Liberté d'enseignement
Nous avions exprimé quelques-uns de nos vœux sur cette question; nous l'avions fait de bien bonne foi et avec toute modération, })our le fond comme pour la forme. Ce que nous aurions pu réclamer comme un droit, nous le demandions comme une grâce, et encore nous n'en demandions qu'une partie, parce que des lioMunes éminents nous avaient représenté que, dans l'état présent des esprits, on ne pouvait arriver que par degrés à la liberté vérilajjle et conq)lète de l'enseignement. Cependant on a trouvé nos premières demandes excessives , et on les a qualifiées plus que sévèrement. Nous étions bien sur qu'elles n'avaient rien de contraire ni au droit naturel, ni au droit divin. Mais n'avaient-elles rien d'opposé à notre droit public? n'ofTensaient-elles pas notre pacte social, la charte conslilutionnelle de 1830, ou bien n'on'raient-ellcs pas quehjue chose d'inconq^alible avec l'état actuel de la société?
— G — Nous nous sommes fait ces questions, et nous y répondons dans cet examen, que nous donnons au public sous une forme toute élémentaire. jXous avons voulu être simple, afin d'être plus précis; et, pour ne pas cesser d'être calme, nous nous sommes exposé à rester l'roid. A d'autres il est réservé de revêtir d'un style sublime d'eiïrayanles et impossibles théories \ Comme il s'agit maintenant surtout de réalités, nous avons saisi la question par ce qu'elle a de plus substantiel et de plus pratique. Nous n'avons pas l'intention de faire du bruit, mais seulement de jeter quelque jour dans une question d'une immense portée, sur laquelle beaucoup dissertent sans la comprendre, et que les passions ont rendue plus délicate, plus difficile, plus dangereuse qu'elle ne devrait l'être.
* M. de Lamarlinc , dans un morceau réccnimenl publié, et revêtu de tous les prestiges du langage , se juouoiice comme nous pour la libertc? d'enseignement : mais il veut qu'( lie s'opère par la s('paralion entière de; l'Eglise avre l'Etat, de telle sorte que le gouvernement ne ferait plus de traitement au clergé et reprendrait les temples. 11 y aurait beaucoup à dire sur la Ic'gitiinité de cette nouvelle confiscation : mais à quoi bon piovoquer des eonimotions sociales? l'expérience d'un peuple voisin ne nouo ])ronv(-l-ell(' pas que cette effioyable l'iqtture n'est pas nécessaire à la iilvrté d'enseignement.
Si l'on nous (leniando pourquoi nous descendons de la chaire dos vérités divines pour entrer dans ce champ clos des discussions humaines, nous lépondrons que nous prenons bien à regret cette position nouvelle, mais qu'on nous y a forcé puisque d'abord il nous est interdit de parler comme Evèque de certains intérêts sociaux, qui sont cependant intimement liés avec ceux de l'Église, et puisque d'ailleurs nous avons à combattre beaucoup d'hommes qui n'admettent pas les raisons tirées de la foi. Est-ce donc notre faute, si l'on ne comprend plus, si l'on ne veut plus comprendre les considérations purement religieuses, et si la plaie est envenimée au point que les remèdes ({ui devraient le mieux la guérir ne font que l'aigrir de plus en plus? Nous le savons, le langage humain convient mal à notre bouche ; cependant il faut bien l'adopter avec ceux qui n'ont linlelligence que de celui-là. L'apôtre saint Paul ne le faisait-il pas à l'égard des chrétiens récemment arrachés au paganisme? Ne disait-il pas aux fidèles de Rome : Je vous parle un langage humain à cause de Vinfirmilé de voire nature. (Rom., vi, 9.)
On s'oljsline à répéter que nous ne défendons que la cause du clergé : il faut bien faire voir que nous défendons la cause de tous , mémo la cause de ceux contre qui nous réclamons.
