois jours, je faisois une comédie, les comédiens l'apprenoient, et le pubÛc «la Yoyoit.T) L'usage paroit clairement dans ces deux exemples.

cr Aussi M. le Prince de Conty a intitulé ce qu^il a écrit contre ces sortes de divertissemens profanes : «Traité de la comédie et des spectacles», et, pour justifier son titre, il remarque luy-mesme que ce nom d'une espèce particulière est devenu un nom général qui convient à toutes les pièces de théâtre, soit qu'elles soient effectivement des comédies, soit que ce soient des tragédies. Il n'y a qu'une occasion où l'on doit se servir du mot de tragédie : c'est quand on parie des pièces de théâtre qui se représentent dans les collèges. Ce seroit mal dit : «J'ay esté â la comédie du collège de Clermont»; il faut dire : «à la traffgédie».

«Ce que j'ay dit du mot de comédie se doit entendre quand on parie en général de ces spectacles. Car si on parloît d'une pièce en particulier, et qu'on voulust en marquer le caractère, il faudroit user du mot de tragédie, en cas que la pièce fust tragique, et dire par exemple : «rAndromaque est une tragédie,"» Et ce qm confirme cet usage, c'est que les maistres de l'art donnent à leurs pièces tragiques le titre de tragédie : Andromaque, tragédie. Cependant, allant voir jouer Andromaque, il faut bien se g^irder de dire : «Je m'en «vas â la tragédie v^ et aussi, en considérant la nature de la pièce, il ne faut pas dire : «An- «dromaque est une comédien^ quoy-qu'il faille dire, en parlant d'Andromaque : «C'est une «des plus belles comédies qui ait paru sur le théâtre», parce qu'alors il ne s^agit pas de Tespèce, et qu'on ne parle qu'eu général. . . d - Le P. Bodhodbs, Rem. nouv, sur la long, franc., 3* édit., 1683, p. ioo-io3.

La Remarque du P. Rouhours est très ingénieuse ; cependant il a oublié qu^au collège de Clermont on jouait des comédies et l'on dansait des ballets : ces jours-lâ , les spectateurs ne pouvaient pas dire qu'ils allaient à la tragédie.

Comédie : donner la comédie, aufig.^ locution.

106 Je vous dirai tout franc que cette maladie,

Partout où vous allez, donne la comédie. — Misanth.^ I, 1.

Finissons un peu tout cela, je vous prie, et ne donnons point la comédie â toute la ville. - Raron , Rendez^ous des Tuileries, II, li.

On va me tympaniser par la ville , et je vais donner la comédie â tout Paris.

RfORABD, Divorce^ m, 9.

426 comédiens — comme

Comédiens : les grands comédiens.

On a fait une pièce contre Molière, que les Grands Comédiens vont jouer. - Impr, de Vers., se. 5.

* Les Grands Comédieru sont les comédiens de Thôtel de Bourgogne , en grande rivalité avec la troupe de Molière. Ils avaient le titre de Troupe royale,

La Troupe royale était ainsi composée en 1676 :

«Les sieurs de Hauteroche, de la Fleur, Poisson, de Brécourt, de Champmedé, de la Tuilerie, de Villiers; après la mort de Molière, elle recruta La Thordière, Baroo, Beauval.

«Les demoiselles de Beauchasteau , Poisson, Dennebaut, de Brécourt, de Ghampmesl^, de la Tuilerie, de BeHerose, de Montfleury, de Floridor, puis de Beauval.» - Chafpczuc, Le Théâtre françois , 1676, liv. 111, ch. xtxv.

Commandant, dominant.

Un vin à sève veloutée, armé d'un vert qui n'est point trop coiimandant. — Bourg, gent., iV, i.

Commandeur.

Bois, et chante ta chanson, pour régaler le Commandeur,

Z). Juan, IV, 8.

* On appeloit Commandeur un membre, un chevalier d*un ordre militaire de cbevalerie, qui était pourvu d^une commanderie, ou, comme écrit Furetière, commenderie, c'est-à-dire d'une espèce de bénéfice ou d'un certain revenu appartenant à l'Ordre. Il y avait des commanderies dites de rigueur, qu'on obtenait à son rang, et des commandmes de grâce ou de faveur, dont le Grand Maître de Tordre avait la libre disposition. Il y avait en France des commandeurs de Malle, c'étaient les plus nombreux, et de Saint-Lazare. En Espagne, où se passe la pièce de D. Juan, il y avait des commandeurs de Calalrava, <k l'ordre de Saint- Bernard, et des commandeurs d'Alcantara, de l'ordre de Saint-Antoinf.

Comme, combien, à quel point.

Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre.

Aféd, malgré lui, III» 7.

