‹ Liber memorialisChapitre 106 sur 336 · XXIII · texte numérisé non relu

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Examen d*une formule donnée par Poisson, et qui a également occupé MM. Diricfalel et Gauchy ; Schaar cherche à simplifier ses calculs et è en déduire quelques conséquences qui avaient échappé à ces habiles géomètres. H. Quetelet lui reproche une brièveté excessive : Schaar ne songe qu'au but do ses recherches, et « compte peut-être trop que le lecteur est, ainsi que loi, initié à tous les

( * ) Ontre plusieurs cbaloupe8,8oità rames» soit à voiles, de dimensions diverses, il construisit un petit cutter de 15 tonneaux avec leqnel , pendant les vacances universitaires, il visita à diffi^ntas reprises les eaux ijatérieares de la Hollande, les c6tes extérieures de notre pays et même, en dernier lieu, la côte nord de Franee jusqu'à Galais , d'oii il alla jusqu'à Douvres. La dernière embarcation

qu'il fit exécuter d'après ses plans et sous sa direction fut un cuUer de 65 tonneaux belges, lequel, au dire de plusieurs hommes compétents, est, sous beaucoup de rapports, d'une coupe et d'une construction irréprochables. (Note communiquée à M. QueiHet par M, Henri Schaar fil»), {*] Ibid.

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faits ci k l'ensemble des leciarcs qui l'ont inspiré. »

8** Sur le développement de ({--'% jcz + 2 •) — 1 suivant les puissances de z

(Bull, de TAcad., première série, t. XV, 2 p. 1848, p, il5).

9* Sur la réduction d*une intégrale multiple {Ibid.y p. 500).

Démonstration nouvelle d'une Tomiule d'intégration très-simple, à laquelle était déjà parvenu Diriclilet.

40** Sur les propriétés dont jouissent les produits infinis qui expriment les racines des nombres entiers (Ib., t. XVI, ^ p. 1849, p. 580).

i !" Sur la théorie des résidus quadratiques (Mm. des membres de TAc-, t. XXIV, in-4S 1849).

Timmermans rendit compte de ce travail dans les termes suivants : « Le mémoire de M. Schaar concerne les résidus quadratiques dont l'illustre Gauss a fait la base de la résolution des équations indéterminées du second degré. On sait que les propositions fondamentales de cette théorie ont été démontrées par ce- géomètre au moyen d'une analyse sublime qui lui est propre, mais qui a le défaut d'isoler cette branche des mathématiques. — Les principaux théorèmes ont ensuite été repris par plusieurs géomètres et démontrés par des procédés divers, plus en rapport avec l'analyse vulgaire ; des géomètres, comme Legendre, leur ont donné plus d'extension et ont fait connaître des propriétés nouvelles et importantes. Il restait encore à les faire découler d'une source commune et à les vulgariser en quelque sorte, en rendant plus simple et plus facile l'accès de cette théorie. C'est ce que H. Schaar est parvenu à faire avec un grand bonheur. La théorie des résidus quadratiques, qui jusqu'à présent était réservée aux Mémoires académiques , peut aujourd'hui entrer dans le domaine de l'enseignement même assez élémentaire. C'est là un service réel rendu à la science. >

iî® Recherches sur la théorie des résidus quadratiques (1 bid . , t. XXV, in-4®, i850).

i3<» Sur les oscillntions du pettdule en ayant égard à la rotation de la terre (lbid.,t,XXVI,in-4»,i851.

Cet écrit se rapporte à la célèbre expérience de Foucault, qui rend la rotation de la terre sensible à l'œil. « Le phénomène, dit Schasr, est loin d'être aussi simple qu'on

pourrait le croire, et je ne puis partager l'avis d'un illustre géomètre, lorsqu'il prétend que l'explication en doit être donnée par la simple géométrie, et que les principes de la dynamique n'y entrent pour rien, il est vrai qu'à cause de la |ietitesse de la vitesse angulaire de la terre, le plan du pendule paraît tourner d'un mouvement uniforme autour de la verticale ; mais il n'en est rigoureusement ainsi, quelle que soit l'amplitude des oscillations, qu'au pôle. Si la vitesse angulaire de la terre était telle que la résultante de la force centrifuge et de la gravité fût nulle à l'équateur, la chute des graves se ferait . sous une latitude quelconque, dans le sens de l'axe de rotation, et, dans ce cas encore, le mouvement du plan d'oscillation du pendule serait uniforme. » Bien que le Mémoire de Schaar soit très-court, dit M. Quetelet, on voit que l'auteur a pris plaisir à le composer et qu'il s'applaudit en quelque sorte de marcher librement dans sa voie.

W Sur la réduction de Vespressim

^- — en fractimis continues, (Bull,

de TAcad., !'• série, l. XVII).

15^ Notice sur la ditnsion ordonnée de Fourier et sur ses applications à Vexfracfûm d€ /a racine carr^«(Ib., t. XVIII, 2« p., 4851, p. 144).

16' Note sur le développement des

expressions de la forme - — en

fraction continue (Ib., t. XIX, l"p., 1852, p. 16).

17* Rapport sur une note de M. Carbonnelle intitulée : Examen du cas douteux dans les triangles spléniques (Ib., t. XIX. 3« p., 1852, p. 42).

18* Rapport sur un Mémoire de M. A.

Genocchi sur la théorie des résidus quadratiques (Ibid., t. XX, première partie, 1855, p. 145).

19* Rapport sur une note de M. Genocchi relative à la démonstration élémentaire d*une formule logarithmique de M. Binel(lbîd., t. XX, 2*p., p 591).

20* Rapport sur un Mémoire de M.

Liûgre sur Torganisation de la Caisse des veuves, avec des applications à la Caisse des veuves et des officiers de rarméebelge (lb.,t, XX,3«p., p. 157).

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21 <* Rapport sur un Mémoire de concours de la classe des sciences pour 1 855, relatif à FéUt des connaissances dans (Intégration des équations aux dérivées partielles des deux premiers ordres (Ib., t. XX, y p., p. 354).

S2<* Rapport sur un Mémoire de M.

Cartfonelle sur l*altération des fonctions et des équations (ib., t. XXI, p. U).

25<* Sur la théorie analytique des coniques (Ib., 2« série, t. VI, 1859, p.

24*^ Sur les variations des éléments des orbes planétaires (Ib., t. VI, p. ni). — Suite à ce travail (Ib., t. VII, 1859, p. 44).

25'' Eléments de calcul différentiel et de calcul intégral Bruxelles, 1862, un vol. in-8^ de 480 pages.

Ouvrage spt^cialement destioé aux élèves.

20'' Rapport sur un Mémoire de M, Lamarle relatif à Texposé géométrique du calcul différentiel et intégral (Bull, de TAcad., t. XIV, 1862, p. 455).

27" Rapport sur un Mémoire de M, E. Catalan relatif à la transformation des séries et sur quelques intégrales définies (Bull.,2« série, t. XIX, p. 524).

28" Rapport sur une note de M. Dauge relative à la rotation du soleil (Ibid., t. XXI, 4866, p. 80).

29" Travail (inédit) Sur la géométrie

analytique^ destiné aux classes supérieures des Athénées de Belgique.

Achmerllnn (PHILIPPE - ChARLES)

naquit à Delft le 24 février 1791 et mourut à Liège le 6 novembre 1856.

Sa famille, originaire d'Autriche, était établie en Néerlande. Fils d'un médecin, Schmerling fut destiné à la carrière de son père. De Delft, où il flt ses premières études, il se rendit à Leyde, y séjourna deux ans, puis quitta cette ville pour La Haye. Ce fut là qu'il puisa le goût des collections, à l'exemple du docteur de Riemer, qui avait consenti à le prendre sous sa direction (*). Il fut reçu officier de santé en 1812, et entra vers la tin de l'année suivante, en qualité de médecin militaire, dans l'armée des Pays-Bas, de récente formation.

Envoyé en' garnison à Venlo , il donna sa démission en 1816 pour se livrer k la pratique civile. Il épousa en 1821 Sara - Henriette -Caroline de Douglas , d'une ancienne famille noble écossaise, dont u ne branche avait depuis longtemps pris racine en Hollande. Au bout de quelques mois, il vint s'établira Liège, où l'Université commençait d'être en réputation. Il se mit à l'étude et fut reçu docteur en médecine le 6 septembre 1825, après avoir soutenu une thèse De studii psychologiœ in medicinâ utilitate et necessitate. Jusque-là rien que detrès-ordinaire dans sa vie ; et, défait.

