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tard... L'oovrage embrasse, conformément à la loi de 4835 , ua sommaire de physiologie hamaioe (somatologie) en même temps qa'un traité de psychologie et une étude sur les rapports du corps et de l'àme ; selon l'usage en Belgique , l'auteur aborde même, autant qu'il peut les aborder en partant de l'analyse philosophique des faits, certaines questions métaphysiques, telles que celle de l'immorialité de l'Ame. Sur d'autres points, par exemple sur le débat entre le vitalitme et ïanimitme^ il s'abstient de toute recherche transcendante et se contente d'exposer les systèmes en présence. Prise dans son ensemble, sa théorie psychologique, basée comme nous Pavons dit sur une observation minutieuse des caractères du fait de conscience, tient le milieu entre les doctrines qui attribuent au moi la faculté d'atteindre la science absolue, et celles qui ne lui accordent que la réceptivité. Le pouvoir et le savoir de l'homme sont limités , dit-il; l'esprit humain est libre et autonome, mais il est borné ; le « roseau pensant • est sup<irieur à la nature, mais la pensée et la volonté se produisent au sein de la nature. Des relations de réceptivité nous unissent d'autre part ^ Dieu lui-même ; l'homme ne peut se connaître qu'à condition de connaître IMeu. Tandel se rapproche de Platon, de S*- Augustin, de Descartes et de Leibniz en soutenant, mais avec une extrême prudence , le système des idées innées : qu'est-ce que l'esprit, se demande-t-il, sinon les idées rationnelles et la liberté ? Mais la raison, n'étant pas absolument spontanée, a besoin de conditions extérieures pour se développer. L'action de la société sur l'individu est indispensable; chaque individu humain ne se fait homme que par Yéducation ; sans elle il ne deviendrait jamais homme ; et comme il faut bien remonter à un principe, il faut nécessairement admettre des relations primitives de l'homme avec Dieu. — Celte solution nous conduit d'elle-même à poser le grave problème de l'origine du langage. « Le premier homme, dit Tandel, n'a parlé (n'a bit aet€ de parole) qu'en entendant la parole d'autmi, peut-être cette parole interne qui n'appartient à l'idiome d'aucun peuple ('). * Mais une fois le premier acte de connaissance de soi posé, il a eu nécessairement conscience de toutes les lois de la gramniaire, puisque ces lois sont celles de Yesprit humain, et conscience de toutes les vérités générales, puisque ces vérités ne sont que l'expression de la nature et des relations absolues ou divines de la raison. Quant an vocabulaire relatif aux choses extérieures sensibles, l'homme a pu le faire lui-même, ii
mesure que les choses se sont présentées à ses sens. Le savant publiciste P. Kersteo , auteur d'un Essai sur V activité du principe pensant considéré dans l'institution du langage (Liège, 1851-1863, 3 vol. in-S»), malheureusement resté inachevé , discuta les opinions de Tandel dans son Journal historique et littéraire, en tira des arguments contre de Bonald, dont il combattait à outrance le traditionalisme, qu'il croyait retrouver dans l'enseignement de l'Université de Louvain, et toutefois ne se rallia pas au système du professeur de Liège, système qui n'était à ses yeux qu'un bonaldisme renversé. P. Kersten soutenait que l'homme parle naturellement, et que le langage est inséparable de sa qualité de créature raisonnable. Il s'ensuivit une longue polémique, à laquelle prirent part les rédacteurs do la Bévue Catholique de Louvain, Tandel, M. Lonay et plusieurs autres, et qui porta finalement un rude coup au traditionalisme. Le rôle de Tandel y fut surtout celui d'un modérateur ; la nature de son esprit le porta toujours è se défier des opinions extrêmes. Il devait aussi celte défiance à son éducation philosophique : il s'était formé lui-même ; il ne pouvait s'inféoder à aucune école. Il n'était pas éclectique, mais il tenait compte des enseignements de l'histoire et il avait principalement foi dans l'analyse des faits , poussée assez loin et sans idée préconçue. On peut s'assurer par ses uuvrages du soin scrupuleux avec lequel il cherchait à justifier devant lui-même les procédés qu'il employait. Dans les derniers temps de sa vie, il attacha un grand prix à la méthode de Herbart,qui se préoccupe avant tout de rectifier nos idées ; mais il mit le même zèle à s'initier aux travaux des autres écoles, et surtout à ceux de M. J. H. Fichte (fils), qui contribuèrent certainement à lui faire prendre la résolution d'ouvrir à l'Université un cours de métaphysique. Il le recommença plusieurs fois sans jamais l'achever : ses leçons furent surtout remarquables au point de vue de la critique des systèmes.
9« Lettres à if. P. Kersten sur la av^stion de Vorigine du langage (Journal historique et littéraire de Liège , t. XV
et xvn.
10** SomnMire d'un cours de philosophie morale. Lié^'P, «845, in-8« (2« édition).
La publication de cet opuscule ne fut achevée qu'en i849. — Nous savons que, d'après Tandel, la théorie de la conscience
* ) S<-Augustin de Trittiiate.
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aboutit à ce résultat : que l'humanité est un organisme dont Dieu est le principe D'après cette ductrine, la personne morale est nécessairement rapportée k d'autres personnes comme les parties d'un corps vivant sont reliées entre elles, et le principe des êtres personnels et libres possède à son tour les attributs de la personnalité. L'ordre moral est donc la société des êtres libres, le règne de la personnalité, distinct du règne de la nature et de la fatalité. La philosophie morale étudiera donc la théorie de la personnalité humaine , de la souveraineté divine et de la loi morale. Tandel se place au point de vue du spiritualisme le plus élevé et le plus pratique. Sa théorie du souverain bien est surtout digne d'attention : nous nous contenterons, avec M. Loomans , de dire quelques mots du principe qui domine tout l'ouvrage. — Selon Tandel, la loi morale se résume dans ce précepte : soyez parfaitement libres. « La liberté parfaite n'est ni Tégolsme, ni le désintéressement pur ; elle n'est ni ta puissance de l'homme, ni la négation de celte puissance: elle est amour. L'amour seul concilie entre eux l'intérêt et le désintéressement, la puissance et la soumission. Considéré dans les rapports sociaux, l'égoïsme conduit k l'individualisme et à l'exaltation de la puissance des uns au détriment des autres ; le désintéressement pur engendre le communisme , l'annihilation de la puissance et de la liberté individuelles, au profit de la société. L'amour seul concilie les hommes entre eux; car celui qui aime, non-seulement respecte les droits d'autrui, mais il fait du bien à son semblable. Envisagé dans ses rapports avec le principe de la société, l'égoïsme est la négation de ce principe ; le désintéressement, c'est l'empire de la nécessité, c'est le stoïcisme. L'amour, c'est la souveraineté d'un Dieu personnel et libre, c'est l'empire de l'éternel amour, car si la loi morale est une loi d'amour, il faut que son principe soit également amour : Deuê charitai est, « Le principe suprême, » dans sa plus grande généralisation, dit » Tandel, prescrivait à l'homme de se rendre » libre. Mais en nous rendant compte des » rapports dans lesquels cette liberté devait » se réaliser, nous l'avons trouvée contra-
> dictoire , jusqu'au moment où nous avons » compris qu'elle s'identifiait avec l'amour.
> Ce précepte peut donc actuellement se for-
» mulcr ainsi : se rendre libre en réalisant » par l'amour la nation de la société , c'est- » à-dire, en aimant Dieu au-dessus de toutes » choses ( comme principe de la société} et » son prochain comme soi-même. > Ama et » fac quod vis (Loomans, p. 66).
1 1^ Tandel a encore publié, dans une revue de Lîége , un rompte-rendu de Fouvrage du professeur De Cock (de Louvain), intitulé : Ethicœ «eu Philosophiœ moralis elemenia , et quelques articles insérés dans la Correspondance mathématique de M. Quetelet.
Outre les deux notices de MM. Loomans et Kleyr, ci-dessus citées Jl existe une biographie de Tandel par M. G.
hoxi^y (Revue cathoLyi^^G). — V. aussi le Journal de Vinsfruction publique de Fabbé Louis, n*" du 5 novembre 1850, et Tari, de Warnkœnig sur la philosophie en Belgique^ dans le journal de M. J.-H. Fichte : Zeitschrifl fUr Philosophie uttd philosophische Kritik, Halle, 1857, I. XXX, p. 100 et sulv.