Vous n'ignorez pas, sacliant ce que je suis, comme il (ce mariage) choque mes intérêts. - VAv,, III, 7.

Je te veux faire toi-même, maître Jacques, juge de cette affaire, pour montrer comme j'ai raison. - Ihid., IV, 4.

Voyez comme Amour est artificieux blesseuri

D'Urf*, UAstrée, 161/1, 1, p. ^^, - Cf. Id., ifctrf., p. 3o5% 3ao% 383', etf.

Comme , en qualité de ... ; comme étant • . . , se rappot^tant au sujet.

557 Comme sage,

J'ai pesé mûrement toutes choses. . . — TarU, II, a.

Je vous envoie, au lieu de moi, pour le portrait que vous savez, ce gentilhomme François qui, comme curieux d obliger les honnêtes gens, a bien voulu prendre ce soin. - Sicil., se. 10.

3(( Il y a ici une ellipse : tr comme je suis sage»; — dans le Mariage forcé , se. & , on lit : 9 comme wmt eeUê un fort galant hommes; ici, écrivant en prose, Molière a pu employer le verbe 9 voue Mtet», dont Téquivalent manque au vers 667 du Tartuffe,

Nous voudrions bien, comme vos amis, lui rendre nos devoirs.

Bourg. gentUh.f V, 3.

Nous venons faire la révérence à Votre Altesse, comme amis de Monsieur votre beau-père. - Ibid.^ V, 4.

93 Mais comme notre père, il excuse nos crimes. - Malh., Staneee tpirit.

Le Seigneur, comme juste qu*ii est, a haché la tète des pécheurs.

GoBif., IX, p. a3o : Office de la Vierge,

iEnéas luy dit , comme sage , Qu'il commençast par le potage.

— Voire, mais nous n'en avons pas. Dit lulus pariant tout bas.

ScARBOif, Virg. trav,, Paris, David, 1706, II, p. 910.

D entre et fait le pied derrière,

Et demande, comme civil.

Sire, OU Seigneur, que vous plaist>il?

RiCHER, Ovide bouffon, 1669, p. 959.

98 Monsieur Tabbé trouvoit cela bien dur,

Comme prélat qu'il étoit - La Fort., V, p. 396 : Contée, IV, 6.

Elle ne nomme point son mari . . . , comme étant amoureuse de Paris.

Rac, Ltr. annotée : CoU, de» Gr, Écriv,, VI, 198.

Votre femme est jolie, et, comme son époux. Vous avez des amis qui parieront pour vous.

MoNTFLBimr, Éc, de» Jaloux, II , h.

Joseph et Marie, comme pauvres, offrirent les presens que les pauvres avoient accoustumé d'offrir. - Bossubt, Catéch, de Meaux, in-19, 1687, p. 87.

Cette forme de langage est remarquable pour nous, parce que les mots comme »age, comme civil, etc., se rapportent au sujet; mais quand des roots de ce genre se rapportent au régime, ils sont encore dans l'usage courant.

Je t'ay pris comme »age, et je me fie à toy.

D'Odvillb, Coiffeuee à la mode. II, ii.

Comme, lorsque, au moment où. . .

Comme je le fus voir. . . - Bourg. genU, IV, 3.

Comme ils furenl soûls, ils mirent les armes bas.

Mâlh., Trad, de Sén, Bienf,, V, iri.

1006 Mais comme il s^est vu seul contre trois adversaires. . . — Cour., Hcr,, III, 6.

i|c «Cette phrase et ce tour, qui commencent par comme, sont familiers k ComeiUe. D n*y en a aucun exemple dans Racine», dit Voltau^, par erreur {Comment, êwr CorueSk: Nicomède).

Comme il sortoit des bains.

Rac, Trad., V, 5i6 : Fm ie Diog. {CdL âet Gr. Écrie.)

Comme il fut sorti de Delphes, et qu^il eut pris le chemin de la Phocide, lei Delphiens accoururent. - La Fort., 1, Sa : Fi> d'Ésope.

Comme il eut demandé à boire, on luy présenta dans une éponge du fiel et du vinaigre. - Rossuet, Catéch. de Meaux, in-ia, 1687, p. 67.

Dans quel temps Dieu Ta-t-il donné (le Décalogue) à Moïse? — Après la aoiiie d^Égypte, comme le peuple cstoit dans le désert. - Id., tbid., p. 1&9.

Gomme, comment.

280 Qu'esl-ce qu'on fait céans? Comme est-ce qu'on s'y porte?

Tarf., I, A.

981 Ha! si vous aviez vu comme j'en fis rencontre! — Ibid., I, 5.

3ùti Je sais comme je parle; et le Ciel voit mon cœur. - Ibid., aH

lio3 Voilà mes gens, voilà comme il en faut user. — Ibid. y ibid.

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