‹ Libres oinions morales et historiquesChapitre 11 sur 26 · Le comte de Montalembert · texte numérisé non relu

Le comte de Montalembert

dividu dans TÉtat, elle n'a cependant jamais considéré ce gouvernement que comme passager. Ce n'est que pour un temps et comme moyen de transition qu'elle renonce à la liberté; mais ce pacte tacite se renouvelle incessamment, et toujours avec la même facilité et la même obéissance, car aussitôt qu'il est brisé, l'inexpérience de la liberté se révélant, il est nécessaire de le rétablir. La Révolution française, avec ses espérances ardentes et ses amères déceptions, avec son enhousiasme et sa terreur, ses brûlants appels à la liberté et ses méthodes despotiques de gouvernement, exprime bien les difficultés de cette situation fatale. Que de fois la France s'est écriée : Le moment est arrivé, le pacte est rompu ! Autant de fois elle a prononcé cette parole, autant de fois elle est revenue se placer sous l'égide de l'autorité, honteuse d'ellemême et consentant à n'être rien pour un temps encore. Son éducation est longue et laborieuse, en vérité, et il ne saurait en être autrement, car le seul apprentissage de la liberté, c'est la possession de la liberté elle-même. Aussitôt par conséquent que disparaît en France ce gouvernement qui dispense de responsabilité, d'activité morale, de caractère, l'individu, aippelé à la liberté, se montré tel qu'il est, plein de maladresse, d'égoïsme et d'ignorance. Ni son gouvernement, qui n'a jamais requis de lui que le silence, ni sa religion, qui n'a jamais requis que son obéissance, n'ont pu lui donner la conscience et la science qu'il n'a pas. Mais n'importe, la France a protesté toujours, même en se soumettant, protesté malgré ses habitudes et ses instincts monarchiques; elle a déclaré d'avance qu'elle se considérait comme faite pour d'autres destinées. Combien de temps durera cette situation violente, c'est ce qu'il est difficile de savoir; mais il serait sage à tout gouvernement de

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prévoir qu'elle devra cesser un jour, et, pour son salut et sa durée même, de travailler à adoucir les crises futures en élargissant de plus en plus la sphère où peut s'exercer l'initiative individuelle, et en faisant tous ses elBForts pour augmenter les rangs du peuple et diminuer les rangs de la populace. Le peuple! la populace I voilà, en effet, les deux termes extrêmes qui indiquent le mieux les différences des deux systèmes : partout où l'individualité est souveraine, il existe un peuple; là où ses droits sont contestés, il n'existe trop souvent qu'une populace.

L'expérience a démontré la vanité des tentatives qui ont été faites pour s'opposer au développement de l'individualité ; il n'y a pas à désespérer du résultat de la lutte. Nous portons la peine de l'histoire, voilà tout : nous sommes ce qu'elle nous a faits, et il dépend toujours de nous d'en modifier et d'en changer le cours; mais cela ne veut pas dire qu'il faille fermer les yeux sur les dangers présents, qui deviennent plus graves à mesure que le temps marche.

Le grand danger de la société moderne a été signalé, il y a déjà trente ans, en deux mots admirables par l'homme politique le plus sagace de notre époque, Royer-Collard : « Grâce à la centralisation, toutes les affaires qui ne sont pas nos affaires personnelles sont les affaires de l'État. » Ainsi la Révolution, en émancipant les individus, a du même coup exagéré les obstacles imposés à l'individualité. Comment cela a-t-il pu se faire ? La Révolution a été surtout négative ; elle crut que, pour rendre Thomme libre, il suffisait d'abattre les institutions qui le gênaient. Protestation

en faveur de l'individu, elle a donc ignoré entièrement ce qui constituait l'individualité, c'est-à-dire l'effort libre et intime de l'àme sur elle-même. Elle a pris son point de départ en^ dehors de l'homme, et ne s'est attaquée qu'à la société extérieure, effet et non cause du mal, au lieu de s'adresser à l'individu, pour lequel et par lequel existe toute société. Les institutions furent abolies, mais l'àme ne fut pas changée. Aucune réforme morale n'avait transformé l'individu et ne l'avait" préparé pour des destinées nouvelles. Libre des obstacles extérieurs, il se trouva donc tel que l'avaient fait ces obstacles; il abolissait l'ancien régime, et il portait en lui l'ancien régime; il abolissait la monarchie, et il gardait l'éducation que lui avait faite la monarchie. C'est la première fois peut-être dans l'histoire qu'on ait vu les ennemis d'un état social ne différer en rien de ses défenseurs : âme, caractère, habitudes, opinions même, les uns les autres avaient tout en commun. Ainsi l'individu demeura tel que l'ancienne société l'avait créé, et au moment même où il se débarrassait de ses liens matériels, il restait enchaîné par les liens moraux de l'éducation et de l'habitude. Il y eut destruction et non régénération.