Vanclei«liey«loii (JëAN-MiCHEL), né
à Maeseyck en 1707, mourut à Liège le 2 septembre 1836. Élève de Tancienne Université de Louvain, ily fut proclamé premier, en 1786, dans la Faculté de philosophie et des arts; il est le dernier enfantdu pays de Liège (* ) qui ait obtenu cet honneur, dont nos pères faisaient si grand cas ('). Nousn^avons pu recueillir que peu de détails sur ses débuts dans la carrière de renseignement.
En Tan X de la République, il était professeur de physique expérimentale et de chimie à TEcoIe centrale du département de rOurte. Il figura ensuite au programme du Lycée impérial de Liège comme titulaire des cours supérieurs de mathématiques: il conserva ces fonctions au Collège royal, sous le gouvernement dés Pays-Bas, jusqu'en 1817, époque où il fut nommé professeur
( * ) A moins que nous ne regardions comme tels trois Maestrichtois, qui obtinrent postérieurement la même distinction. Mais on sait que Maestricht n'appartenait qu'à moitié à la principauté de Liège (V. l'art.
POLAIN).
(•) Promoiiones générales (1750-1797),
Bruxelles, Van Ginderachter s. d.). — Calalogus omnium primonim in generali et solemii promotione ab origine famosissimœ universiUtis Lovaniensis (1428-1 797). /6iV/., et Mechliniœ, 18S4, in S». — Vanderheyden appjtrtonalt au Pœdagogium Castri.
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d*aigèbre élémentaire, de géométrie, de géométrie analytique, de calcul différentiel et intégral , et en même temps d'astronomie physique et théorique, à rUniversité de Liège ( ' ). Il remplit le premier, la même année, les fonctions de secrétaire du Sénat académique; en 1818- 1819, il succéda à D. Sauveur (v. ce nom) en qualité de recteyr. La Faculté des sciences ne s*était composée jusque là que de deux professeurs, Vanderheyden et Charles Delvaux (v. ce nom); un troisième (Gaêde) leur fût adjoint, pour les sciences naturelles, en novembre 1818; un quatrième (M. Van Rees), pour les mathématiques, à la fin de 18il. Vanderheyden se trouva, par suite de la nomination de ce dernier, déchargé d*une partie de ses cours ; en juin 1828. il obtint le titre de professeur émérite. 11 continua d'habiter Liège; après la révolution, les électeurs du district de Ru remonde renvoyèrent à la Chambre des représentants pour succéder à J.-W. Ernst, décédé; il y siégea du 50 mai 1853 au 9 juin 1855, et ne fut point réélu : les suffrages se portèrent sur le général Nypels. Vanderheyden vécut depuis lors dans la retraite, mais sans rester étranger au mouvement scientifique. Il avait été, en 1808, Tun des membres fondateurs de la Société des sciences physiques et médicales de Liège. Nous ne connaissons de lui qu'un mémoire étendu sur Vélectn-magnétinAe^ inséré dans le Journal de physique publié par Ducrotay de Blainville (année 18S2, cahiers de mai et juin). — V. l'art. Gloesbner.
% ottem ( FeRD.-ChARLES-EdOUARI)),
né à Visé le 50 août 1797, périt malheureusement dans les eaux de la Meuse, à Liège, le 2 juin 18i5. Il fit ses premières études chez un de ses oncles, curé -desservant de Lixhe lez -Visé.
Quand il eut quatorze ans, un autre
oncle , le professeur N.-G-A.-J. Ansiaux (v. ce nom) , qui avait remarqué ses heureuses dispositions, le reçut chez lui et l'envoya au Lycée de Liège : mais les événements de 1814 amenèrent brusquement la fermeture des classes, et il ne fut pas donné à Vottem d'achever ses humanités. Il s'en fallait de peu cependant , et plus tard on ne s'aperçut jamais de cette lacune. Les circonstances mêmes qui l'éloignaient du Lycée le décidèrent à commencer immédiatement ses études médicales.
Il fréquenta les cours de l'école secondaire de médecine , fondée à Liège par Ansiaux et Comhaire. Il eut bientôt l'occasion de rivaliser de zèle avec ses pro- 'fesseurs, en administrant les secours de l'art aux blessés de Waterloo. Son aptitude fut remarquée en diverses circonstances, si bien que, l'Université de Liège ayant été installée en 1817, ou lui confia, dès le mois de novembre, les fonctions de chef de clinique. Il les remplit jusqu'en 1820, ne les résigna que pour prendre ses grades académiques (*), passa ensuite une année à Paris, où il suivit les leçons des maîtres les plus célèbres , et finalement revint s'établir à Liège en 1821. Se sentant du goût pour l'enseignement , il consacra les loisirs que lui laissait sa clientèle à donner des répétitions d'anatomie et de matière médicale. Le 5 mai 1828, il fut nommé lecteur à l'Université, chargé d'enseigner cette dernière branche et de faire le cours de médecine opératoire. Le 15 novembre 1850, il obtint le titre de professeur extraordinaire. Lors de la réorganisation de 1855, il échangea le cours de matière médicale contre celui de pathologie chirurgicale. En 1857,1a mort prématurée de Fohmann(v. ce non), l'un des anatomistes les plus distingués de notre époque, selon l'expression de de La Vacherie ('), laissa vacante la chaire d'ànatomie descriptive : Vottem osa y monter, et ses débuts prouvèrent que le
( * ) Il fot remplacé au Collège par Henri Forir (V. Henri Forir, par A. Le Roy, Liège, 1863, in-lSo).
(*) Soo diplôme de docteur en médecine est daté da 11 août 1820; le 12 octobre sui-
vant, il fut reçu docteur en chirurgie et en accouchements.
(") Notice iitr Vottem. Bruxelles, 1843, in-8^
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|[Ouvernement n'avait pas trop présumé de lui. Le 10 octobre <le la même année, il fut promu au grade de professeur ordinaire. On peut dire qu'il avait la vocation : son élocntion était facile , simple et claire , son esprit méthodique et toujours maître de lui-même; enfin, il se tenait assidûment au courant de la science. Ses élèves i*aimaient autant qu'ils Testimaient : leurs sentiments éclatèrent hautement et douloureusement , k la nouvelle de la fatale catastrophe qui le leur enleva plein de vie et de santé, et consterna la population liégeoise toute entière.
Appelé à Bruiseiles en qualité de membre du jury du concours universitaire, Yottem se rendit, le 2 juin 1845, à la station des Guillemins, pour y déposer son bagage ; ensuite , jugeant qu'il avait encore assez de temps pour faire une visite au hameau de Bac-en-Pot , il se dirigea vers cette localité par le pont du Val-Benoit. Il était en tilbury, accompagné de son domestique. Au retour, quand il eut repassé le pont , il remar*
Sua que son cheval donnait des signes 'impatience. Il jugea prudent de ne point suivre le quai, à cette époque dépourvu de garde-corps (*), Il essaya de prendre le chemin qui conduit du quai à la route de Namur ; il ne put y parvenir; Tune des guides se rompit dans ses mains, et le cheval, ne se sentant plus dirigé, se cabra, s*em|)orta dans une coursé furieuse, se rapprochant de plus en plus des dalles qui couronnaient, au niveau de la voie charretière, le mur de soutènement du quai. Enfin la roue de droite perdit tout point d*appui , et Yottem , son domestique, le cheval et le ttlbury furent précipités dans la ri*vière, dont les eaux étaient hautes.
C*étaH par une belle matinée : la chaleur était accablante ; il n'y avait personne à
deux cents pas de distance. Le domestique paient à se dégager et maintint même un instant son maître mr la capote du ttlbury; mais celie-d s'aiffaissa insensiblemefit. .. Le domestique fut retiré de Teau sain et sauf; Vottem reparut deux fois sur Teau ; les ^cout^ arrivèrent trop tard (*). Nous jetons un voile sur les scènes déchirantes qui se passèrent au sein de sa malheureuse famille. Lorsque les faits furent connus, la ville tout entière parut frappée de stupeur : Vottem avait de nombreux clients dans toutes les èlasses de la société, et les sympathies du public lui étaient acquises, autant que la haute considération due à son caractère et à son talent. L'Université fut profondément affectée de sa perte, cruelle pour ses élèves et pour ses collègues non moins que pour la science. On a vu rarement à Liège une pareille affluence à des funérailles. — Le nom de Yottem reste attaché, en dehors de TUniversité, à plusieurs institutions: on lui doit la création du Conseil desalubrité publique de la province de Liège (' ) ; de 1827 à 1845, il fut bibliothécaire de la Sodéîé d'Émulation; il fit à TAcadémie de dessin un cours très^remarquable d'anatomie appliquée aux arts : membre titulaire de TAcadémie royale de médecine depuis la fondation de cette compagnie savante, il fit en outre partie du Centle vrédico^ chimique et pharmaceutique de Lîége (à titre de membre honoraire), et de diverses Sociétés scientifiques de Bruxelles, Gand, Bruges, Lisbonne, etc.
