‹ L’hérédité normale et pathologiqueChapitre 1 sur 17 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La lecture des publications médicales et mes conversations avec des médecins, soit dans les relations privées, soit dans les sociétés savantes dont nous faisons partie ensemble, m'ont conduit à penser qu'un exposé complet et détaillé des connaissances acquises en zootechnie sur le sujet de l'hérédité, ainsi qu'une application de ces connaissances à la pathologie, seraient peut-être bien accueillis par eux. C'est ce qui m'a décidé principalement à publier ce livre.

L'étude des phénomènes héréditaires se heurte, dans les familles humaines, à des difficultés de plusieurs genres. Parmi ces difficultés, la seule que je veuille viser ici, parce qu'elle n'est pas la moindre, est celle qui dépend de la lenteur avec laquelle les générations s'y succèdent. Cela met l'observateur dans l'impossibilité d'en suivre lui-même au delà d'un très petit nombre. A l'égard des animaux domestiques il n'en est pas ainsi. Dans le cours d'une vie humaine ordinaire il est au contraire loisible d'en observer au moins une quinzaine. Leurs générations se succèdent au plus tard tous les trois ans, car ceux de ces animaux dont la puberté est la plus tardive sont aptes à se reproduire avant d'avoir atteint l'âge de deux ans. La zootechnie

VI PRÉl<ACE.

offre donc sur ce sujet un vaste champ d'observation précise et certaine, au lieu des enquêtes le plus souvent suiettes à caution dont les médecins sont obligés de se contenter. En outre, nous avons l'avantage, nous autres, de pouvoir expérimenter à volonté, de pouvoir provoquer la manifestation des phénomènes que nous voulons étudier.

Comme il ne viendra sans doute à l'idée de personne de contester que les faits d'hérédité observés chez les animaux domestiques soient de tout point applicables aux familles humaines , aussi bien pour l'hérédité pathologique que pour l'hérédité normale, il y a lieu d'espérer que les résultats de nos études spéciales pourront fournir aux médecins des éclaircissements auxquels ils ne seront pas indifférents. On y peut vraisemblablement compter surtout de la part de ceux qui s'intéressent particulièrement aux maladies nerveuses, au moment où ils se préoccupent de plus en plus des antécédents héréditaires de leurs malades.

D'un autre côté, la littérature contemporaine, décidément engagée dans la voie de l'analyse des caractères et de l'observation exacte des faits sociaux, semble accorder une grande importance aux influences héréditaires. On ne risque peut-être pas de blesser les prétentions de nos philosophes et de nos romanciers, dont le grand talent est reconnu, en disant que plus encore que les médecins ils ont besoin de ces éclaircissements. Leurs œuvres les plus attachantes et les plus fortes nous ont souvent fait regretter qu'ils n'eussent pas été mieux renseignés sur l'état de la science au sujet de ces influences. Ils trouveront dans le présent livre, s'ils

PRÉFACE. Vil

veulent bien prendre la peine de le lire, de quoi rectifier les erreurs auxquelles ils ont été entraînés. Et j 'ose croire que leurs œuvres futures n'y perdront point.

Ce livre s'adresse donc d'abord aux médecins, en vue desquels surtout il a été écrit, mais aussi à tous ceux qui, à un titre quelconque, s'intéressent aux questions d'hérédité. On s'est attaché à lui donner, au plus haut degré possible, le caractère de précision scientifique résultant de l'interprétation exacte des faits. L'hérédité pathologique ne peut être mise en lumière que par la connaissance préalable des lois qui régissent l'hérédité normale ou naturelle. Ces lois ayant été plutôt supposées ou imaginées que dégagées de l'observation rigoureuse, dans les ouvrages antérieurs dus à des auteurs non spécialistes, on s'explique de la sorte comment les pathologistes ont été souvent induits en erreur dans leurs recherches particulières. C'est pourquoi, avant de passer en revue les principales maladies réputées héréditaires, nous avons étudié, d'une manière générale, les divers modes de l'hérédité, comme nous le faisons, mais avec moins de détails, dans notre enseignement, en vue de l'établissement solide des méthodes zootechniques de reproduction.

Il n'est sans doute pas besoin de signaler le soin qui a été donné par nos éditeurs et amis à l'impression de ce volume, afin qu'il fût digne d'être présenté au public auquel il s'adresse. Je tiens seulement à leur en adresser ici mes remerciements.

Mars 1893.

Page 1