Ce qui fait que l'homme est un itidividd^ une personne^ c'est qu'il possède une force par laquelle il agit extérieurement, un principe moral d'où découlent ses actes visibles. Rien de cela n'existait chez l'homme de la Révolution. Pour tout principe moral, il avait des opiriions; pour toute force intérieure, certains mobiles d'action, tels que l'esprit militaire, l'honneur du drapeau, l'amour de la patrie, tous sentiments qui étaient le fruit d'une civilisation particulière, ou qui étaient de nature passagère. Mais de sentiment permanent, qui pût servir de base à la vie et de règle

durable, également applicable à tous les moments et dans toutes les situations de Texistence, il n'en avait aucun. Des opinions philosophiques, de la bravoure et de l'enthousiasme ne remplacent pas une convielion morale et sont incapaljles de diriger la vie pratique. Si la société civile avait pu ressembler à une académie ou à un camp, le Français aurait eu tout ce qu'il fallait pour y briller; malheureusement il n'en était pas ainsi, et, à peine émancipé, il retomba en tutelle.

Privé des anciennes institutions, il n'avait donc pas en lui le principe générateur d'où pouvaient en découler de nouvelles. L'individu était libre, il est vrai, mais à la condition d'être isolé. Il se sentit faible et incapable de se protéger lui-même; cependant un remède se présentait : la force de l'éducation et de l'habitude le repoussa vers le système dont il s'était émancipé. Il réinventa pour ainsi dire l'autorité, se plaça sous son abri, et la chargea de tous les devoirs dont il ne pouvait s'acquitter lui-même, en lui im* posant une condition importante cependant : c'est qu'elle ne rétablirait jamais les institutions qu'il avait détruites. Cette restauration d'un ancien système prit le nom nouveau de Centralisation, lien artificiel qui permet aux individus de vivre en même temps réunis et isolés, et qui, par son action générale, dispense chacun de sa participation aux affaires publiques. Ce mécanisme politique est si bien le seul lien qui chez nous rattache les hommes les uns aux autres, qu'aussitôt qu'il disparaît, la France présente l'aspect d'une fourmilière écrasée par le pied d'un passant.

Dès lors, ainsi qu'on l'a très bien dit, toutes les affaires qui n'ont pas été nos affaires particulières ont été les affaires de l'État. La vie privé© en France a

toujours été séparée de la vie publique, mais celte séparation est devenue de nos jours plus large qu'elle ne Tavait jamais été. L'individu n'a eu, pour ainsi dire, plus rien à faire ; nul motif d'action générale, nulle occupation dont quelque ingénieux mécanisme ne pût se charger aussi bien que lui. L'État pense pour l'individu, délibère et avise pour lui. C'est bien là, si l'on veut, une espèce de liberté, mais c'est une liberté qui consiste dans une diminution et non dans une augmentation de responsabilité.

Nous pouvons nous dire libres, si nous entendons par liberté le droit de ne disposer de notre temps qu'à notre profit ; mais c'est une liberté stérile, et sous son influence l'individualité s'aifaiblit à vue d'œil. D'où peuvent venir à l'individu soumis à un pareil régime la sagesse, l'expérience, le caractère, l'esprit de résistance, l'intelligence des intérêts qui lui sont communs avec tous ses semblables? Pour constater cette diminution de l'individualité, on n'a qu'à prêter l'oreille aux mille conversations que l'on entend chaque jour ; on pourra se convaincre ainsi à peu de frais que beaucoup de nos contemporains sont devenus incapables de comprendre une question d'intérêt général. Droits et devoirs, principes politiques sont plus éloignés d'eux que la révolution de la Chine ou la religion du Grand-Lama ; ils en parlent avec une certaine curiosité banale comme d'une chose lointaine et étrangère sur laquelle ils demanderaient des renseignements, ou avec une indilBFérence froide qui indique que tout cela est, pour eux, du domaine de l'inconnu. L'éducation politique de l'individu est certainement moins avancée aujourd'hui qu'au xviii® siècle, et il n'y a pas à s'en étonner, car la séparation entre les affaires publiques et les affaires privées était moins grande alors qu'aujourd'hui, et, bien loin d'avoir été

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détruit, le système contre lequel Tindividu avait protesté a été reproduit sous une nouvelle forme, plus ingénieuse, mais moinsv propre encore à développer le sentiment de la vie publique.