{*) Le docteur de Riemer était an homme savant et singulier, qui avait employé une partie de sa fortune à construire un grand cabinet de pièces anatomiques, parfaitement exécotées, conservées et disposées avec celte recherche luxueuse que l'on sait être le caractère distinctif des Musées hollandais. « II était difficile, dansce pays,de faire un cabinet de ce genre qui méritJkt quelque attention auprès des riches collections de Bleuland, de Camper, de Yrotik et des Musées colossaux de Leyde. De Riemer se distingua pourtant par une circonstance fort curieuse : c'est qu'il ne laissait jamais tomber la lumière du joar sur ses préparations ; son Musée était une chambre obscure dans toute la rigueur du mot ; le soleil ne pouvait y faire pénétrer un seul de ses rayons. Aussi, quand il s'agissait de visiter cette collection, fallait-il l'éclairer aux boufçie». On ne s'y rendait donc

que le soir, après avoir sollicité de son heureux possesseur l'honneur insigne de Jeter un regard sur ces richesses scientifiques ; et si Ton n'était pas porteur de l'un de ces grands noms qui accompagnent plus souvent la fortune que le mérite ; si l'on n'avait pour toute recommandation que la science et le désir d'en acquérir davantage, on était éconduit avec une sorte de morgue qui, heureaseroenl, ne saurait être reprochée à tous les savants do la Hollande. « Ch. Morren [Notice sur Schmerling ^ dans VAiw. de l'A^ cad, de Bruxelles , année 1838, p. 132, et dans Bec- de-Lièvre, Biogr. liégeoise, t. II, p. 758). Nous prenons pour guide la notice de Ch. Morren, plus exacte que son discours prononcé aux funérailles de Schmerling, grftce aux renseignements fournis par le docteur Habets.

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il atteignit Tâge de qnaraiite-deDx ans sans pressentir lui-même sa future renommée. Scbmerlingétait très-modeste; il sentait vivement combien son éducation première l'avait peu préparé à s'élever au-dessus du commun des praticiens ; mais, ardent au travail et d*une grande force de volonté, il entreprit courageusement , quand les circonstances Teurent amené à ses grandes découvertes, et à un âge où Ton se contente volontiers de ce qu'on a d*acquis, les études les plus ardues et les plus variées. De longuesannées s'écoulèrent donc pour Schmeriing dans une obscurité relative. Sa clientèle devint nombreuse, bien qu*i] résistât obstinément, comme les médecins des Flandres, à l'envahissement des doctrines de Broussais, alors eo grande vogue au pays de IJége. Mais il ne cherchait pas à faire du bruit ; à ses yeux, son plus beau titre était la reconnaissance des pauvres; non seulement il leur prodiguait ses soins avec un désintéressement absolu, mais il distribuait généreusement à une foule de malheureux les remèdes nécessaires. Comme médecin, il ne publia qu'une petite dissertation Sffr latànture de colchique (i85â), dont il avait constaté les puissants effets dans les affections rhumatismales et goutteuses. 11 y donne l'histoire littéraire et médicale du colchique, avec une grande érudition et beaucoup de sagacité: il y consigne ensuite une foule d*observations neuves et recommande à l'attention, entr'autres, un moyen héroïque dont les praticiens ont depuis grandement profité.

Mais si habile qu'ait été Schmeriing dans Fart de guérir, c'est dans un tout autre domaine qu'il lui a été donné de conquérir une éclatante illustration. Sa pratique médicale fut ici la cause occasionnelle ; plus tard, il se plaisait luimême à répéter qu*il devait toutau concours fortuit des événements. En 1829, s'étant rendu à Chokier, A deux lieues et demie de Liège, pour y visiter un pauvre ouvrier des carrières, il fut surpris de voir les enfants de cet homme jouer avec des os dont les dimensions et les formes lui parurent extraordi-

naires. « 11 interroge le nMdade , qui Ini apprend que la carrière mettait à découvert un nombre considérable de ces os; le pauvre homme ne trouvait à cela rien de remarquable ; c'était, disait-il, un ancien cimetière de la commune. Mais son docteor lui promit tous les soins, s'il se donnait la peine de conserver tous les os qu'il découvrirait avec ses compagnons. En attendant , Schmeriing emporta ceux qu'il avait trouvés dans la cabane et aux environs de la carrière. Peu d'heures lui suffirent pour y reconnaître des ossements fossiles du plus haut intérêt. Ce premier fait se passa au mois de septembre i 829. Schmeriing n'eut, dès ce moment, plus un jour de repos. Il avait découvert à Chokier la première grotte ou plutôt la première excavation à ossements qui fut connue en Belgique. Ses courses se multiplièrent, et en moins de quatre ans il signala plus de quarante grottessemblables dans les seules provinces de Liège et de Luxembourg. Une négligea rien pour recueillir tous les fruits de sa mémorable trouvaille. Soins, travaux, études, argent, il mettait tout en œuvre pour amasser les richesses {>aléontologiques de ces cavités souterraines; il affrontait mille dangers pour pénétrer le premier dans ces routes tortueuses et sombres ; sa patience ne se fatiguait Jamais ; son domestique le suivait partout, si bien instruit par son maître à reconnaître les gîtes des ossements, qu'il savait dire à point nommé si les travaux devaientêtre couronnés de succès ou demeurer stériles; il reconnaissait les os et les raccommodait avec beaucoup d'art, quandils étaient brisés.

Schmeriing dépensa à ses recherches d'énormes sommes, dont le chiffre peut être porté à 20,000 ou 30,000 fr. n (*)• Rien ne le rebutait. Il n avait point, jusque là, fait d'étude spéciale de la géologie ni de l'anatomie comparée.

Pour cette dernière science, il eut recours aux lumières de Fohmann (v. ce nom). Il y avait peu de squelettes à Liège; mais le savoir de Fohmann pouvait remplir bien des lacunes. A trente-neuf ans, Schmeriing eut le cou-

) Ch. Moprftn, p. 437-138^,

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rage d'aborder de front, sous ia couduile de ce maître habile, les difficuitëâ les plus ardues de la science. Us parvinrent ensemble, malgré la pénurie de leurs ressources, i déterminer toutes les pièces de la collection commencée à Chokler. « Il fallait reconstruire des animaux de race éteinte par la seule puissance de Tanalogie, en s*aidant des planches publiées par les auteurs ; il fallait comparer les fossiles aux os des animaux vivants » ( * ). l^s effortsde Schmerling furent récompensés par une de ces découvertes qui font époque :

il reconnut la présence d'ossements kuflMtfM dans les cavernes.

Avant dlnsister sur ce grand événement scientifique, il convient de donner une idée générale du plan d'études adopté par Schmerling. 11 s'occupa d'abord d'étudier les grottes elles-mêmes, puis les débris d'animaux qui s'y trouvaient entassés, enfin les ossements humains. Les grottes s'annoncent au dehors par des trous ordinairement surbaissés, irréguliers, sans caractère fixe, tt Ces ouvertures , dit Schmerling en parlant de la caverne de Forêt (*), sont connues des habitants de l'endroit sous le nom de Trous de Sottais (').

Ils prétendent que jadis ces grottes servaient d'habitation à une espèce humaine d'une très-petite taille, Sottais, nains, pygmées, qui y vivaient de leur industrie, et restauraient tout ce qu'on déposaient près des ouvertures, à condition qu'on y sûout4t des vivres. En très-peu de temps ces effets étaient n&parés, et remis à la même place. La fable ajoute que, un jour, on déposa un pain dont on avait ôté la mie ; il ne restait qne les croûtes ; les Sottais, indignés de cette conduite, quittèrent leur demeure et se retirèrent dans un autre pays. » Schmerling ne dédai-

gnait pas les contes populaires; mais tt l'histoire des cavehaes devait se révéler à lui par leur mode de coustruc^ tion. » Il les étudiait à Tétat-vierge, et ses observations lui donnèrent la conviction qu'elles n'avaient pu être creusées par les eaux ou par lesgaz. Elles se trouvent dans les couches relevées du calcaire intermédiaire; le repli de ces couches suffit à expliquer le creusement Les couches se sont relevées, redressées, et les vides résultant de ces redressements, résultant eux-mêmes des cataclysmes terribles qui ont soulevé les montagaes^sontaujourd^hui ce que nous nommons des grottes.

Certaines grottes du pays de Liège ne contiennent pas d'ossements ; d'autres en sont remplies. Il ne s'appesantit point sur cette distinction dans son ouvrage ; mais, disait-il à Ch. Morren, ii avait remarqué que celles de la première catégorie avaient une direction commune ou des ouvertures dirigées du même côté, tandis que celles de l'autre avalent aussi entre elles une similitude analogue. Il concluait de U que la plupart des matières organiques et inorganiques remplissant maintenant les cavernes ont été précipitées par les eaux k l'intérieur, à travers d'étroites fissures verticales ou obliques, dont les ouvertures supérieures sont encombrées de terre de gravier et sont à peu prés introuvables à la surface, surtout dans une contrée aussi boisée {*). Cette théorie a été depuis confirmée par de nouvelles observations de rillusire géologue anglais Sir Charles Lyell (■*).

Les ossements fossiles d'animaux, recueillis par Schmerling dans les provinces de Liège et de Luxembourg, appartienneni k plus de soixante espèces : Buckland n'en avait reconnu

(*) llrid,,p. 439.

( *) Kneherchet êur les ossemews fo*nile$^ i. I, p. 43.