(à titre de membre correspondant) ; il présida enfin le Conseil de salubrfté publique (*). Nous donnons sa bibliographie d'après Bl. Frankinet et d'après la notice sur sa vie et se& travaux , lue par le docteur de La Yacherie en séance de l'Académie de médedne (1845) :
{*) W n'a fallu rien de moins que la mort de Voliem pour faire décréter la construction d'un parapet au quai de Fragnée.
(*) « Joaeph Donnay, pêcheur, appelé par sa mère, arrive à son bateau avec deux autres pécheurs, et, muni d'un grand filet nommé ipervAer^ se fait indiquer d'«ne manièrB pré ci se l'endroit de la rivière où M. Voftlem e8t< revenu sur L'eau pour la dernière fois. Du premier coup, il ramène au jour un corps
inanimé et ne donnant plus aucun signe de vie. M. Yottem avait en les pieds pris dans les bourses du filet » (Jouittat de Uige , not.^. 4 et 3 juin 184;^).
(') Discours de M. d«t Lebidart de Thumaide {Journal de Liège, n9 cité).
(*)<èl remplit auasi divers mandats gralui ts ou honorifiques : chiturgietf des pauvres par quartier; chirurgien des hospices 43ivits; chirurgien aide^rnsgoTide la garde dviqoe.
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i^ De veutriculi perforatUmi^.
Liège, 1820, in-4» (Thèse inaugurale).
i*" Note sur une observation d*un enfant noir Venu avec deux blanrs (Obs.
mééical de Liège, 1. 1, p. IG).
D'après le North American auryical journal, avril 4826, p. 466).
S"" Note sur une observation de réunion immédiate à la suite d'une amputation de cuisse, et sur Tutilité des sutures, (Ib., p. C5).
Cette obaeryaiioD , recueillie daaa le service de M. le professeur Delpech de HontpeUier, a été rédigée et publiée par H. J.- N.H. Villette.
4^ Réflexions sur les travaux de M.
Magendie sur le fluide cérébro-spinal (Ib.,p. H6).
5® Piote sur une observation d*un crâne dont les os pariétaux étaient divisés par des sutures (Ib., p. 284).
Observation publiée par SœmmeriDg, dans le Ztiuchrift f&r Phy$mL, de Tiedemanu..
6« Not€ sur une observation d'anus contre nature, guéri par une grossesse (Ib.,p.288).
Extr. du JourtMl fur Chirurg, und Augenheilk,,X. i.
7** Analyse critique d'un ouvrage du docteur ftousseau, intitulé : Anatomie cùmparée du système dentaire chez Thammc et chez les principaux animaux (lb.,t.1I, p. t55).
8® DescripUpn de deux fœtus réunis parla tète (Ib., t. 11. p. 356, et t. lY, p.l).
C'est le plus remarquable des mémoires publiés par Vottem. M. Is. GeoflVoy-Saint- Hilaire, dans son Traité de tératologie, s'exprime comme suit au sujet de ce travail : « Ce ne fut qu'en i828 qu'un savant chirur- » gien de Liège, H. Vottem, dans une des- » cription anatomique très-détaillée, fit con-
> naître un deuxième exemple ù'épicoma, » resté jusqu'à ce jour aussi ignoré que • l'autre est devenu célèbre. ^- Cette bro-
> cbure est généraleogyBnt rédigée ayec luci- » dite, et plusieurs des inductions physiolo - » giques que l'auteur a tirées des faits ob- » serves par lui, attestent également son sa-
> voir et sa sagacité. »
9^ Obsen'ation d*un enfant nouveauné, pesant 19 livres, \ once, 2 gros,
60 grains (poids ancien de France).
r/^Mi.,!. Il, p. 188).
10^ Analyse d'un mémoire intitulé :
Expériences sur la sécrétion de la bile, par le docteur Simon, de Metz (Ib., t. III, p. 115).
D'après le Journal des progrès de» sciences et des institutiotès médicales, wl Vli, 1828.
Ii« Extrait d*un discours prononcé par M Mareschal, secrétaire de la Société anatomique de Paris (/^., t III, p. 202).
12* Note sur le développement du tube digestif (/ft., p. 225).
15» Analyse d'un Mémoire de M.
Biancini Sur la communicationdes vai^ seauxutérins et placentaireê{Ib.,i. III, p. 229). >
14"* Notice critique du Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne (par Dezeimeris, Olivier d'Angers et Raige-Delorme). (Ib,, t. III; p. 218 et t. IV, p. 105).
15^ Note surla structure du cerveau, envoyée par M. le docteur Fovelli à la ' Société anatomique (Ib,, t. lY, p. 16);
16^ Analyse d'une observation intitulée : Luxation en avant de Vextrémité supérieure du radîMS, pr M . Willeaume, de Metz. (7^., t. lY. p. 1G4).
D'à près le» A rcbives générales de médecine, l. XVI , p. 173.
17« Note sur Texistence des nerfs dans les os (Ib., t. IV, p. 219).
18^" Note sur remploi du plomb laminé, pour le pansement des plaies, ulcères, etc. (Ibid,, t. lY, p. 261).
19® Analyse de l'ouvrage intitulé: La méthode ovalaire^ ou nouvelle méthode pour amputer dans les articulations, par D' Scoutetten (Ib., t IV, p. 275).
20® AnaWse de l'ouvrage intitulé :
DisquisiluTanatomico-physiotogica de peculiari arteriarum extremitatum in notinullis animalibus dispositione; auctorev. Vrolik{Ib.,i.\, p. 1).
21'' Analyse de l'ouvrage intitulé :
Chirurgie clinique de Montpellier , ou observations et réflexions tirées des travaux de chirurgie clinique de cette Ecole, par le docteur Delpech (/^., t. V, p. 262 et t. YI, p. 50).
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22<* Observations dlnflammation de la capsule cristalline {Annales de la Société de médecine de Gand^ t. III, p.
23^ Instruction générale sur les secours à administrer aux noyés et aux asphyxiés Liège, Riga, 1840, in-8^
Cette brochure, publiée sans nom d'auteur, est positivement de Vottem. Nous tenons d'une personne digne de foi (*) que Vottem éprouvait une sorte de frayeur instinctive, à la seule pensée de la mort par submersion. Il se rendait régulièrement k l'Ecole de natation pour s'exercer k nager et à plonger ; ce fut peut-être cette préoccupation, que des esprits frappés pourraient prendre pour un sinistre pressentiment, qui lui inspira l'idée de rédiger une notice de circonstance, à l'époque où l'administration communale de Liège commença de prendre des mesures pour organiser le sauvetage.
24"" Mémoire sur une cystotomie périnéale, pratiquée chez un individu dont la portion prostatique du canal de Turêtrc était oblitérée (Ann. de la Soc. de médecine de Gand, t. Vill, p.
Nous ne pouvons terminer cette nolice sans rendre un dernier hommage au caractère personnel de Vottem. Son désintéressement, son zèle pour le bien public, son intréi)idité étaient au-dessus de tout éloge. Il ne laissait échapper aucune occasion de faire du bien, et à rheure du danger, il était le premier à son poste. Il fil tous les efforts et tous les sacrifices possibles pour démontrer à l'Académie de médecine la nécessité de rendre la vaccine obligatoire ; au combat de Ste-Walburge, il vola au secours des blessés avant la fin de la fusillade : Dupret a pu dire de lui « que, dans une véritable action d*éclat , il ne voyait qu'une acte ordinaire de la vie. » Aussi n*ambitionna-t-it aucune récompense honorifique : la Croix de fer elle-même , destinée à reconnaître les services rendus lors de la révolution, ne brilla point sur sa poitrine. — Il se distinguait en général par une sensibilité délicate, aussi bien que par Taménité de ses manières.
0 Malade, vous deveniez scn ami ; il
» compatissait à vos souffrances ; votre » enfant moribond devenait le sien, il » mêlait ses larmes à vos larmes de » père, car il avait aussi des enfants, )) et son cœur paternel sympathisait n avec le vôtre. » Celui qui parlait ainsi (*) Tavait vu à Toeuvre, au chevet d'un être chéri...
Sur Vottem, v. les Annales des Universités de Belgique, t. II, p. 638 et suiv.,etle Bulletin de r Académie royale de médecine de Belgique, i843. (La notice de M. de La Vacherie a été aussi tirée à part).