Ce n*est pas seulement dans les relations de Tindividu avec l'état politique que cette diminution de la personnalité peut se remarquer. Cette habitude de séparer les aiffaires générales des alBFaires privées a produit à la longue, dans la vie intellectuelle, un résultat des plus bizarres,- qui mériterait d'être décrit par la plume d'un satirique. Nous avons porté dans le monde de l'intelligence je ne sais quelle fausse appli(fation du principe de la division du travail. Les économistes et les philosophes se sont lamentés sur» certaines conséquences, déplorables en effet, de ce principe ; ils ont gémi à bon droit sur le sort du malheureux ouvrier qui passait toute sa vie à fabriquer une tête d'épingle. Gardons un peu de cette compassion pour nous-mêmes ; nous aussi nous commençons à ne fabriquer que des têtes d'épingle. Nous écartons si bien de notre personne tout ce qui ne nous touche pas directement, que non seulement nous n'existons plus que pour notre profession, mais que nous retranchons de notre profession toutes les branches qui ne peuvent pas nous rapporter un profit immédiat. No^is ne voyons rien en dehors de notre métier, et dans cela même nous ne voyons qu'un point unique. De là la- rage des spécialités, qui est devenue un des fléaux de notre époque, et qui finira par affaiblir l'intelligence hunjaine mieux que ne pourrait le faire l'abus des narcotiques les plus mortels. Nous avons bouleversé les lois de Tesprit; on tenait jusqu'à présent que la partie devait avoir nécessairement des rapports avec le tout ; nous avons découvert le contraire. Aussi est-il dangereux de consulter les hommes de notre

temps sur autre chose que leur profession. Vous êtes étonné de leur sagacité sur des points de détail ; enlevez-les à leur métier, ils révèlent une nullité désespérante. Les professions libérales elles-mêmes ne servent plus à donner comme autrefois à, Vhomme une idée générale de la vie. Sous Finftuence de ce despotisme croissant de la spécialité, les intérêts particuliers peuvent aller en se multipliant, je le veux bien ; mais ce qui est certain, c'est que l'individualité diminue.

Tout faible qu'il est cependant, l'individu n'en est pas moins fort redoutable à notre époque, car s'il n'a, pas de qualités bien saillantes, il a au moins un vice bien tranché. S'il n'a pas la science de la liberté, il a le goût de l'anarchie. Moins sa vie est unie à la vie générale, plus il est formidable à son voisin. Ne cherchant en tout que son intérêt privé, il ignore le scrupule; habitué à être comprimé, il ignore la contrainte volontaire. Comme il ne connaît d'autres obstacles que des obstacles extérieurs, il marche jusqu'à ce qu'il soit arrêté. Il doit ce caractère anarchique aux leçons que lui ont données à la fois l'ancien régime et la Révolution. Cet esprit anarchique, envahissant, ce mépris des droits d'autrui, cette révolte contre toute contrainte, se rencontrent du haut en bas de l'échelle sociale, dans tous les faits de la vie, et se révèlent tout aussi bien par les simples relations d'ajffaires que par les émeutes ou les bouleversements politiques. Aussi la société redoutet-elle avec quelque raison l'individu. Elle n'a pas perdu le souvenir des frayeurs que lui ont causées sa licence et ses saturnales. On peut l'opprimer sans crainte, elle ne réclamera pas. Cet abandon de l'individu par la société est un des faits les plus curieux de l'époque et les plus propres h éclairer sur Tavenir

