‹ Libres!: drame en cinq actes, huit tableauxChapitre 133 sur 146 · ACTE QUATRIÈME âOâ · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME âOâ

LE GÉNÉHAL, lui serrant les mains arec effusion.

Mon brave ami ! Moi, j'aime mieux le Lérins d aujourd'hui que celui d'hier.

FERNAND

Vous m'excusez?

LE GÉNÉRAL

Non pas. Quand on s'appelle Lérins, quand on est officier de la Légion d'honneur, et quand on a une réputation digne de ce titre et de ce nom, on ne s'expose pas à la compromettre dans les aventures; mais vous êtes abattu, écrasé; on juge mieux les gens quand ils sont à terre, et personne au moins ne dira que vous êtes un malhonnête homme.

FERNAND

Tout Paris le dit en ce moment.

LE GÉNÉRAL

On ne sait pas encore que vous donne» votre forlune entière pour réparer une faute dont vous n'êtes pas seul responsable.

FERNAND

Est-ce que ma fortune suffira ?

LE GÉNÉRAL

J'ai quelques économies...

FERNAND

Oh 1 mon pauvre ami!... Vous ne vous doutez pas de ce que c'est qu'un pareil désastre.

LE GÉNÉRAL

Très salutaire... pour la société. U faut apprendre aux braves gens qu'on risque d'effroyables culbutes dans ce métier-là. Ça remet les choses en équilibre.

FERNAND

Je supporterais courageusement toutes les catastrophes si je ne me sentais pas coupable.

LE GÉNÉRAL

Léger, faible, trop confiant.

Voijià tout ce que Ton trouvera pour me défendre, c'est bien misérable. Tout s'effondre à la fois dans ma vie. Éva venait me demander hier de l'emmener loin de Paris. Elle me suppliait de la sauver d'elle-même. J'étais frappé au cœur, mais elle me restait. Je l'aurais emportée avec moi, oubliant tout. Elle était encore là quand j'ai crié au fiancé de Fabienne de fuir cette maison où venaient d'entrer la ruine et le déshonneur, mais depuis je n'ai pas revu madame de Lérins.

LE GÉNÉRAL

Comment ? Vous n'avez pas cherché à la voir ?

FERNAND

J'ai passé la nuit au chevet de Fabienne, et puis . . . je n'ai pas osé. — J'ai su qu'elle était sortie ce matin, seule, dans un fiacre, et elle n'est pas revenue.

LE GÉNÉRAL

Vous supposez ?.*

AfiTÉ QTJATÎIIÈME 205

FERNAND

Je suppose que la pauvreté Jui a fait peur.

LE GÉNÉRAL

Ohl

FERNAND

Et c'est pour elle, oui, c'est pour n'avoir jamais à lui refuser une fantaisie, que je courais aux gros bénéfices et à l'argent vite gagné.. . C'est pour elle que j'ai tout oublié et tout perdu.

N'allez pas aus extrêmes, maintenant ; madame de Lérins a pu avoir une heure d'affolement, mais vous avez votre fille. ..

FERNAND

Oui. Je n'ai plus à penser qu'à ma fille.

LE GÉNÉRAL

Elle va épouser un brave garçon.

FERNAND

Ce mariage est impossible.

LE GÉNÉRAL

Pourquoi donc?

FERNAND

Parce qu'un d'Hérouville ne peut pas être le gendre d'un financier qui a ruiné ses actionnaires.

LE GÉNÉRAL

Il n'est pas venu?

206 LÏS AFFOLÉS

FERNÀND.

Vous ne vous rendez pas compte de ma situation. Je vous ai prié hier d'être mon témoin.

LE GÉNÉRAL

Contre Agénor. Je suis prêt.

Je ne peux plus me battre.

LE GÉNÉRAL

Vous?

FERNAND

On ne se bat pas le jour où Ton fait faillite, on ne tue pas un homme qu'on a ruiné, et le baron de Saint- Benin vous répondra; « Je rendrai raison à M. de Lérins quand il aura été jugé. »

LE GÉNÉRAL, arec riolenoe.

S'il me répondait çal...

FERNAND

Je suis allé ce matin chez un magistrat, qui m'avait perdu de vue et qui ne savait rien. Je lui ai parlé comme s'il s'agissait d'un autre et je Técoutais en m'efforçantde rester calme. 11 m'a condamné, et la peine... la peine pourrait êlre celle des voleurs.

LE GÉNÉRAL

Vous êtes fou !

FERNAND

Je me demande -s*il ne vaudrait pas mieux en finir et ne laisser à ma fille, comme vous le dites, que le souvenir d'un fou*

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