(') M. Grand8agoagpe,pr9mierprëftid6ut de la Coor d'appel de Liège, a recueilli les traditions poimlaires relatives aux petite hommes des cavemtes (Umtoermatmeiêns , Kaifotermûnmkem des Flamands) dans une très-intdKflsanle notice pvbliée en 1853 par VImsritmt uf€héoh§iqme tiégeois, et sépoiré-

ment sous ce titre : Notice sur les anciens et mystérieux, habitants des Grottes. Uëge, Carmanne, 4853, in-8*. —Cf. Spring, Les hommes d'Kngis et les hommes de Chauvauz (BuU. de l'Acad. roy. de Belgique, t. XVIIl, no 43, 4864}.

{*) Lyell, Vancienneié de Chomme^ trad.

R. Chaper. Paris, 4884, ia-8», p. J3.

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que 21 dans la célèbre caverne de Kirkdall, et les grottes du midi de la France n'en offraient que 52. « Ce beau résultat, dit Ch. Morren, provient surtout de ce que les petits os ont été étudiés comme les grands. Ainsi, on y a trouvé des restes de chauve-souris, de hérisson, de musaraignes, de laupe, d'une nouvelle espèce d*ours nommée par Tauteur Oun gigantesque, d'autres restes de VOurs des cavernes ( Ursus spelseus), de ÏOnrs ancien (Ursus priscus), un squelette presque complet d'une nouvelle espèce nommée Ours liégeois (Ursus leodieosis) et des ossements de deux autres plus petites, de blaireau, de glouton, de martres, de putois, de belettes, d'un putois de race inconnue, de chien, de loup, de renard, d'hyène, de Felis ant^ua, d'une nouvelle espèce : Cattus minuta, et du Cattus magna ; les débris de castor, de lièvre, de lapin, d'éléphant, de cochon, de sanglier, de rhinocéros, de cheval, de cerf gigantesque, d'une nouvelle espèce de cerf, du cerf commun, de trois espèces de rennes, de chevreuil, d'une espèce d'antilope, d'une espèce voisine de la chèvre, d'un mouton et de trois espèces de bœufs; d'un oiseau de proie, de deux espèces de passereaux, de corbeau, de deux gallinacées, de deux palmipèdes, d'un serpent et de plusieurs poissons. On remarquera dans cette énumération très-peu d'espèces éteintes ; aussi le travail de notre paléontologiste Ta-t-il conduit à émettre cette grande idée, que, lors du dernier cataclysme, te règne animal était formé r^mme aujourd'hui. Il a d'ailleurs également admis que des espèces, et même des genres, ont été entièrement détruits à cette époque de désastre, quoique la majeure partie ait échappé et se soit propagée depuis.

Mais ici sa théorie devient confuse, c^r il n'établit pas quelles sont les espèces qui appartiennent aux races détruites par ce dernier cataclysme, et celles qui doivent leur disparition aux bou-

leversements antérieures. Cette dernière distinction était pourtant essentielle. » (').

La découverte mémorable de Schmerling, la découverte de l'homme fossile, remonte presqu'au début de ses recherches. Le monde savant en accueillit ta nouvelle avec une extrême défiance, pour ne pas dire avec une entière incrédulité. En 1828, M. Tournai, dans le département de l'Aude et M. Christol, à Poudres près de Nimes, avaient reconnu des- ossements humains mêlés à des fragments de poterie grossière, à des coquilles terrestres d'espèces vivantes et à des débris de mammifères, les uns perdus, les autres actuels. L'homme avait-Il été contemporain , en France, du rhinocéros, de l'hyène et de l'ours fossiles?

Telle était leur opinion, qui trouva un contradicteur décidé en M. Desnoyers, et les objections de ce dernier savant furent d'un grand poids dans la balance. Des découvertes analogues, faites au bord du Khin et en Autriche par MM. Roué et le Comte Razounowsky, dans les plâtrières de Costritz par le Comte de Sternberg et von Schlotheim; par Ch. Morren dans les tourbières de Flandre ('), etc. , avaient laisse subsister des doutes; M. Nœggerath, de Ronn, avait constaté que les ossements trouvés par lui dans les cavernes d'HohlersteinenWestphalie devaient y avoir été amenés dans des temps postérieurs au remplissage des cavités.

Enfin, Cuvier avait non seulement démontré que VHomo diluvii teMis n'était qu'une salamandre colossale, mais déterminé d'avance la figure des os que personne n'avait vus, puisqu'ils étalent enfouis dans la pierre, et son admirable intuition exerçait sur les esprits une sorte de fascination , à laquelle n'échappa point Sir Ch. Lyell lui-même, lors de son premier voyage à Liège, ainsi qu'il le déclare avec une noble franchise ('). Aussi bien, pour oppo* ser l'autorité d'un investigateur isolé

(*) Morren. p. i4i-Uâ. ( * ) Ménager de» arts et de» tvience» de Gaod, i. I, p. 253 et suiv., 4832.

( ' ) L'ancienneté de F homme, p. 71 . «Qa'on

se figure Schmerliog aUant, an jour après l'autre, se laisser glisser le loog d'une corde attachée à un arbre, jusqu'au pied de la première ouverture de la caverne d'Kngis, ou

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aux témoignages aceumulés des représentaots les plus illustres delà science, il eût fallu pouvoir contrôler Texactltude de ses recherches. Sir Ch. Lyell mentionna pourtant les faits dans ses Principes de géologie (p. 461, 4834), mais sans leur attribuer Timportance (|u*il leur reconnaît actuellement. »

Boucher de Pertbes, lui aussi, a eu le sort de Schmerling; seulement le savant néerlandais n*a pas vu luire le jour du triomphe.

Schmerling trouva les os de l'homme si roulés et si épars, qu*il dut exclure complètement ridée de leur ensevelissement intentionnel dans les grottes( ' ). Quant à la couleur, quant à la matière animale qu'ils contenaient, ils étaient dans les mêmes conditions que les os des animaux découverts en même temps qu'eux. Les os fossiles étaient plus légers que leurs analogues de fraîche date, excepté quand leurs pores étaient remplis de carbonate de chaux, auquel cas ils se trouvaient souvent beaucoup plus lourds. Les restes humains dont la rencontre était le plus fréquente étaient lesdents séparées des mâchoires,

les os du carpe, du métacarpe, du tarse, du métatarse et des phalanges, séparés du reste du squelette. Les os correspondants de Tours des cavernes, le plus abondant de tous les mammifères associés, se trouvaient dans le même état d*éparpillement.AccidenteIlement,queIques os longs de mammifères présentaient des cassures ressoudées ou cimentées après coup par le dépôt stalagmitique , pendant leur séjour sur le sol de la caverne. Ni os rongés ni coprolithes : circonstance d'où Schmerling conclut que les grottes de la province de Liège n'avaient point servi de repaires à des bètes sauvages, mais que leur contenu organique et inorganique y avait été précipité par des courants en communication avec la surface du pays. Les os pouvaient avoir été roulés longtemps dans le lit de ces courants, avant d'atteindre définitivement le fond des cavernes. Les mêmes causes expliquent la présence de plusieurs coquilles terrestres dans la boue de ces dépôts : (VHelix nemoralis, H. lapicida, U* pomatia et autres espèces vivantes).

Plusieurs os du même squelette étaient

se trouvèrent les crâDes homains les mieux conservés ; qu'on se le représente, ayant ainsi pénétre dans la première galerie souterraine, rampant ensuite il quatre pattes dans un étroit passage menant aux grandes chambres ; là, sorvejllant à la loeur des torcbe8,de semaine en semaine et d'année en année, les ouvriers perçant la couche stalagmitique aussi dure que du marbre, pour extraire au-dessouSfpièce à pièce, la brèche osseuse presque aussi dure, restant pendant des heures les pieds dans la boue, la tète sous l'eau qui suintait des parois, afin de noter la position et prévenir la perte du moindre os isolé; et au bout de tout cela, après avoir eu le temps, la force et le countge d'exécuter toutes ces choses, voyant dans l'avenir , comme le fruit de son labeur, la publication mal accueillie des travaux d'un esprit luttant contre les préjugés du public scientifique et du public ignorant ; qu'on se rappelle tous ces circonstances , qu'on en tienne compte, et l'on n'osera plus s'étonner, non-seulement qu'un voyageur de passage ait néglige de s'arrêter pour contrôler la valeur des preuves qu'on lui donnait, mais même que les professeurs de l'Université de Liège, vivant tout à côté, aient laissé écouler un quart de siècle avant d*entrcprendre la défense de la véracité de leur in-

fatigable et clairvoyant compatriote». — Sir Lyell revisila Liège en 1860 , vingt-six ans après son entrevue avec Schmerling. Il ne restait plus de traces des cavernes d'Engis, de Chokier et de GotTontaine , explorées par ce dernier; mais heureusement celle d'Engihoul était restée dans le même état qu'en 1834, époque oii trois squelettes humains en avaient été retirés. Sir Lyell s'y aventura en compagnie de M. Malaise, naturaliste liégeois, alors répétiteur à l'Ecole des mines ; ils ne tardèrent pas à découvrir des dents d'ours et d'autres espèces éteintes. Quelques semaines plus tard, M. Malaise mit au jour, à deux pieds au-dessous de la couche de stalagmites, trois flragments d'un crftne humain, at deux mâchoires inférieures intactes avec leurs dents : « le tout était associé de telle façon aux os d'ours, de grands pachydermes et de ruminants, et avait avec eux une telle analogie de couleur et d'état de conservation, qu'aucun doute ne put subsister dans son esprit sur la contemporanéité de Thomme et des espèces éteintes « (v. le BuH. de VAcad. roy, de Êtetgiquef t. X, p. 546, 4860).