Woisemann ( JeAN-GEORGE) Daquit
à Gœttingue en 1782 et mourut à Liège le 51 mars 1825, recteur magnifique de rUniversité. Les leçons et les exemples de son père, qui était ministre de la religion réformée , fortifièrent ses excellentes dispositions naturelles et le pénétrèrent, de bonne heure, de la vérité d'une maxime dont il fil la règle de toute sa vie, savoir : « Qu'il faut faire con- » sister la dignité de l'homme dans l'o- » nion du savoir et de la vertu. » Il fil ses premières études en Saxe, au Collège de Pforta, l'un des meilleurs de l'Allemagne ; de là , il rentra à Gœttingue, où il devint bientôt l'un des meilleurs élèves du célèbre philologue Heyne. Ses penchants le portaient à embrasser la carrière du sacerdoce : il s'y prépara pieusement et consciencieusement, et termina, en 1803, son cours de théologie ; mais les circonstances l'appelèrent à d'autres destinées. A peine âgé de 24 ans, il accepta une charge d'instituteur en Livonie, et l'influence du milieu nouveau où lise trouva tout d'un coup appelé à vivre agit puissamment sur son esprit. Il fut frappé des inconvénients d'un régime social qui dégradait l'homme en l'asservissant, et il apprécia en même temps les difficultés et les dangers inséparables de l'émancipation trop subite de populations moralement incapables de se conduire par elles-mêmes. Ces réflexions lui firent attacher une extrême Importance aux sciences politiques et histo-
( *) M. Mathieu Beyne, beau frère et ancien ami de Vottem.
( * ] Le professeur Dupret.
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riques, pour lesquelles du reste il s'était toujours senti deTattrait. Son beaufrère, professeur distingué de l'Université de Heidelberg, lui conseilla d'en recommencer Tétude : rentré dans ses foyers après une absence de six années, il résolut de se conformer à cet avis, prit pour maître le savant Heeren et sut gagnerramitiéde cet homme supérieur.
Des affections privées ramenèrent ^agemann à Heidelberg, où il se fit rerevoir docteur en philosophie le 29 octobre 4810. Sa dissertation inaugurale traitait des Causes des troubles et des révolutions dans les sociétés anciennes et modernes : on peut croire qu'en choisissant ce sujet, il s'était souvenu des doctes entretiens de Heeren. D'une épreuve académique, dit P.-J. Destriveaux, le jeune écrivain se fit un titre d'honneur. On remarqua sa philosophie élevée, l'étendue de ses connaissances en histoire et en politique, la justesse de ses observations, la vigueur de sa logique. Il ne défendit d'abord
3ue la première partie de sa dissertaon ; après avoir soutenu la seconde, le 45 janvier I8i4, avec un succès non moins brillant, il fut investi du droit de donner des cours publics. En mars 1814, l'Université de Heidelberg s'attacha llVagemann, dont l'activité ne connut dès lors plus de bornes. Nommé professeur extraordinaire d'histoire et des sciences accessoires, il ouvrit des cours d'histoire générale de l'antiquité, d'histoire de TEspagne, de la France, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de la Russie, de la Prusse et de la Révolution française; il enseigna en même temps la statistique générale et particulière des principaux Etats de l'Europe, et des Etats-Unis d'Amérique.
Ses études lui inspirèrent le désir de connaître de près l'Angleterre : le gouvernement lui accorda la faculté d'y voyager. Il s'y livra passionnément à des recherches et à des observations de tout genre ; la politique anglaise , les libertés constitutionnelles, les institutions financières, les lois civiles et criminelles, notamment Finstitution du jury, rien ne resta étranger à ses investigations. Il se mit en rapport avec quelques-uns des membres les plus distingués du
Parlement, leur soumit ses doutes et ses inquiétudes philosophiques, et fut initié par eux à la solution des contradictions apparentes que présente, en Angleterre, le respect fétichiste de la tradition d'une part, et de l'autie l'amour du progrès et cette audace dans les entreprises qui caractérise la race anglo-saxonne. Wagemann repassa la Manche, fit un court séjour en France, et regagna sa patrie avec cette double conviction : « Que la partie saine de la population anglaise était persuadée de la nécessité de réparer en beaucoup de points l'édifice social ; mais qu'elle n'entendait pas s'en rapporter au hasard des révolutions ; » et ensuite : « que la liberté n'est pas le résultat exclusif d'une forme expresse de Gouvernement , mais bien des sentiments et de l'opinion. » Wagemann était loin de contester l'influence des institutions, mais il n'en admettait point l'influence absolue :
donnez , disait-il , l'application des meilleures théories à une nation stupide et dépravée; elle n'y verra que de vaines et quelquefois fatigantes prescriptions ; d'un autre côté, supposez une nalion éclairée où la vraie dignité de l'homme soit connue, où tous se croient solidaires dans l'accomplissement des devoirs et le maintien des droits ; où l'amour de la patrie ne soit point confondu avec le dévouement aux personnes, qui peut être généreux, même sublime, mais reste cependant un attachement particulier; où nul ne dise, l'Etat c'est moi, mais où tous diront : l'Etat, c'est nous; supposez une telle nation, modifiez les formes de son gouvernement, elle restera libre et la tyrannie fuira devant elle (Disc, de P.-J, Destriveaux^ p. 25-2G). Ainsi pensait l^agemann à la veille de Waterloo, ainsi pensa-t-il jusqu'à sa mort : il avait appris en Angleterre à ne rien craindre pour les nations qui sentent le prix de la liberté. 11 est permis de se demander ce que l'expérience des cinquante dernières années lui eût appris, s'il eût vécu jusqu'à nos Jours. Quoi qu'il en soit, il savait priser haut les institutions qui assurent aux peuples la jouissance des droits naturels de l'homme. Quand le gouvernement des
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Pays-Bas l'appela, en i8i9, à PUniversite de Liège, pour y enseigner l'histoire, la statistique et Téconomie politique, il accepta Toffre qui lui fut faite, eu disant qu*il aimait d'avance un pays oU Von pouvait dire la vérité sans trouble. Son discours d'inauguration fut prononcé le 5 avril 1820 : il roule sur Tunlon intime de Thistoire politique et de la jurisprudence (De nolitia rerum publicarum jurisprudentiœ arctissiinè juncta. kïiTi. Acad.^vol. IIl). Il fit de la statistique son cours principal ; Téconomie politique n'en formait qu'une division. A ses yeux, la statistique devait être quelque chose de plus qu'une simple classification de chiffres, ou que l'inventaire minutieux des ressources d'un pays : la richesse des nations, disait-il, se compose d'un capital moral et d'uT) capital matériel ; sans le premier, l'autre ne produit rien, ou produit au profit des étrangers qui l'exploitent. « La liberté, ajoutait-il, est le » souffle fondamental de notre science.
» Frédéric II fUl le premier qui fit faire » des listes statistiques ; le Directoire » en ordonna, Napoléon en fit dresser ; » mais tout cela n'était que des chiffres » Tant que la liberté constitutionnelle » n'était pas née, notre science ne pou- » vait prendre son essor. Sous le gou- » vernement constitutionnel, il faut que » les citoyens aiment l'Etat, et pour n l'aimer il suffit de le connaître. Notre » science croîtra donc avec le système » constitutionnel. » En économie politique, il disait que la terre n'est rien sans l'homme ; il préconisait les idées d'Adam Smith, c'est-à-dire lé système de l'industrie, par opposition au système mercantile, qui n'aboutit qu'à des prohibitions et des privilèges 11 exposa nettement, comme les thèses de quelques-uns de ses élèves en font foi, la théorie du libre échange. Ses leçons étaient extrêmement instructives, et il s'efforçait toujours de leur donner une importance locale, en discutant avec calme les questions qui intéressaient le plus directement le royaume des Pays- Bas. Ses cours d'histoire, qu'il faisait pour ainsi dire en se jouant, grâce à sa mémoire prodigieuse, étaient également remarquables, et sous le rapport de la critique, et au point de vue de l'ensei-
gnement moral qu'il savait tirer du récit des actions humaines. Des occupations si nombreuses et si fatigantes ne suffisaient pas encore à son zèle : dans le cours de l'année académique 4820- 21, Il fonda, avec ses collègues Fuss et Denzinger, une Ecole propédentique ou classe normale de philologie, pour les aspirants à l'euseigoement. Cependant il avait trop présumé de sa constitution, d'ailleurs robuste. Son ardeur se soutint jusqu'au bout; mais il tomba épuisé au moment où l'on s'y attendait le moins. Promu au rectorat en 1824, il reçut les faisceaux académiques des mains de son prédécesseur Destriveaux, le jour même de l'inauguration de la nouvelle salle académique (11 octobre) ; six mois ne s'étaient pas écoulés, qu'on célébrait sa pompe funèbre dans la même enceihte. Ce fut une année de deuil pour l'Université , qui jusque là n'avait point perdu un seul de ses membres, et qui coup sur coup, dans la même période, vit descendre dans la tombe plusieurs de ses élèves, 'entr'autres le jeune Théodore Lenz, de Luxembourg, couronné au concours quinze jours avant sa mort. L'éloge funèbre de Wagemann fut prononcé par le pro-recteur Destriveaux, le 1" avril avril 1825; Rouveroy, l'un des curateurs, de l'Université, Ch. de Chènedollé, député de la Société d'Emulation, et Van der Bank, ministre du C4ilte protestant, adressèrent à leur tour de touchants adieux au recteur défunt.