On dit qu'à Toccasion de la liberté d'enseigueinent, il y a guerre entre l'épiscopat et l'université; cela peut être, mais ce n'est qu'un résultat de la question, ce n'est pas la question clle-inènie. La guerre existe entre le droit et l'usurpation. Il est bien vrai que l'épiscopat est du coté du droit et qu'il combat pour lui, mais il combat avec les amis de l'ordre et de la justice; il cond)at pour la France autant que pour l'Église, pour la famille aussi bien que pour la conscience, pour la Charte constitutionnelle en même temps que pour l'Evangile.
Aussi, qu'on le remarque bien, c'est uniquement une question de droit que nous allons traiter et non point la question du fait accompli; c'est-à-dire que ce qui nous occupe, c'est la loi qui doit être discutée bientôt ^ et non pas précisément la position que le gouvernement nous a conservée jusqu'ici. Nous serons, sans doute , forcé de toucher à cette position , mais ce sera [)Our l'examiner en elle-même , et non pour jeter le blâme sur le pouvoir qui l'a maintenue. Nous signalerons le passé, afin d'éclairer
* Dans nos convitlions , la loi du 9.8 juin 1 833, sur rinslrucliou primaire m; peut être que provisoire, puis- (ju'(ll(.' est établie tout entière sur le système du monopoh;. D'ailleuis ceux niéiiie f[ui soiU eliargi's de la faire exécuter, en ont déjà compris les graves inconvéïiienls.
l'avenir; mais nous ne nous chai'gerons pas de le juger. Nous pensons qu'il laul Taire la part des dilïiculiés iimombrablcs qui se rencontrent à la suite des révolulioiis et qui commandent quelquefois rajournement des mesures les plus désirables. Le gouvernement actuel n'a pas créé l'université : il la reçue, et peut-être ne pouvaii-il pas d'abord se dispenser de la recevoir, telle qu'elle se trouvait alors, malgré tout ce qu'elle ollrait d'antipathique au nouvel état de choses. Maintenant il lui est réservé de la mettre tout-h-fait en harmonie avec nos institutions, ce qui, selon nous, ne peut se faire que par la liberté absolue de l'enseignement ^ Nos assertions paraîtront peut-être d'abord étranges et hardies; nous demandons en grâce qu'on veuille bien ne pas se prononcer sur leur valeur avant de nous avoir lu jusqu'au bout. On a tant abusé en France de la liberté, que les gens de bien sont excusables de la redouter à l'excès. Oui , sans doute, la liberté a ses dangers; mais quand elle a })assé dans les mœurs, quand elle est écrite dans les lois, quand elle est devenue un besoin
' Nous ne parlons pas dans cet écrit des Facultés spéciales qui, évidemment, doivent être soumises à des conditions particulières. La liberté est promise à renseignement, mais non à l'exercice de la miidecine, du droit , etc.
pul)lic, le plus grand danger pour un gouvernenienl, c'est de vouloir la comprimer au lieu de la mettre dans ses intérêts.
Au reste, nous ne voulons détruire rien de ce qui existe. L'université peut garder toute sa hiérarchie, toute son organisation, ses comités, ses inspecteurs, ses examens, ses grades ; seulement nous demandons, qu'à côté de celte société savante, puissante et riche, il soit permis à chacun d'élever des maisons d'éducation pour lesquelles l'état ne ferait aucun sacrifice et sur lesquelles il aurait seulement un droit de surveillance ^
Nous nous adressons aux hommes sérieux, et nous les prions de nous réfuter , si nous ne sommes pas dans le vrai. Nous ne tiendrons pas compte des autres attaques. Nous nous présentons avec les armes de la logi(iue, et nous prétendons combattre pour l'intérêt de la société toute entière. Sur ce terrain , Dieu aidant , les sarcasmes ne nous atteindront pas, les menai es surtout ne nous intimideront pas.
' M. Guizot a dit : « Il appartient à l'Etat d'ofliir l'c- « diicalion dans les etablissonicnls publies à ceux qui vou- <■ dioni la recevoir, et de la surveiller dans les élablisse- • nit-nts où elle est l'objet de spéculations particulières.» ISous ferons seulement observer à l'illustre eeiivain (|ue, grâces à Dieu, toutes les maisons particulières d'éducation de ce génie ne sont pas des objets de spt't ulalion.
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