( * ) Nous résumons prindpaléaeat l'exposé de sir Ch. Lyell {V Ancienneté de t homme, p. 66 et suiv., 89 et suiv., et passim).

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restés dans leur jnità-posltîon natsrelle ; ces portions de carcasses avaient dû flotter sur des cours d'eau permaoenls, étant encore couvertes de chairs. D^autres ossements étaient roulés, brisés, détériorés ; les squelettes bumains surtout avaient souffert et leurs débris étaient dispersés. Â Engis» sur la rive gauche de la Meuse, on déterra les restes d'au moins trois êtres buiDalns.

Le crâne de rund*eax, enfoui tout à côté d'une dentie mammouth, était entier, mais si fragile, qu'il tomba en pièces pendant qu'on le retirait. C'était le crâne d'un jeune individu ; un autre, celui d'un adulte, est le seul que Schmerling ait pu garder dans un état de conservation suffisante pour permettre à l'anatomiste de rechercher la race à laquelle il appartient. 11 était à 1"" 50 de profondeur, dans une brèche qui contenait également des dents de rhinocéros, des os de cheval, de renne et de quelques ruminants. Cette trouvaille était, pas n'est besoin de le dire, d'une importance capitale. Schmerling publia le crâne d'Engis dans sim grand ouvrage, en faisant remarquer qu'il était trop incomplet pour qu'on ptlit en déterminer l'angle facial; mais en y appliquant le système dlnspection de Blumenbacb, il se crut en droit d'établir que cette boîte osseuse avait dû renfermer le cerveau d'uji homme d'une intelligence très-bornée, et il y reconnut des analogies frappantes avec la structure propre â la race ^hioplenne, tout en convenant d'ailleurs, en cela d'accord avec M. Nœggerath, qu'un ou deux exemples ne suffisaient pas pour légitimer sur ce dernier point une conclusion formelle. M. Geoffroy Saint- Hilaire et d'autres ostéologues n'admirent pas l'hypothèse de Schmerling.

« <2uaod je vis Toriginal au Maséom de Uége, dit sir Ch. Lyeli (*), j'engageai le docteur Spring (v. ce nom), professeur à l'Université, auquel nous sommes redevables d'un excellent mémoire sur les restes humains fossiles de la caverne de Chauvaux, près de Mamur, à faire faire le maulage du crâne d'Engis. NoB 8eil«meni il out r<Allgeance

d'accéder â ma den^nde, mais il rendit un vrai service au monde sdentifque en ajoutant au crâne primitif plusieurs fhigments détachés que Schmerling avait trouvés à Engis et qui s'y adaptaient exactement » Aussi le moule représenté daos l'ouvrage de sir Lyell (p. 84) est-il plus complet que le dessin publié par Schmerling. Il laisse voir, sur le côté droit, le trou auditif, que n'indique pas l'ancienne figure. M. Dssk. quand il le vit, remarqua Tétroitesse du front, qui avait sortont frappé Schmerling , mais estima néanmoins qu'on pouvait lui trouver beMcoup d'analogues dans lesiadiviétts de race européenne. Grâce aux soins intelligents de M. Spring, M. le prof. Huxley i |mi confirmer d'une manière positive l'opinion de M. Busk. a La longueurextrèmt^ du crâne, dit-il, est de 19â millimètres, et sa plus grande largeur lie dépasse pas iôl millimètres; il est donc franchemeni du type dolichocéphale. Mais en même temps se hauteur est assez normale. Il compte i 18 millimètres du plan glabello-occipital au sommet Le front est assez bombé. Il en résulte que la circonférence horizontale dn crâne est d'envhron 542 miilim., et que l'arc longitudinal qui sépare la glabelle de la protubérance occipitale mesure environ 340 millimètres. L'arc transverse allant d'sn trou auditif â l'autre par le milieu de la future sagHtal^ mesure environ 3â5 milKm. La siutorc sagittale a 15? millitn. de longueur. Les arcades sotircillières sont bien développées, sans excès, et sont séparées par tine dépression médiane dans la région de la glabelle : ceci indique de vastes sinus frontaux. En plaçant horizonlalement la ligne qui joint la glabelle â la firotubérance occipitale , i'occip«it ne se projetterait pas plus de 2 roiifim.

au-delà de rextinâmité postérieure de cette ligne. Le bord supérieur du trou auditif se trouve presque sur cette même ligne, ou plutôt sur sa paraître tangente â la «urfac«d« crâne.

La caverne d'EngibouU située sur la rive droite de la Me«se, à peu près visà-vis d'Engis, contenait, comme celle

(•) Op,cit, p. 83.

SGH

d'Engis, des osseuenis banains aéiés à des débris de mamnifères d'euftèces éteintes. Mais tandis qa*â Engis, en fait de restes bumains^on avait trouvé plusii^nrs crânes et Irès-peu d'autres os, onaiit au jour, ft Engilioul, de nombreux 08 des extrémités appartenant à tro^s individus au moins, et seuJ^oent deux petits fragments de crâne. La même distribution caprioieuse fui signalée dans d'autres cavernes, notamment 4 Cbokier et à Goffontaine» en ce qui concerne ÏVrmig spelœui. Userait difficile, mdme après les nombreuses découvertes opérées dans les derniers temps, de donner de «e finit une explication pleinement satisfaisante. On doit cependant s*attendre à voir plus clair on jour.

Longtemps les savants s'étoBUërent de ne point rencontrer quelques restes humaiBs dans le diluvium ancien des vallées 4e TEurope, alors qu'on y déterrait à chaque instant des objets évidemment travaillés par la main de Tbomme; tout d'oii€0»p M. Boucher de i^rthes(1865) découvrit la fiaimeuse roik;hotre de Mou- Ufl-QutgnoB, et il faHut bien renoncer aux funeuves négati>ves ( ' ). Eu somme, il reste établi que, dans les cavernes de la provincede Liège, les ossements humains se sont présentés à toutes les profondeurs dans la boue des cavernes et dans le gravier^ tantôt au dessus, tantôt au-dessous de ceux de Téiéphant, de roufs, du rhinocéros, de rbyène, etc. Dans la caverne d'Engis, auprès du crtoe dont nous avons parlé, Scbmerling remarqua un os talUé et plusieurs silex Isçonnés. lien avait d^à rencontré aillemrs ;maia, absorbé par ses recherches géohigiques, il n'avait pas d'abond mis grand soin à les recueillir. Il fut cependant frappé de la circonstance que ces instmments se trouvaient un peu partout, tandis que sur quarantedeux cavernes explorée8,trols ou quatre seulement avaient pnteenté des ossements humains- Quoi ^u'il laliât penser decesIrrégnlarités^iOontéesè celles qui ont été signalées, il demeura convaincu

qu'aucun de ces ob^^ts travaillés « n'avait pu être introduit il une époque postérieure, puisqu'ils se trouvaient dans la même position que les restes d'animaux qui les accompagnaient. » Par conséquent, continuait-il, a j'attache une grande Importance à leur présentée; car, même si je n'avais pas trouvé d'ossements humains dans des conditions tout-^-taltpropresàme les foire considérer comme af^rtenant 4 l'époque antédiluvienne, j'aurais pu néanmoins trouver des preuves de l'existence de l'homme dans la présence des os et des sUex travaillés. »

Schmerling n'hésita donc pas à conclure que, dans le district de Liège, r homme nété contemporain de Vours des cavernes et de plusieurs espèces éteintes de quadrupèdes. 11 fut cependant embarrassé lorsqu'il essaya de se rendre compte de l'état ancien de la faune des pays traversés par ia Meuse : comme la plupart des naturalistes de son temps, il regardait le mammouth et l'hyène comme des animaux d'un climat plus chaud que ne l'est actuellement le nôtre, il inventa diverses hypothèses et eut toute la peine da monde à rester d'accord avec lui-même. La théorie des transformations insensibles n'était point alors en vogue, et Schmerling, d'autre part, affirmait d'une manière trop al>sohie la contemporanéité de tous les ossements trouvés ensemble dans les cavernes (*). Ses travaux ont rendu, en tous cas, les plus grands services à la géologie, à la paléontologie «l à l'étude de l'homme. Longtemps méconnus et tombés dans l'oubli , à. ce point qu'une grande partie de l'édition des Reckerches passa chez l'épicier , ils jettent atyourd'hui sur son non un éclat qui ne s'affaiblira plus. Relégué pendant des années dans un grenier, le musée Schmerling, qu'il a fallu classer de nouveau , tant on en avait pris peu de soin, est aujourd'hui l'un des plus précieux trésors de l'Université de Liège. La justice s'est fait attendre ;

( ') V. les Comptêê-rtndus de t Académie des seieneti (de Paris ), du Su avril la iO août ia63, et LyeU, op. cit., p. i5i).