W'agemann a laissé parmi ses anciens élèves une réputation méritée : peu de. professeurs ont exercé en Belgique une influence aussi profonde et aussi durable. Aussi bien, la génération qui passa sur les bancs de FUniversitéà cette époque était passionnée pour les sciences politiques, et quand Wagemann s'exaltait au nom de la liberté, sa voix devait trouver de l'écho dans tous les cœurs. Noublions i)as que les jeunes gens auxquels on fait ici allusion devinrent les hommes de 1830...
Sources : Honneurs funèbres re»d»s à la mémoire de M, le professeur Wa^emann, recteur fnagnifique, Liège, Collardin, 1825, in-8". - Annuaire de rUniversité de Li^e (1850), etc.
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^«rnrukœniff (LÉOPOLD-AuGUSTE),
né le f août i79l à Bruchsal, mourut à Stuttgart le i9 août i866, frappé dV poplexie dans l^établîssement de Charlottenbad, où il était allé prendre un bain chaud. Le matin même, comme il s'occupait de rendre compte d*un ouvrage récent, dû à Tun de nos compatriotes, son ancien élève, la plume lui tomba des mains, et il ressentit au bras droit et dans la main des douleurs qu*il considéra comme rhumatismales. Il jugea qu'un bain lui procurerait du soulagement , et ce fut dans la baignoire qu'on retrouva son cadavre, trois quarts d'heure après la catastrophe : personne n'avait pu lui porter secours. Il ne fut point reconnu d'abord , et ce ne fut qu'après plusieurs heures que la famille apprit qu'elle venait de perdre son chef (*). La fatale nouvelle arriva en Belgique comme un coup de foudre : deux ans avant sa mort, Warnkœnio: avait fait le voyage de Liège et de Bruxelles ; sa verte vieillesse semblait lui promettre de longs jours , et ses amis comptaient le revoir plus d'une fois encore. En 1860, il écrivait à M. Ad. Borgnet(v.
ce nom) qu'il se faisait une fête d'assister au jubilé de l'Université de Liège l'année suivante; vers la même époque, il proposait au baron de Saint-Génois, son futur biographe , d'entreprendre
avec lui une publication dont l'un let l'autre n'ont pu léguer aux Belges que l'idée-mèrc : jusqu'au dernier moment, il s'était senti plein de vie et de santé. Warnkœnig était prodigieusement actif et très-persévérant ; intelligence puissante dans un corps robuste, esprit vif et toujours éveillé, il se faisait remarquer par un jugement sain et vigoureux autant que par ses connaissances approfondies et variées, et par cette ardeur infatigable aux recherches érudites, qui caractérise les savants de son pays. Sa famille était catholique; son père, Antoine Warnkœnig, était attaché au prince-évêque de Spire (') en qualité (l'administrateur des domaines. Léopold-Auguste reçut sa première éducation dans un pensionnat (') où l'on suivait la méthode de Pestalozzi. Il y ûtdes progrès rapides, passa ensuite au Gymnase de Bruchsal, puis au Lycée de Rastadt, où il acheva ses humanités, et enfin se fit inscrire , dans les derniers mois de 1812, à l'Université de Heidelberg. A Rastadt, en 181 i et 1812, il avait fait sa philosophie, comme on dit, sous Lorcy, de Kappler et Demeter, plus tard archevêque de Fribourg en Brisgau. A Ileidelberg, son maitre de philosophie futCreuzer; Heise, Zacharise, Thibaut, les grandes illustrations de la Faculté de droit, le comptèrent
(* ) Warnkœnig laisse trois flis , Charles, ingénieur de district; Léopold, procureur criminel (Rechiaauioali ), el Adolphe , conseiller de domaines [Domànenrath], C'est k ce dernier que le regrettable baron Jules de $> Génois , biblioihécaire de TiJuiversité de Gand, a été redevable des particularités biographiques inédites que nous reproduisons d'après lui. Par une étrange coïncidence, l'écrivain belge avait à peine tracé les dernières lignes de sa notice sur Warnkœnig, que la plume échappait aussi à sa main défaillante (40 septembre 4867). Ce morceau a paru dans {'Annuaire de t Académie royale de Belgique pour 1868, p. 4 59-183 ; on y a joint un beau portrait. — Une autre notice sur Warnkœnig, par M. Ed. Laboutaye, a paru dans la Revue étrangère et française de législation. Par un autre singulier rapprochement, M. Laboulaye a été nommé associé de l'Académie, précisément pour remplacer Tillastre jurisconsulte dont , vingl-einq ans auparavant, il avait signalé le mérite à la
France. — La plupart des Biographies contemporaines contiennent un article Warn> kœnig; nous mentionnerons en outre un article nécrologique inséré dans la Gazette universelle d'Augsbourg du 45 septembre 4866, un autre publié dans la revue Unsere Zeit, de Leipzig, n« du 45 octobre suivant, p. 5i6, et, pour la bibliographie détaillée, l'article Warnkœnig du Kaiser' s Bûcherlexicon, — 11 nous reste à remercier M. de Stielin, bibliothécaire de la ville de Stuttgart, qui a bien voulu nous faire parvenir d'utiles renseignements, par l'entremise obligeante de M. le docteur K. A. Schmid, directeur de l'Encyclopédie de rinstruciion publique qui parait en cette ville.
(*) Bruchsal, aujourd'hui grand -duché de Bade, était, à l'époque de la naissance de Warnkœnig, la résidence du prince -évèqne de Spire.
('} Non loin du château de Ritzlau, où Warnkœnig père exerçait ses fonctions.
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parmi leurs élèves. Un premier succès décida de sa carrière : en i814, il remporta une médaille d'honneur pour un mémoire sur le droit romain , intitulé : Esplicatur lex ultim, C de pactis pignorum et de lege commissoriâ in pigfiorilms rescindefidâ. Il résolut de se vouer à renseignement du droit et partit en 1815 pour GoBttingue, où le savant Hugo le prit en affection ; il y suivit en outre les cours de philologie et de littérature de Bouterweck, de Wunderlich et de Dessen. Il y trouva aussi son ancien maître de Heidelberg, le docteur Heise (*). Son diplôme de docteur jum utriusque est daté du i7 février i816. Il n'eut pas de repos qu'il n*eût obtenu une chaire de Privât- Docent, Il ouvrit sans retard un cours d'encyclopédie du droit; il expliqua en outre les fragments d'Ulpienet, pendant l'été de 18n,il aborda hardiment l'enseignement des Pandectes. Son premier ouvrage remonte à Tannée précédente ; il est intitulé : Ankûndigung eines Praktikums ûber dos Civilrecht (Gœttingue, 1816, in-8'») (•). Comme écrivain et comme professeur, Léopold, tout jeune encore, travaillait ainsi à établir sa réputation sur des fondements solides; il jouissait de l'estime de toute l'Université, et il semblait désireux de s'y attacher définitivement, lorsqu'une offre brillante de la part du gouvernement des Pays-Bas, en ce moment à la recherche de professeurs pour ses Universités, donna tout d'un coup un autre cours à ses idées. Il accepta le titre de professeur ordinaire à la Faculté de droit de Liège , chargé d'enseigner les Institutes et les Pandectes, et se rendit sans retard à son poste. Le 4 novembre 1817, il prononça son discours inaugural De studii juris Romani
utilitate et neceasitate (Ann, acad, Leod. vol. I). La circonstance que le règlement de 1816 (art. 18) prescrivait l'usage du latin dans les cours universitaires ne déplut pas à Warnkœnig, qui n'avait pas encore acquis l'habitude de parier français. La langue de Cicéron lui était en revanche très-familière, et il s'en servit non seulement en chaire , mais dans une série d'écrits didactiques qui ne tardèrent pas à être appréciés à l'étranger comme en Belgique (*). A ses fonctions de professeur il ajouta, en 1821 , celles de bibliothécaire en chef de l'Université (v. l'art. Fiess); il s'occupa immédiatement du plan d'un double catalogue alphabétique et méthodique et en fil rédiger le commencement sous ses yeux. En 1819, il fonda et dirigea la Thémis ou Bibliotlièque des jurisconsultes, organe commun pour la Franc*, les Pays-Bas et l'Allemagne. 11 visita ces trois pays pour s'assurer la collaboration régulière des juristes les plus renommés; il fut puissamment aidé par Hugo et Savigny, ainsi que par les professeurs de l'Ecole de droit de Paris. De cette époque date la vaste correspondance littéraire qu'il ne cessa d'entretenir avec les principaux savants de l'Allemagne, de la France, de l'Angleterre et de la Russie. En même temps il contribuait à la publication, queSchrader et ses amis avaient entreprise à Tubingen, d'une édition du Corpus juris, en collationnant pour eux divers textes anciens dont les manuscrits se trouvaient en Belgique. Tous ces travaux ne l'empêchaient pas d'écrire des articles pour les Heidelberger Jahrbûcher, VArchiv fur civilistische Prasis et d'autres revues (*).
