‹ Libres!: drame en cinq actes, huit tableauxChapitre 83 sur 146 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

FERNAND

Supposez que c'est votre aîné qui vous interroge, le chef de la famille, et regardez-moi bien en face. Vous aimez Fabienne?

JEAN

Autrefois, au château de Lôrins, je l'aimais comme une sœur; aujourd'hui, ma plus grande joie serait de donner ma vie pour elle. C'est tout ce que je sais.

FERNAND

Vous n'avez pas eu Tidée de me demander sa main ?

JEAN

Je ne l'ai jamais eue, je ne l'aurai jamais.

KERNAND.

Voulez-vous que je vous dise pourquoi vous repartez ? C'est que vous n'auriez pas le courage d'apprendre qu'elle devient la femme d'un autre.

Vous vous trompez.

FERNAND

Est-ce que vous croyez que je n'ai pas été jeune comme vous, moi? (changeant de ton.) Je me sens plus à l'aise. Je m'étais mis dans une situation très sotte si vous n'aviez pas aimé Fabienne... Maintenant je suis fixé.

JEAN

Monsieur !

FERNAND

Vous n'êtes pas un prétendant, je sais bien, vos galons de lieutenant et votre ruban rouge ne vous paraissent pas suffisants. Eh bien, moi, je ne vous en demanderais pas davantage. Je ne connais pas, à notre époque, de situation plus belle et plus enviable; seulement, — il y a un seulement terrible, — je ne consentirai jamais à me séparer de ma fille.

JEAN

Mais, Monsieur, vous n'avez pas de raison... Je ne vous demande rien.

FERNAND, sérieusement.

J'avais presque votre âge et j'étais lieutenant de hussards comme vous êtes lieutenant de chasseurs, j'ai j donné ma démission pour épouser la mère de Fabienne. Cela ne m'a pas empêché de retrouver mon épée le jour oii je Tai cru utile. L'uniforme ne m'allait plus, mais le bras était encore solide. Feriez-vous pour la fille ce que j'ai fait pour la mère ?

Mais vous. Monsieur, vous aviez une très grande fortune.

FERNAND

Quelle importance donnez-vous à l'argent et que supposez-vous qu'il pèse entre gens qui s'aiment ? L'argent, aujourd'hui, c'est tout et ce n'est rien. On le gagne si facilement et on le perd si vitel II n'y a pas à en tirer vanité. On emploierait mal son temps à combiner un riche mariage ; il est plus simple d'être heureux à la bourse. Vous avez des scrupules d'un autre âge.

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