(*) y oit LyeU, passion , et Spring, Sur

Us divers modes de formation des dépôts ossifires dans tes cavernes, dans le BulL de tAcad, royale de Belgique, i. XX, n» 8.

SCH

mais enfin son heure est venue, et c'est une couronne d'immortelles qu*eile dépose sur la tombe du savant modeste.

La Description détaillée des osêemtnts humains fassUes, dont on vient de rendre compte , fut (communiquée par Schmerling, dès 1852, à TAcadémie royale de Belgique. Le 12 octobre de Vannée suivante , il fit hommage de la première partie de ses Recherches (v. ci-dessous) à la même compagnie savante, qui se l'attacha, en qualité de membre correspondant, le 5 avril 1854. Les Bulletins de TAcadémie ne renferment de lui que deux notices , Tune sur le trou de Hogbeur-sur-Aisne ( '), caverne à ossements ; l'autre , extrêmement curieuse, sur quelques os de pachydermes trouvés dans le terrain meuble, près deChokier.

Nous laissons parler Ch. Morren ; « Schmeriing eut tout k coup une idée des plus ingénieuses. 11 était médecin; il voulut savoir si ces animaux si anciens n'avalent pas été malades , et 11 résolut d'étudier leurs maladies. En effet, il découvrit plusieurs altérations morbides auxquelles ils avaient été sujets, et comme tout se lie dans les sciences, il tira, des faits nouveaux que sa sagacité venait de lui révéler, des inductions utiles à la médecine des vivants. Il avait reconnu des fractures, des caries, des névroses et, chose plus singulière, des os raehitiques, desexostoses. Or, la médecine a tâché d'expliquer ces dernières altérations par l'usage des boissons chaudes, comme le thé, le café; par celui d'aliments mauvais, par l'abus des pâtisseries, par l'effet de l'air humide ou de la malpropreté, toutes causes qui n*ont pu agir sur les animaux antédiluviens. Schmeriing concluait de là que le rachitisme était aussi ancien que les races elles-mêmes. Le docteur Buckland, connu par l'originalité de son esprit autant que par sa sagesse profonde, disait un jour dans un congrès scientifique : // faut bien que nous croyions à Vhistoire des animaujr

fossiles telle que nous la donne Jf.

SchmerlinÇy puisqu'U a été le médedn des hyènes antédiluviennes, »

Cette notice, à cause de son originalité même, valut à Schmeriing, en Allemagne, un succès de popularité que n'avait pu obten ir l'exposé de ses grandes recherches. Par contre-coup, du r0»te, une curiosité de plus en plus vive s*éveilla à l'égard de ces dernières ; Alex, de Humboldt y contribua par des paroles encourageantes ('), et plusieurs sommités scientifiques se rendirent tout exprès à Liège pour visiter les collections du docteur. Mais au moment même où l'indifférence commençait à être vaincue, Schmeriing fut brusquement arrêté dans sa carrière. Les courses qu'il était obligé de faire rapidement, afin de ne pas négliger ses malades, et aussi la fatale habitude qu'il avait contractée de travailler depuis 9 heures du soir jusqu'à 5 heures de la nuit, au milieu* d'un nuage de tabac, avaient miné sa constitution (*). Depuis 1854, il souffrait de la poitrine et du cœur. Au moins d'août 1856, il fit le voyage de Strasbourg pour aller voir ses deux filles, seuls enfants issus de son mariage: il en revint plus accablé que jamais. La veille de sa mort, il fit descendre son lit et travailla encore à la classification de ses fossiles. Il expira doucement; son domestique l'ayant laissé un instant, plongé dans un léger sommeil, le retrouva mort. Le docteur Habets trouva parmi ses papiers un écrit sur les fémurs, rédigé quelques heures auparavant (').

Schmeriing avait nourri, dans les dernières années de sa vie, de nouveaux projets scientifiques. Il s'occupait de la recherche des polypiers fossiles du terrain de Maestricht. La collection qu'il en avait formée était déjà très-riche, à en juger par ses communications au Congrès scientifique de Liège, le 1'' août 1850 et les jours suivants.

Une seule année de sa vie fut consacrée â l'enseignement : après la mort

1 ' ) L'Aisne est un affluent de l'Ourthe. Le trou de Hogheur est situé ii un quart de lieuo de Yillers-St^-Gertrudo. Les découvertes que fit Schmeriing le confirmèrent dans son opi • nion, que les animaux dont on trouvait des estes dans les grottes n'y avaient point vécu.

mais que leurs ossements y avaient été charriés avec le limon.

(*) Au congrès de Bonn, etc.

(») Morren, p. 148.

(*) Ibid.,p. 149.

SIM

de Gaêde, il fui chargé du cours de zoologie à FUniversité de Liège. Ce iresl pas comme professeur qu'il se rendit utile à cet établissement : il s*exprimait en français avec difficullé, et il savait mieux observer pour son propre compte que transmettre aux autres , sous forme didactique, le fruit de ses études. 11 n'en resta pas moins estimé des jeunes gens, qui appréciaient son savoir et son zèle, et se plaisaient parfois à raccompagner dans ses explorations.

Peu de jours avant sa mort, Scbmerling reçut le diplôme de membre de rinstitut des Pays-Bas ; il se sentit particulièrement fier de cette distinction, témoignage d'estime du premier corps savant de son pays. 11 était déjà membre correspondant de plusieurs Compagnies savantes, entre autres de la Société géologique de France.

La Commission chargée, après sa mort, d'examiner si sa collection de fossiles méritait dï'tre acquise par TËtat , en constata la richesse exceptionnelle. Elle renferme, écrivait Ch.

Morren en 1838, les ossements de 56 espèces de mammifères, de 8 espèces d'oiseaux et d'autres ossements de reptiles et de poissons. « Le nombre des gros objets est d'environ 900, et si Ton énumère les petits débris, qui sont loin d'être sans mérite, il y a de 18,000 à 20,000 ossements. Il s'y trouve au moins 450 canines d'ours et un nombre au moins égal de molaires de ces animaux. Les ossements d'ours sont si nombreux et si diversifiés, qu'il serait possible d'en faire deux ou trois squelettes complets ou à peu près.

On ne doit pas oublier les débris si rares de l'homme, ni les restes deTanclenne industrie humaine, qui donnent à cette collection un mérite particulier ( * ). Il est triste de penser que ces trésors paléontologiques, restés pour ainsi dire à l'abandon, ont failli être dispersés et perdus à jamais pour la science; cependant les pièces essentielles ont pu être sauvées à temps, et le Gouvernement belge doit se féliciter aujourd'hui d'en avoir enrichi le Musée de notre Univer-

sité, où était sans contredit leur place naturelle.

BIBLIOGRAPHIE

i"* De sludii psychologiœ iu medicinâ utililate et necemtnte (Thèse inaugurale). Liège, 1825, in-4».

2'' Quelques observations sur la teinturedecohkique, Liège, Coliardin, 1832, in-8'' de 04 p.

5" Notes sur les cavernes à ossements fossiles découvertes jusqu'à ce jour dans la province de Liège, 1852, in-8<> (Vander Maelen, Dict. géogr. de la prov, de Liége^ appendice, p. 5).

4^ Notice sur les cavernes à ossements de la province de Liège , 1855, in-8* (BulL de la Soc. géologique de France, t. Ili, p. 217).

5° Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège; Liège, 1835-1854, 2 vol. in-4*' avec 2 vol. d'atlas in-folio.

Le premier volume a 167 p. et XXXI V pi.; le second, 195 p. et XL planches. — Cet ouvrage a été traduit ou analyse en Italie, en France, en Allemagne, en Russie, en Angleterre et aux Amériques. M. Malaise en a rendu compte, en 1860, dans son Mémoire sur tes découvertes pa'éontologiques faiiei en Belgique (t. 1 des Mém, de la Soc. dÈmulation de Liège, 1860) ; il se montre très-rëserve an sujet de la théorie de Scbmerling.

6** Renseignements sur la caverne à ossements dite le trou de Hogbeur, dans le Luj:embourg (BulL de PAcad, de Bruxelles, t. Il, p. 271-275, 1855).

7"* Notice sur quelques os de pachydermes découverts dans le terrain meuble près du village de Chokier, (Ibid., t. Ili, p. 82, 1856).