Warnkœnig refusa de quitter Liège
(*) St-GeD0i8, p. 158-159.
(*) Nous suivons la version du recueil Unsere Zeii Le baron de St-Genois ne mentionne pas ce premier travail de Warnkœnig. L'Aftnuatre de V Université de Liège pour 1830 l'intitule : Einleitnng su einem civilistischen Praktikum. Le titre primilif a été probablement modifié.
(') « Son cours d'Institules, remarquable par la méthode, conserva une telle autorité en Angleterre, en Espagne et en Portugal, qu'il en fut publié dans ces pays, en 1855 et
en 1860, de nouvelles éditions entièrement refondues pour les besoins de l'enseignement. » (Saint-Génois, p. 160). La 4* el dernière édition originale du cours de Warnkœnig a vu le jour à Bonn en i860; l'aateor nous a dit à nous-mème, lors de son dernier voyagea Liège, que cette réimpression avait été faite exprès pour les Universités de la Péninsule Ibérique et du Brésil , où son ouvrage était recherché.
r) Saint-Genois, i^iVi.
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pour Kœnigsberg et pour Breslau, où une chaire de droit lui fut offerte : il avait fini par s^attacher de la Belgique, d'où son influence rayonnait au loin par ses publications et ses relations internationales Cependant la mort du professeur de Pandectes de Bruyn,de Lonvain, lui inspira le désir de changer de résidence ; aussi bien il tenait à se rapprocher du professeur Mone (v. Part.
TANDEi.),son beau-frère, qui venait d'être appelé à TUniversité de cette ville pour y enseigner Thistoire et la statistique {*), Warnkœnig ouvrit à Louvain des cours d'Institutes, de Pandectes et de phi losophie du droit. 1 1 y déploya,comme â Liège, une rare activité. Le Gouvernement ayant nommé, en 18S8,une Commission chargée d'examiner toutes les questions relatives à l'enseignement supérieur, publia une sériede questions touchant les points fondamentaux de la législation alors existante, et décréta que les réponses auxquelles elles donneraient lieu seraient adressées directement au roi. L'un des commissaires, Ch. de Brouckere, le futur bourgmestre de Bruxelles, rédigea, lorsque l'assemblée eut terminé ses travaux, une brochure fort intéressante, où il exposa ses opinions personnelles (*) ; c'était un plaidoyer en faveur de la liberté de l'enseignement. Warnkœnig n'attendit pas jusque là pour se prononcer ; il fit paraître à Bruxelles , dès i8â8, une série de réponses élaborées conjointement avec le baron de Reiffenberg (v. ce nom; , son collègue à l'Université ('). H laissèrent de côté la question de la liberté , pour ne s'occuper que d'une sérieuse réforme des études.
Ils ne dissimulaient pas la gravité de la situation ; le régime de 18t6 n'avait produit aucun des fruits qu'on en avait attendus; ils en cherchaient la cause, et la trouvaient surtout dans l'absence d'influence directe des Universités, restées en quelque sorte des colonies exo-
tiques,sur l'opinion publique en général. Ils demandaient la séparation des Ecoles polytechniques et des Universités ; ils voulaient que celles-ci fussent pénétrées d'un véritable esprit philosophique, et qu'elles représentassent réellement l'encyclopédie organique des sciences. Ils voulaient de fortes études classiques; Ils soutenaient avec raison que le droit n'est qu'un métier, séparé des sciences historiques, politiques et morales ; que la médecine enseignée exclusivement, dans une Ecole spéciale, ne saurait former que desempiriquesetdes opérateurs; que les mathématiques, à elles seules, rétrécissent l'esprit sous prétexte de lui donner de la rectitude. Ils condamnaient donc le système français des Facultés isolées; et quant aux Universités nationales, qu'il leur répugnait de voir fractionner, ils demandaient précisément qu'on en augmentât le personnel, afin de n'en exclure aucune discipline féconde. Warnkoenig n'était plus l'homme de 1817; il en était venu à parler et à écrire avec facilité la langue française, et le premier usage qu'il faisait de cette précieuse acquisition était de condamner l'usage du latin dans les cours, <iu grand étonnement du professeur Fuss (V. ce nom), qui, partisan décidé du latin moderne, ne laissa pas échapper l'occasion de se plaindre au public de ce virement de bord. Les deux auteurs se prononçaient aussi sur la question des examens: selon eux, les Universités pourraient délivrer les diplômes de candidats; mais une commission d'Etat, siégeant dans la capitale, devait être seule autorisée à procéder à l'examen final. Leur système se rapprochait visiblement de celui de l'Allemagne, mais sans perdre de vue les convenances particulières inhérentes aux mœurs et aux besoins de nos populations. Les passions brtHlantes qui fermentaient à cette époque absorbèrent l'attention que méritait, sans contredit, un écrit
{ * } Mone rentra plus lard dans le grandduché de Bade, avec le titre d'archiviste-gé- Déral (1834). — Warnkœnig eut encore d'autres raisons de quitter Liège (V. l'art. J.-G.-J. Ernst, col. 273).
(*) Examen de quelqueê questions relatives à V enseignement suptf rieur dans le
royaume des Paya-Bas, Liège, Lebeau-Ouwerck, 1829, in-S».
( ' } Essai de réponse aux questions officielles sur l'enseignement supérieur, par MM. de Reiflenberg et Warnkœnig. Bruxelles, H. Tarlier, 1838, in-8«.
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semblable, où k Vhenre qu'il est nous aurions encore beaucoup k puiser. La révolution était imminente ; Il ne s'agissait plus d'améliorations internes dans renseignement , mais de la solidité même de tout Fédiûce
Warnkœnig continuait, sur ces entrefaites, de s'occuper de ses travaux ordinaires. Il flt parailre à Louvain, en i829, les volumes IX et X de la Thémis, rédigés en collaboration avec les professeurs Bimbauffl, Holizius, etc. Tout-àcoup l'enseignement universiitaire fut suspendu, et l'arrêté du i6 décembre 1850 supprima la Faculté de droit de Louvain. Vingt-neuf professeurs étrangers furent congédiés,entr*autres Warnkœnig, >qui était sur le point de se retirer à Gœttingue, lorsque le gouverment provisoire, revenant à son égard sur la mesure qu'il venait de prendre, lui conféra le titre de professeur à l'Université de Gand, pour les Pandectes, l'encyclopédie et l'histoire du droit (\^ janvier 4831). Warnkœnig accepta : Sa temme était Belge, ses enfants étaient nés parmi nous (*). D'ailleurs, en allant se fixer à Gand , « il prévoyait qu'il pourrait s'y livrer à des recherches suivies sur les institutions communales de la Flandre au moyen-âge, recherches vers lesquelles il avait été poussé depuis longtemps par le célèbre Niebuhr (')».