»imon (Jacques-Henri-Joseph), né â Liège le 27 septembre 1794, y mourut le 14 septembre 1861. Son père, un des braves de l'armée patriotique liégeoise, entra dans la police de la cité lorsque l'administration française fut définitivement constituée, et ne tarda pas à devenir Commissaire du quartier de l'Est (Outre-Meuse), où le nom de Simon est

( * ) Extrait textuel du rapport de la Commission, dont M. Ed. Morren a bien voulu

nous communiquer une copie.

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resté , encore aujourd'hui , synonyme d'honorabilité et de courage ('). Le digne fonctionnaire éJeva douze enfants : Henri était l*ainé de huit frères; tous sont parvenus f par leur activité, leur persévérance et leur haute probité, à s'élever dans la hiérarchie sociale.

L'enfance de Henri se passa dans les hâtimems actuels de rUniversité; là même devait s'accomplir toute sa car* rière, ainsi qu il se plaisait à le dire lorsqu'il en pressentit le terme. Reçu en i80^ au Lycée impérial de Liège en qualité d'élève boursier* il y fit des humanités brillantes. Sa vocation se dessina avant qu'elles fussent terminées :

intimement lié avec un jeune élève chirurgien attaché à l'hôpital militaire de St-Laurent, et comme lui enfant du quartier d'Outremeuse (*), il reçut de celui-ci ses premières leçons d'anatomie. A la fin ^e 1812, il entra à l'Ecole de médecine établie par Ansiaux et Comhaire (v. ces noms) dans l'ancienne église de St-Clément, et y suivit les cours d'anatofflie, de médecine cl de chirurgie. Uès l'année suivante, il obtint le premier prix d'anatomie (').

Lorsque le préfet, en séance publique de la Société d'Emulation, lui remit sa médaille, Ansiaux lui adressa quelques paroles d'encouragement (*) qui restèrent profondément gravées dans son esprit, et(.ontribuèrent certainement à lui inspirer de la confiance en lui-même. Il fut atuché, dès 1813, à l'hôpital de Bavière, comme élève interne ; il poursuivit assidûment ses études théoriques et pratiques, se fit recevoir officier de santé te 21 mars 1816 et, le looct. sui-

vant, mérita le prix de pathologie externe. Il avait en déjà l'occasion de payer de sa personne : à la suite des événements de 18U et de 1815, Liège était encombré de blessés. Le zèle da jeune Simon, dans cette première campagne de chirurgien, avait été au-dessus de tout éloge. Llinîversité de Liège 1^ créée en 1817; Delvaux de Fenne (v. ce nom), professeur de chimie, n'ignorant pas que Simon s'était beaucoup occupé de cette science dans ses loisirs, le fit nommer préparateur de son cours. Mats le jeune homme visait à se faire recevoir docteur en médecine, en chirui^e et en accouchements.

Il fit deux parts de son temps , et tout en s'acquittant de ses fonctions à TUntvcrsité, s'occupa de rédiger sa dissertation inaugurale. Elle traite de l'u tflité des sciences auxiliaires de la mé^ decine (De scientns inedicinœ adseilis) ; elle lui valut son diplôme en juillet 1820. Simon avait été compléter ses études à Paris , en suivant les leçons des Dupuytren, des Capuron, des Marjolin et des autres illustrations de l'époque. A partir de 1821, de nouveaux liens le rattachèrent à Liège. Le 25 janvier, un arrêté du baron de Liedekerke, gouverneur de la province de Liège, nomma Simon professeur-dfrecteur-adjoint de l'hospice de la Mateniité établi en cette ville depuis 1801. Le 6 janvier 1825, la DépuUtioB des Etats lui conféra le rang de titulaire, le chirurgien Ramoux , qui occupait cet emploi, ayant pris sa retraite. Cette nomination fut confirmée le 24 août 1827, à la suite d'une délibération

( * ) Henri Simon (père) exerça les fonctions de commissaire de police jusqu'en 18H5. En 1807, le préfot du département de TOurte loi remit solennellement, à rH6iel-de<Ville, le jour anniversaire de la fêle de l'Empereur, une paire de pistolets, en témoignage de satisfaction, et le proposa plus tard pour la Croix de la Légion d'honneur.

(*) Louis- Joseph Borguet né le 24 juillet 1799), plus tard chirurgien distingué. Borguet remporta, en 1811, te premier prix d'anatomie, en séance poblique; il Ait attaché aux armées impériales de France, prit part à la campagne de Russie , subit le fameux siège de Dantzig, y fut fait prisonnier, et

finit, en 1814, par revoir sa patrie , où il se livra jusqu'en 1855 à la pratique civile de la chirurgie et des accouchements C'est Simon lui-mâme qui nous apprend que fiorguel fut son premier maître (Scalpel ^ 1855).

( ' Procès-verbal de ta séance publique de la Société (tÈmulation de Liège,

{*) c 11 y a à peine quatre mois que vous vous adonnez âi l'étude de l'anatomie, «tdéjà vous avez devancé ceux qui s'y livraient depals piusiev»' années. Yens travaiUes sur des baaes solides ; l'édifioe s'élèvera sans peine... » (V. le Nécroloye liégeois pour 1861 , p. 110}.

SIM

de radninistratioD des hospices, prise en vertu d'un article spécial du règlement des 3-41 avril ('); enfin, le 4 décembre suivant, un arrêté ministériel emiféra définivement â Simon le titre de professeur de Técole des sagesfemmes, inséparable, d*après le règlement pi^cité, de celui de chirurgien en chef de Thospice.

« Les services que Simon a rendus an )) pays comme maître des sages-femmes, » durant une période de quarante an- » nées, dit M. Spring (*). sont Inappré- » ciables. Il faut connaître Tétat d*aban- » don où les campagnes se trouvaient » autrefois sous ce rapport; il faut avoir » assisté à ces scènes de désolation, et » je dirai presque de carnage, que 11- » gnorance ne préparailqne trop souvent » aux familles privées des secours ré- » guliers de Tart ; il faut connaître la » somme de douleurs que, dans cette » branche des sciences mé(]i cales sur- » tout , une routine aveugle et présomp- » tueuse peut répandre dur des cœurs couverts à Tespérance et au tendre » dévouement, pour estimer à sa valeur n Timportance sociale de bonnes insti- » tutions de maternité, et les bienfaits » que répand une bonne instruction » donnée aux sages-femmes. » — « On » peut difficilement se figurer, dit un » autre biographe ('), les efforts qu'a » dû faire Simon pour inculquer k près 9 de 500 garde-couches , ayant à peine n reçu les premiers principes de Fin- » struetion primaire et venant en majori- » lé de villages ignorés de la Hesbaye,du D Comlroz et de TArdenne, les notions 1) d*anatomie , de physiologie , de chi- » rurgie et de médecine pratique, d*hy- » glène et même de géométrie nécessai- 1» res à rétude de son cours. »— « Lors- » qu'un homme d'une vaste et noble Inintelligence, » écrivait le i2 octobre

1860 la Commission médicale de la province de Luxembourg à i*honorabli professeur, « la consacre en grande » partie et pendant une si longue période » à donner tant de savoir à des femmes » souvent dépourvues de la première » instruction, cet homme a bien mérité » de ses semblables. »

Simon mérita encore la reconnaissance publique par son zèle dévoué à propager la vaccine. «Chaque dimanche, » à heure fixe, il abandonnait toutes ses » occupations pour procéder à des vao^ » cinatlons gratuites à Thospice de la » Maternité. Cinq cents enfants environ » recevaient annuellement par cette voie )> une immunité presque assurée contre » l'un des fléaux les plus cruels qui » ainigent l'humanité. On était frappé » d'admiration quand on voyait Simon, »au milieu d'une foule d'enfiints qui » assourdissaient par leurs cris les assis- » tants, rechercher avec un soin minu- » tieux les sujets les plus propres à «servir aux inoculations, et prendre » toutes les précautions possibles pour )> conserver le virus-vaccin , source k n laquelle puisaient largement les chi- }> rurgiens de la province et des localités » avoisinantes. Aussi, chaque année, » obtenaitril du Gfmvernement la mé- » daille d'encouragement instituée en » 1818 par le roi Guillaume pour les » vaccinateurs les plus zélés (*).n

Lors de la réoiîganisation universitaire de 1855, Simon fut nommé agrégé à la Faculté de médecine et chargé du cours théorique et pratique des accouchements. Le 5 août 1857, une circonstance fortuite, « une de ces occasions » où le mérite édate mieux aux yeux » des personnes étrangères à l'art, »

détermina le Gouvernement à l'élever au rang de professeur extraordinaire ( M. Sa promotion à l'ordinarlat, en re-

• M «Le professeur aciael 4*accoiieiraiDeot8 à la Materoité pourra être conserve dans ses fooctioos sans concours préslable.» La déK< bération des Hospices, conforme il l'avis unanime de la Commission médicale, est conçue dans les termes les pins honorables et les plus flatteurs pour Simon. J9ous renvoyons le lecteur à rexeelleni S^yfpoH de M. Félix Macors sur t hospice deJuMMemiié, Véeole provinciale (te% nageJtjfmmc* v: la clinique

univcr9itaire dtn aeeouehementê , présenté à la Commission des Hospices en mai 4860, et publié la même année à Liège, in-S».