il ouvrit ses cours le 20 Janvier et consacra toutes ses heures de loisir à fouiller les archives flamandes. Ses premières investigations furent très-fructueuses; il eut le bonheur de découvrir, entr'autres, des pièces extrêmement intéressantes pour la Commission royale
des Records, de Londres. H entra aussitôt en relation avec M.Cooper, secrétaire de ce Collège, qui le nomma son correspondant ; c'est ainsi qu'il put travailler utilement k compléter la précieuse collection des Fcederoy commencée par Rymer ('). De ces études laborieuses sortit TouVrage capitalde Warnkœnig, VHi8toire politique de la Flandre et de ses institutions (Flandrischc Staatsund RechtsgeMhichte), ùonifen le sénateur Alb. Gbeldolf, alors juge à Gand, nous a donné une excellente version française, enrichie des trésors de sa propre érudition. oÂuteur et traducteur se complètent , dit Saiht-Genois , et rendent indispensable la possession de l'œuvre originale et de la traduction, pour tous ceux qui veulent connaître à fond un travail qui a fait époque dans nos annales ». L'Histoire politique de la Flandre se compose de trois volumes divisés en cinq tomes, publiés à Tubingue de i855 à 1842 (*). Les deux premiers volumes seulement ont paru en français. Avant de prendre la plume, l'auteur dépouilla patiemment, comme nous l'avons dit, les archives de Gand, de Bruges, d'Ypres,et de la Chambre des comptes de Lille. Ensuite il prépara, en quelque sorte , la synthèse de ses recherches en donnant, à TUniversité de Gand, un cours sur l'histoire du droit belgique (4852-1853). Avec le remarquable talent qui distinguait toujours son enseignement, il y caractérisa l'espritdes anciennes institutions flamandes et sut inspirer à ses élèves le goût des recherches qui Toccupaient lui-même {*). Mais l'étude approlondie de notre
( * ) Warokœoig avait épouse en premières noces Mil>: Wober, parente de l'illustre auteur de Freiwhûtz ; de cette union procédèrent trois fils, tous trois nés en Belgique (v. cidessus). Veuf de bonne heure, Warnkœnig se remaria avec M'ie Smal t veuve Ansiaux), de Liège, dont il eut une fille qui ne vécut que peu d'années.
(*; Saiot-Genois, p. 163.
(*) iMd,
(*) Le 1*' vol. en 4835 ; le «•, i" partie, en 4836; S« partie, en 4837 ; le 8*, â« partie (documents), en 4839; i^ partie (texte , en
( *) c J'appartenais, ajoute son biographe.
à celte jeunesse avide d'écouter sa parole, aussi ingénieuse par le fond que pittoresque par la forme, et toute empreinte de germanismes, bien qu'il s'exprimât en français avpc autant de feu que de volubilité. Warnkœnig forma k cette époque une pléiade de travailleurs qui se livrèrent depuis, avec succès, à l'étude de notre histoire et de nos institutions ; il aimait à les diriger, è leur prodiguer SCS conseils. Moi-même, aidé autant qu'encouragé par lui, je composai m^n Histoire des avoueries, mémoire couronné par l'Académie royale de Bruxelles en 4834, alors que j'étais encore son élève k l'Université »(p. 463).
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passé ne présentait pas uniquement, en ce temps-lâ, un intérêt historique. En exposant les résultatsde ses découvertes, WarniLœnig démontrait par le fait que les espérances de la nation, réalisées en 183i par la proclamation d'une loi fondamentale qui loi assurait toutes les liliertés, étaient des es|)érances et des traditions séculaires. Le cours de Wam* kœnig était pour ainsi dire l'explication génétique de la Constitution de 1851.
L*iroportance n'en pouvait échapper, à ce point de vue, au roi Léopold, qui voyait avec plaisir, au commencement de son règne, un homme d'un mérite reconnu contribuer ainsi â affermir la conflance des jeunes gens dans l'avenir de la Belgique indépendante. Aussi Wamkœnig fut-Il honoré, d'une manière ti>ate particulière, delà bienveillance du chef de notre dynastie. UHUtoire de Flandre fut cependant écrite surtout pour l'Allemagne. Le récit des événementSy très-concis, n'y intervenait que poar relier entre elles les différentes périodes de notre évolution politique et sociale. L'essentiel était, aux yeux de Warnl^œnig. de mettre en relief le rôle considérable que les Flamands avaient joué, dans l*Europeoccidenta1e, du IX*, au XIV* siècle, et de suivre pas k pas le développement intérieur de ce peuple si Jaloux de son indépendance et de sa liberté, et l'extension de son crédit au dehors, par l'Industrie et le commerce.
« Wamfcoenig brille surtout par la rare sagacité avec laquelle il expose l'enefaainement des faits. Son esprit de critique est tout allemand ; aussi a-t-il fortement empreint de sa nationalité l'emploi qnll fit des documents nouveaux.
N«1 mieux que lui n'a saisi le véritable caraetère de nos institutions, l'influence qu'elles ont exercée sur la vie publique daos l'ancienne Flandre ; sous ce rapport, il a laissé loin derrière lui les Jacques Meyer, les Oudegherst, les Rapsaet
et bien d'autres. Partout il promène le flambeau d'une science sûre et solide, sur des faits mal appréciés ou incomplètement connus ; il place dans son vériuble jour une période de notre histoire obscurcie par le préjugé ou l'ignorance : aussi peut-on dire que son livre forma une véritable école, d'où sortit toute une génération de savants qui font aujourd'hui honneur au pays » ('). — Les deux premiers volumes de la traduction française, faits sous les yeux de l'auteur, parurent respectivement en f 855 et en 1836, à Bruxelles. Un troisième volume, consacré plus spécialement à l'histoire de la ville de Gand, vit le jour en 1846; un quatrième (l'Histoire de Bruges), en 1851; enfin, un cinquième (l'Histoire d'Ypres), en i86i seulement. A partir du troisième volume, le traducteur s'est donné plus de liberté; des parties entières de l'ouvrage lui appartiennent, des rectifications importantes ont été apportées à des assertions trop légèrement accueillies ; des détails secondaires ont fait place à d'autres plus importants. L'histoire de Bruges est complètement remaniée, tant pour la disposition des matières que pour le texte; de nombreuses lacunes ont été comblées. Le cinquième volume est en réalité une œuvre originale ( ' ) ; il n*a pas été donné àGheldolf, malheureusement, de mettre la dernière main à son beau travail ('}) dont Wamkœnig fut le premier, jusquà sa dernière heure, k reconnaître tout le prix.
Pendant son séjour k Gand, Wamkœnig fut plus d'une fois consulté sur les questions relatives à l'enseignement. H avait donné, depuis longtemps déjà, des preuves de sa parfaite compétence; en outre, 6n lui reconnaissait un esprit éminemment pratique.
Le bourgmestre de Gand, Van Grombrugghe, eut recours à ses lumières en 1852, pour réorganiser les différents
(*) SaiQt Génois, p. 170.
( ■) Le titre le dit d'ailleurs : Sur U plan de tomprage aliemand de M. Warnkœoig.
(*) L'Académie, dëaireose de faire compléter Touvrage josqa'à la rëunioa du comté de FlaiMlre aux autres provinces belges^ a porté aa programme de ses couconra pour 1868
la question suivante : Fairg Vhuioire poli" iique de la Flandre, depuiâ 130S jusqu'à ravinement de la nutUon de Bourgogne ( i 38S),tfn s'auochani principalement auxnuh di/lcations qu'ont subieë^ à cette époque, lee institutianM générâtes du comté et les institutions partieuliires des grandes communes,
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cours du Collège de la ville ;c*est à son initiative, par parenthèse, qu*on fut redevable du rétablissement de la chaire de commerce, abandonnée depuis la chute du roi Guillaume. En 1855, il fut appelé à faire partie de la Commission chargée de préparer la loi d*organisation de Tinstruction publique aux deux degrés supérieurs. Ses vues ne furent pas réalisées,et plus tard il en exprima bien souvent le regret ( * ).
Warnkœnig suffisait à tout : nommé en 1854 membre de la Commission royale d'histoire, nouvellement créée à Bruxelles pour la publication de nos anciennes chroniques, il s'occupa immédiatement de coordonner les matériaux du Corpus chtonkommFlandriœ, dont le premier voiume fut commencé sous sa direction (*). Les Bulletins de la Commission sont remplis de communications sur ses découvertes; elles témoignent à la fois de son activité infatigable et de la sagacité critique qui distingue tous ses travaux. Vers la même époque, il reprit, en société avec Voisin, van Lokeren, M. Serrure et le baron de Reiffenb^rg, la publication du Messager des sciences historiques^ recueil justement estimé, fondé en 1825, mais interrompu en 1850. Le baron de Saint-Génois le remplaça en 1856 comme directeur de cette revue ; mais Warnkœnig, rentré en Allemagne, n'en continua pas moins d'y envoyer des articles (jusqu'en 1851).