/" ) Scalpel dos SO et 30 septembre 1861.

(>) M. Ul. CapiUine.

i*) Id. Nécrol, liégeoi» pour 1861, p. 1 lli.

' *) Noas extrayons ce qui suit du diseoura de M. le professeur Dupont^ proâoncë en 1861 à la salie académique : € Dans Thospice de la Maternité de Tune des principales villas

SIM

vancbe, se fit attendre plus longtemps que ne i*avaient désiré tous ses collègues. Elle ne date que du 22 septembre 1848. Les leçons de Simon étaient cependant aussi remarquables que son habileté comme opérateur.

Laissons encore parler M. Spring :

n Esclave de son devoir et pénétré de » rimportance de sa mission, aucune »> peine ne lui coûtait quand elle devait » profiter à son enseignement. Entiè* » rement dévoué an progrès de ses » élèves, il ne se contenta pas d'enseiu gner les prin ripes de Tart et d'en » montrer les applications par son » exemple; roaisils*obstinaitpourainsi » dire à rendre habiles, à Taide de ré- » pétitions et d'exercices constamment » renouvelés, tous ceux qui sortaient » de son cours. Aussi ses élèves ont- » ils toujours brillé dans les épreuves » publiques, et un grand nombre de » praticiens doivent leur succès dans » les accouchements à Texcellente école » à laquelle ils ont eu le bonheur d*être » formés. » Le talent de Simon éuit essentiellement pratique ; les esprits positifs de cette trempe préfèrent la science faite à la science à faire : aussi a-t-il peu écrit. « Mais quelle pratique! » ^oute son digne collègue. Il m'a été » donné de voir des villes et des pays » divers, et j'ose affirmer que nulle part » je n'ai rencontré un homme plus ex- )) pert que Simon dans l'art qu'on a » appelé ajuste titre l'art conservateur » des familles. Quelle sûreté de vues, » quelle prudente fermeté, quelle réso- )) lution dans les moments difficiles , » quelle dextérité manuelle, quelle ex- D périence consommée ! »

Un des premiers, il a reconnu la légitimité et l'excellence de l'accouchement prématuré arti6ciel, opération qui permet de sauver à la fois la mère et

l'enfant ; sa propre expérience a démontré qu'il ne se trompait pas. Frappé des inconvénients que présentaient les anciens instruments perforateurs de Levret et Smellie , il les a modifiés en allongeant considérablement les manches, pour en rendre le maniement plus facile et pour donner plus de sûreté à l'opération. — Un des premiers aussi, il a employé le forceps-scie, que dans un noble élan il a appelé o un chefd'œuvre auquel le nom de Van Heuvel doit rester éternellement et invariablement attaché. » (*). — Presque personne avant lui n'avait conseillé et pratiqué la perforation de la base du crâne par la région sus-hyoïdienne, dans les cas de rétrécissement du bassin et de déflexion de la tète fœtale. — Pour pratiquer la section du cou, il adopta l'instrument de Chassaignac. Cette méthode rend l'opération plus aisée et tout- à-fait inoffensive pour la mère. — Il apporta une modification heureuse au forceps ordinaire, en calculant, sur un grand nombre de têtes d'enfants, la courbe qui devait être donnée au plat de la cuiller. Cette modification permet de tirer fortement en bas, lorsque la tète est au-dessus du détroit supérieur, sans distendre les parties génitales outre mesure (■).

Entre autres opérations remarquables, Simon a pratiqué la symphyséotomie, et il est parvenu trois fois à amener l'enfant vivant ; s'il a |)erdu l'une des trois mères, c'est par suite d'un accident étranger aux dis|)Ositions prises par l'accoucheur. On cite encore ses saecès d'opération césarienne, succès d'autant plus dignes d'être relevés qu'ils ont été obtenus en ville et dans les conditions que présente un hospice de la Maternité.

L'Académie royale de médecine s'é-

dc la Belgique, un accouchement des plus difficiles épuisait depuis 24 heures les forces des élèves et de leur maître. La vie de la mère était en danger ; déjà 1 on s'apprêtait à recourir aux opérations les plus douloureuses. Simon examine et promet, si on lui permet d'agir, de sauver en cinq minutes la mère et l'enfant. On hésite, on se livre à de nouveaux et infructueux efforts. Alors seulement on permet à Simon d'essayer. Le résul-

tat répond à la promesse : en cinq minutes la mère et l'enfont sont sauvés. — Le ministre de rintérieur, informé de ce fait, nomma immédiatement Simon professeur extraordinaire.»

( • ) Bulletin de l'Acad. roy, de médecine, t. XI, p. 75.

(*) Renseignements fournis par M. le professeur Wasseige. ^.

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tait attaché Simon, en 1849, comme membre correspondant; elle lui décerna, en 1855, le litre de membre honoraire.

Il faisait partie de la Commission médicale depuis 1842. Un arrêté royal du i8 décembre 1844 le nomma chevalier de Tordre de Léopold ; il fut promu au grade d'officier en novembre 1859, aux applaudissements de TUniversité et de la ville Ce dernier témoignage de la bienveillance royale fut le signal d'une manifestation des plus honorables pour celui qui en était Tobjet. Les élèves de Simon, ses anciens condisciples et ses nombreux amis lui offrirent solennellement, le 29 mars 1860, un magnifique portrait dû au pinceau de M. Nissen (*). Nous renonçons à traduire rémotion du vénéré maitre ; quiconque Ta connu sait quel cxcur sensible et délicat se cachait en lui sous des dehors d'une froide , mâle et presque rude énergie. Sa modestie était d'ailleurs à la hauteur de son talent; il s'était toujours dévoué, par devoir et par compassion pour Thumanlté souffrante, sans ambition et sans espoir de récompense : Tovation qui lui fut faite le surprit autant qu'elle le rendit heureux. Mais le bonheur d'ici-bas n'est jamais de longue durée : Simon fut cruellement éprouvé. Tannée suivante, par la mort de la tendre et chère compagne qui, pendant le cours d'une longue carrière, avait prodigué au praticien, après les fatigues et les agitations de chaque jour, des soins dont il sentait doublement le prix.

Noluit coMolarL Sa santé déclina rapidement : « après s'être d'aUord relevé » d'une maladie fluxionnaire qui l'avait i> tenu éloigné de sa chaire depuis le » mois de janvier, il continua de subir » les tristes effets de celte maladie du » cœur à laquelle tant de chirurgiens » célèbres ont succombé (* ). » L'Université perdit en lui Tune dé ses illus-

trations, et la population tout entière partagea ses regrets; il semblait qu'on fût sous le coup d'une calamité publique , d'autant plus inopinée que la constitution robuste de Simon devait lui promettre une verte vieillesse.

L'auteur du Nécrologe liégeois^ toujours si bien informé, ne connaît de Simon que les travaux suivants :

l*" IHsgertaiio inauguraiis medica de scientiis medicinœ adsdtis. Leodii, Collardin, 1820, in-4<>.

2* Revue de la clinique des accouchements de la Maternité de Liège,

Articles rédigés par M. le docteur Ch. Detienne sur des noies fournies par Simon, et insérés dans la Revue médicale, livraisons de février, mars et avril 1848.

5^ Observations d'application du forceps-scie^ suivies de quelques considérations sur c^t instrument et sur les différents moyens employés, jusqu'à ce jour, pour délivrer la femme dans le cas d'angustie du bassin. Bruxelles, De Mortier, 1851, in-8

Tiré à part du Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, t. XL

Simon a communiqué des renseignements à Richard Courtois (v. ce nom) pour la rédaction des Recherches sur In statistique physi^iue^ agricole et médicale de la province de Liège (Verviers, 1828). Son nom est encore cité parmi ceux des collaborateurs aux tomes V et \I de VObservateur médical (1828- 1829); mais il n'a fourni aucun article à ce recueil.

Taiifioi (Nicolas-Émile) naquit à Luxembourg le 9 germinal an XII (50 mars 1804) et mourut à Saint-Trond le 25 octobre 1850. 11 entra dés 1814 au Collège de Luxembourg , et quoique le plus jeune de sa classe et mis en présence de concurrents redoutables C*),

(') M. le docteur Picard porta la parole, en cette circonstance , au nom des condisciples de Simon; M. Védrine, au nom de ses confrères et de ses amis. V. la brochure intitulée : Une belle et légitime ovation (Liège, 1860, in-8<»}. — Le portrait de Simon a été reproduit en lithographie par M. Schubert. ) Spring, DiMc. citéj MM.Engling, ar(^,ard'hui professeur U

TAthénéc, savant et publiciste distingué; Eyschen , adminislrateur^général ; Grégorins, qui passa en Belgique et s'y fll estimer dans l'enseignement ; Majerus , doyen ù Meersch, etc. — Nous empruntons ces détails à une Notice sur li. Tandel, publiée par M. le docteur Kleyr dans les Annales de la Société archéologique Grand-Ducale (aussi tirôe à part, 10 p. in-4o).

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H figura invaHablement (yarmi les pnem^ers. Plus les luttes scolaires étaient ardentes, plus les Jeunes émules s*atlachale»tlesuns aux autres: Ils formaient même entre eux une Société littéraire qui se réunissait chez Ph. Graas ('), leur ami commun , et les liens de solidarité et d'affection mutuelle qu'ils contractèrent dès cette époque ne firent que se resserrer plus tard , après leur dispersion. Ce fui le cœur serré que Taodel quitta ses chers condisciples, en 1819, pour suivre sa mère et sa sœur , qui allaient se fixera Bruxelles. Il se consola en redoublant de zèle pour Tétude. Au moment de son départ , il n'avait point achevé son cours de rhétorique : il eut recours à rautodidaxie et compléta sans maître, avec une merveilleuse facilité, son éducation classique. H visait dès lors au professorat : pour s'y préparer, il se voua pendant plusieurs années à l'enseignement privé; les sttc^.s qu'il y obtint lui firent une réputation précoce. En 4826, à l'âge de 22 ans, il fut chargé de donner un cours approfondi de langue allemande au Collège flhilasophique, nouvellement créé à Louvain. H justifia bientôt d'une manière éclatante le choix qu'on avait fait de lui. Sa Grammaire allemande (v. ci-dessous) ne parut pas seulement l'œuvre d'un philologue instruit, d'un esprit clair, délié, méthodique : elle révéla un philosophe. Observateur scrupuleux des faits, Tandel ne se contenta jamais de coordonner les résultats de ses recherches ; il possédait à un degré éminent le génie de l'analyse, et cette clairvoyance pénétrante qui soulève le voile de la mystérieuse Isis, découvre dans la variété, en apparence irrégulière, des phénomènes, la constance et rinflexibllité des lois, et grâce à une attention fortement concentrée , finit par contempler face â face les vérités primordiales. Cette puissante

méthode dinvestigation, pratiquée avec autant de prudence que de persévérance ophriâtre et faisant place, â un moment donné, aux déductions d'une logique serrée, donne un caractère svi generi»

k tous les travaux de Tandel : très-réservé dans les questions métapbysiques, sans timidité cependant, il n^âvançait qu'à pas sûrs, mais ne perdait jamais de vue le but élevé qui seul lui paraissait digne de ses efforts. Ainsi que le fait remarquer M. Loomans(* ), qui Ta connu de près, il procéda ainsi dans tout ce qall entreprit; il éclaira du flambeau de la philosophie les sciences diverses dont il fut mis en demeare de s'occuper, avant de pouvoir se consacrer entièrement et directement A celle qui avait toutes ses prédilections. La grammaire leflt songer à une philosophie du langage ; l'économie politique le conduisit jusqu'à la loi suprême de l'ordre moral. Cette période transitoire fut assez longue. La révolution de 1850 entraîna la suppression du Collège philosophique ; Tandel aurait pu faire son chemin dans l'administration (*); mais les perspectives brillantes qui s'ouvrirent alors devant lui ne réblouirent point : il préféra rentrer en janvier 1851 à l'Université de Louvain, avec le titre modeste de lecteur (*). Il y enseigna la statistique et l'économie politique, et ce fut là qu'il publia, en 1854, sa traduction annotée de l'ouvrage de Mone (v. ci-après). L^annéc suivante, il passa, toujours en qualité de lecteur, à l'Université de Liège. Il y continua le cours d'économie politique et de statistique; il y joignit le cours de géographie physiqueet ethnographique, obligatoire pour le doctorat en philosophie et lettres. Sur ces entrefaites éclatèrent les troubles qui forcèrent le professeur de philosophie Gibon (v. ce nom) à descendre de sa chaire et à retourner en France. M. le comte deTheux

( * ) Mort doyen à Dfelcrrch.

(*) Notice sur la vie et les travaux de Nicotat'Emile Tandel, Liège, 485S, in-8o (v. l'art. Loomaos).

(*) I! fut quelqoe temps attaché au ministère de rintérieur.

{*) Coe chaire d'histoire lui TtatofTerte à l'Université de Gand la même année : U la

refusa parce que. disail-îl, il ne se sentait pas capable do la remplir. Tandel possédait une instruction très- variée; mais il était consciencieux avant tout , et il eut le bonheur de connaître à temps sa véritable vocation, ainsi que le courage d'y rester imperturbablement fidèle.

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désigna Tandei poarleremfkiaeer :après quelques hésitations, ie jeiine professeur accepta, et ce fut une bonne fortune pour rUniversité. Par sa parole et par ses écrits, il exerça sur ia jeunesse, de 1835 à 1850, une influence féconde et durable. Il se consacra entièrement aux sciences qu'il avait mission d*enseigner, resta pleinement étranger aux intérêts et aux passions qui s'agitaient autour de lui, et littéralement fut martyr de son zèle. «Atteint d*nne maladie mortelle, ré- 9 sultat d'un travail immodéré, il con- » tinuait à donner à renseignement un » reste de vie qui devait s'éteindre » bientôt. Il consentit enfin à suspendre i> ses cours, grâce aux sollicitations de » sa famille et de ses amis; mais il ne » crut pas devoir renoncer à ses étu- 9 des. Cependant ses espérances s*én taient évanouies; îl était accablé de » maux de l'âme et du corps, il entrei> voyait le terme de son existence; et n c'est alors, au sein de Tadversité, A. près de son beure dernière, qu'il » conçut sa belle théorie sur le souve- » rain bien et sur la destinée humai- » ne... » (^).Tour â tour, les médecins Tavaient envoyé à Grammont et à Nice : le régime hydropathique, le doux climat du midi n'exercèrent sur sa santé qu'une influence factice et passagère ; avant tout il avait besoin d'un repos absolu, a il quitta la bruyante cité de » Liège et se retira au petit séminaire » de St-Trood» chez son ami M. l'abbé » l^nay, professeur de philosophie (').

» Comme dernier moyen de guérison, » les médecins lui avaient cous^illé un » essai fréquemment tenté aux environs » de Paris et notamment au bois de » Boulogne, c'est-à-dire, d'aspirer un air » imprégné d'odeurs de dépendance de » ferme. On lui prépara au petit sémi- » naire de St-Trond un appartement » disposé d'après les conseils de l'art.

» Mais le mal s'opiniâtra contre les » ressources et les combinaisons de la » médecine. Entouré de sa famille » éplorée et pénétré des sentiments de » la plus pieuse résignation ^ il mourut » en chrétien le â5 octobre iS50, âgé » seulement de 4C ans » (').

Tandel avait été nommé professeur extraordinaire par l'arrêté même qui lui confiait les cours de philosophie ; sa promotion à l'ordinariat date de 1839, quatre ans plus tard. Il vécut paisible et retiré, exempt d'ambition, absorbé par ses éludes, renfermé en lui-même, et cependant profondément affectueux et dévoué. M. Kleyr nous a laissé de lui le portrait suivant : ceux qui ont connu de près Tandel en certifieront l'exactitude, o il était froid au )) premier abord; son calme était gla- » cial ; SOI» œil bleu et doux intimidait «par la fixité du regard {te qu'on di- » sait aussi de l'œil de Fénélon) ; mais » touchiez-vous une corde sensible,une » fibre délicate, à l'instant il s'animait, » il se montrait tel qu'il était, passion- » né pour les idées générales, pour les » enchaînements logiques , éloquent » lorsqu'il traçait le tableau des égare- » ments de l'esprit humain. Aviez-vous D sa confiance , il était tout à vous, » plein de cœur et d'un dévouement » sans bornes. On ne savait pas ce » que l'on devait admirer le plus en B lui, ou sa modestie ou sa puissance » de raisonnement. Il fut un modèle » de piété filiale.... » Comme philosophe, il a été dignement apprécié par son successeur, M. Loomans, qui a très-bien fait ressortir l'unité de dessein de tous ses ouvrages , quel qu'en fût ie sujet, les tendances dominantes de son esprit, la force et la sincérité de ses convictions. — Les travaux de Tandel se répartissent naturellement en deux groupes ; d'un côté les œuvres du lec-

( * ) Loomans, op, cit,, p. 29.

(*) Postérieurement, doyen de Saint- Barthélemi à Liège. — M. Lonay est bien connu en Belgique par »ea DUneriation» phiiotophiques nur les points capitaux de la diction, chrétienne (Bruxelles, 1857, un vol. in-8<»}. Son nom est inséparable de celui de Tandel, non seulement ù cause de leur ami-

tié, mais encore à raison de la part active qu'ils prirent l'un et l'autre aux controverses qui s'élevèrent, en 4845 et 1846, entre la Revue catholique de Louvain et le Journal historique de P. Kersten (Liégo) 9ur la question de l'origine du langage.

(») Kleyr, p. 9.

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leur de Louvain, de Tautre celles de professeur de Liège. Nous en donnerons, principalement d'après M. Loomans, une courte analyse, qui fera connaître le penseur mieux que des considérations générales. '

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