L'Université de Gand ne devait pas le conserverlongtemps. « Certains froissements personnels (') dont il est inutile de parler, autant que l'espèce de nostalgie dont il fut atteint, après la mise en vigueur de la loi du â7 septembre 1855, l'engagèrent à quitter sa patrie adoptive, pour revoir sa terre natale. » Il expliqua sa résolution par l'état de sa santé, altérée, disait-il, par l'air humide de la Flandre. Le baron de Saint-Génois nous apprend qu'il fut
question de le replacer à TUniversité de Liège, avec un traitement considérable; en tous cas ces négociations n'aboutirent pas. Warnkœnig alla recueillir, à l'Université de Fribourg, la succession de riUustre historien Rotteck. 11 fut nommé professeur de droit naturel et d'histoire politique, avec le titre de conseiller (Uofratk) du grandduc de Bade. Il voulut tout d'abord donner un témoignage de reconnaissance au pays qu'il venait de quitter:
il prit l'histoire du droit belgique pour sujet de son discours inaugurai. En revanche, un peu plus tard , il conçut l'idée de faire connaître aux nations étrangères les progrès immenses accomplis en Allemagne de 1815 à 1840, dans le domaine des sciences juridiques. Son intéressante brochure intitulée : De la science du droit en Allemagne depuis 1815 (*), présente un aperçu des travaux de Savigny, Mitterroaier, Eichhorn, Walter, Hugo, Thibaut, et de tant d'autres sommités scientifiques dont il avait lui-même propagé les doctrines parmi nous. Ses écrits sur VHistoire et les sources du droit coutumier liégeois^ sur le droit naturtU et son Introduction (en langue allemande aux Institutes et aux PaU" dectes datent de la même période. En 1844, il échangea sa chaire de Frlbourg contre celle de droit ecclésiastique à Tubingue; c'était la sixième Université qui le comptait au nombre de ses professeurs. Tubingue était alors le centre d'un mouvement politico-religieux qui passionnait toute cette partie de l'Allemagne: Warnkœnig se jeta dans l'arène et se mit à écrire brochure sur brochure, dans un sens peu favorable à l'Eglise romaine. Ces préoccupations de polémiste le poursuivirent longtemps, comme le témoignent divers articles qu'il publia vers la fin de sa vie dans toutes sortes de recueils périodiques. Mais elles ne l'empêchèrent pas
( * ; Saint-Geoois, p. 162.
(* ) Celle grande pablicaliona été achevée en 1837, par les soins de M. le chanoine de Smet.
(') Nous ne saurions dissimuler que Warnkœnig se fit des ennemis un peu par-
tout. Nous avons déjà fait entendre qae les raisons qu'il allt^gua pour justifier son départ de Liège, étaient au fond des prétextes.
(*) Trad. en français par M. Ed. Laboslaye et insérée dans la Revue de tégitlation»
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de donner suite à an grand projet scientifique quMI avait conçu étant encore à Fribourg. Il résolut d*écrire, avec le professeur Stein (de Kiel), une histoire complète du droit français; la tAcbe de son collaborateur devait consister simplement à exposer Fhlstoire du droit criminel (*). Les travaux de Klimrath (*) et de M. Laboulaye fournissaient à l^amlLœnig de nouvelles et précieuses indications ; pour les compléter et pour s*éclairer directement, il entreprit de nombreux voyages scientifiques dans le nord de rAllemagne , en Suisse , en Hollande et à Paris. Trois fois de suite, de 1850 à 1843, la section des sciences morales et politiques de Tlnstilut de France avait mis au concours une partie de la question quil avait à cœur de traiter ; mais le plan du savant allemand était plus vaste : il voulait embrasser le sujet dans toute son ampleur. L'ouvrage parut à Bâie (184G et 18i7) en 2 vol., in-8<»; de même que Y Histoire de Flandre, il a conquis et conservé dans la science une légitime autorité. L'auteur s*est renseigné aux meilleures sources et a porté la lumière dans une foule de recoins obscurs; commençant aux temps antérieurs à la période française, il s'arrête à 1787, et présente un tableau complet de la société française dans les hautes sphères de la politique, des institutions municipales, judiciaires et administratives, pendant une période de près de quatorze siècles (').
Les dernières années de Warnkœnig furent paisibles. A vrai dire, il ne connut jamais, en fait d'orages, que les querelles des savants, plus bruyantes que désastreuses. Des démarches inconsidérées, des articles publiés mal à propos, ou d'un ton peu mesuré, purent lui
faire du tort dans certaines circonstances ; mais au fond il n'y avait dans son caractère ni aigreur ni manque de délicatesse; il était avant tout spontané, un peu fantasque peut-être, et c'en était assez pour le faire quelquefois mal Juger. Il eut des adversaires; mais le temps fit disparaître les rancunes. Retiré à Stuttgart à partir de 1854, il se consacra tout entier à ses études favorites, et la Belgique réclama encore la meilleure partie de son temps. En 1860, il publia en feuilleton, dans la Gazette de Cologne, un excellent résumé de VHistoire de la principauté de Liége^ dont on doit féliciter M. Stanislas Bormans , conservateur-adjoint des Archives liégeoises, de nous avoir donné la traduction ('). En 1856, l'Académie royale de Belgique ayant mis au concours la question de savoir quel a été le lieu de naissance de Charlemagne, un généreux donateur offrit un prix considérable à l'auteur qui parviendrait à prouver que le grand empereur était belge.
Huit mémoires furent envoyés à la Compagnie, qui ne se déclara point satisfaite et modifia son programme, d'accord avec le fondateur anonyme du prix. Exposer Forigine des Carlovin" giens ; discuter les faits de leur histoire qui se rattachent à la Belgique, tel fut le libellé du nouveau programme ( * ). Les lauréats furent Warnkœnig et M.
Gérard, auditeur-militaire à Bruxelles; MM. Kervyn de Lettenhove, lebaron de Gerlache et M. L. Polain , rapporteur, furent unanimes dans leurs conclusions, et la classe des lettres tout entière partagea leur manière de voir. L'ouvrage couronné se distingue par une étude approfondie des travaux des érudits modernes et par un emploi judicieux des sources. L'alliance d'un Belge et d'un Allemand, tous deux versés dans la litté-
( * ) Nypels, Bibliographie du droit criminel, p. 530. L'ouvrage de Stein forme le 3* volume de VHistoire du droit français. Il a paru en 4846 à Bftie en Suisse.
(*) Traraux sur C histoire du droit français, par feu H. Klimrath , mis en ordre et précédés d*uDe préface par L.-. A Warnkœnig, prof, k r Université de Fribourg, avec une carte de la France coutumière. Paris, 4843, S vol. in-8^ (M. Nypels a publié dans la Re-
vue de Uége^ t. IV, p. 446 et suivante8,une analyse étendue de cet ouvrage).
(■) Saint-Génois, p. 466.
(«) Liège, Renard, 4864, in 4io.
(*) Le prix devait être un capital de 6000 frs., à S 4/i «/o, inscrit sur le grandlivre de la dette publique belge, avec jouissance des intérêts k partir du 4*^ janvier 4866 [BuU, de VÀcad., 4860, p. 3S). — V« l'art. PoLAiN^
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rature historique de leur pays respectifs, produisit ici les plus heureux effets, bien que les auteurs avouassent dans leur préface que a leurs aspirations n'étaient peut-être pas strictement les mêmes »
Depuis nombre d'années, WarnlLoenig publiait régulièrement dans la Revue historique de M. de Sybel, à Bonn, un compte rendu périodique des travaux des érudits et spécialement des historiens belges. L'un de ses derniers projets littéraires fut de réunir et de mettre en œuvre tous les documents qu'il avait recueillis sur ce sujet, et de nous doter d'une Histoire des études historiques en Belgique depuis 1830. Assurément, s*il est un domaine où les écrivains belges contemporains se soient aventurés avec succès, c'est bien c^lui de l'histoire ; on pouvait s'attendre k une publication k la fois intéressante et utile. Mais Warnkœnig, vivant éloigné de nous, avait besoin d'un collaborateur : il s'adressa tour à tour an baron de Saint-Génois tt à M. J. Delecourt, qui, faute de loisir, ne purent ni l'un ni l'autre s'associer k son entreprise. Il est k souhaiter que les nombreuses notes recueillies par Warnkœnig, en vue de ce travail, soient tôt ou tard utilisées. Eu attendant, nous croyons devoir reproduire le plan que l'auteur de l'idée communiqua, par lettre du 2 juin 1866, à son ami de Gand :
1. Coup d'œil sur l'historiographie belge pendant les temps antérieurs au règne de Marie-Thérèse.
2. Restauration des éludes historiques pendant la deuxième moitié du XVlll'' siècle. Erection de l'Académie de Bruxelles; ses historiens et leurs travaux.