vers lequel nous marchons à grands pas. C'est un fait tout nouveau. Jusqu'à présent, la société avait pris parti pour ou contre l'individu, mais jamais elle n'était restée spectatrice indifférente devant ses luttes ou ses dangers. Outre cette conséquence terrible de l'indifférence, nos frayeurs en ont eu une autre encore plus grave, la haine de la vérité et de l'originalité. Nous demandons à nos semblables de nous gêner le moins possible, et par conséquent d'être le moins sincères possible, de n'avoir une opinion contraire à la nôtre que sur des sujets iiïoffensifs. Nous craignons que la pensée d'autrui ne se révèle au grand jour, de peur qu'elle ne nous soit une honte et une injure, et de son côté l'individu dissimule sa conviction, sachant'bien qu'elle ne lui rapporterait qu'infortunes. Celui qui oserait dire franchement ce qu'il pense à . tous ceux qu'il rencontre passerait pour un diffamateur universel. Un seul mot peut résumer l'ensemble des relations sociales à notre époque : jusqu'à présent l'homme s'était défié de l'homme, aujourd'hui l'homme a peur de l'homme.

Écarté des affaires humaines par les méthodes modernes de gouvernement, redouté par la société, diminué et «affaibli par la préoccupation exclusive de ses intérêts privés, vous croyez peut-être que l'individu trouvera un point d'appui dans les partis politiques? Ils ont des intérêts généraux à faire prévaloir^ et le fait même de leur existence prouve que les hommes sont partagés d'opinions sur les questions morales; ils feront donc appel à l'initiative individuelle et la défendront de tout leur pouvoir?... Il n'en est rien. Parmi tous les partis qui divisent la France, un seul a fait quelques efforts en faveur de la liberté individuelle ; tous les autres sans exception comptent peu sur elle, ou essayent de se passer de son concours. A l'une des

extrémités de.réchelle politique se trouve un parti qui prétend gouverner par le plus petit nombre, prétention condamnée en France, et qui impose le gouvernement comme un credo. Faire acte de foi en Tacceptant, telle est Tunique initiative qu'il réclame de rindividu. Il nie ainsi les transformations politiques, œuvre de la liberté, et regarde la société comme unç institution fixe, au lieu de voir son vrai caractère, qui est la fluidité et le mouvement. L'autre extrémité de l'échelle politique est occupée par un parti nombreux, et qui, il y a quelques années à peine, a troublé le monde. Ce parti se divise en deux camps, également ennemis en sens contraire de la liberté. L'un prétend se passer absolument de l'individu : pour guérir le mal dont nous souffrons, il demande à l'élargir encore. Les mécanismes politiques qui gênent notre vie publique respectent au moins notre vie privée ; mais le parti dont nous parlons, loin de voir là un bien, y voit un mal, et il étend aux relations matérielles l'oppression que les hommes n'ont jusqu'à présent ressentie que dans la vie morale. L'autre fraction de ce parti se déclare en principe favorable à la liberté ; mais, égarée par une fausse idée d'égalité, elle écrase l'individu sous le poids des multitudes. Elle ne reconnaît pas de différences; elle ne pèse que la matière humaine, elle ne tient compte que de la quantité. Pour elle, tout homme est un individu; elle ne veut pas ou ne sait pas reconnaître que l'individualité n'est pas un fait spontané, mais une œuvre d'éducation, d'élaboration lente et successive, et que la liberté s'acquiert au même titre que s'acquièrent toutes les choses de ce monde : la richesse, la renommée, le crédit moral. Elle veut faire trop d'honneur à la nature humaine, et cet honnête désir l'entraîne souvent en fait à prendre pour la nature humaine ce qui n'en est

que la matière première. Certes mieux vaut encore se fier à des mécanismes fabriqués au moins par une main savante qu'aux grossiers instincts des multitudes ; mieux valent toutes les immobilités du pire des statu quo que les orages de l'aveugle hasard.

Cependant, malgré tant d'obstacles, la force de la liberté est tellement puissante qu'il n'y a point à douter de son triomphe définitif, et néanmoins il se présente encore ici une objection. Je ne doute point de la force d'impulsion de l'individu en France : il en a donné trop d'exemples mémorables. Ce dont on peut douter, c'est de sa force de patience et de modération. L'esprit^ d'inertie et de résistance est, de toutes les qualités qui constituent l'individualité, la plus difficile à acquérir; celles qui relèvent de la passion s'apprennent assez d'elles-mêmes. Or, il y a dans notre caractère national une tendance qui demande à être sérieusement surveillée. Je ne sais pourquoi l'esprit français a été qualifié d'esprit pratique ; il doit sans doute cette réputation à sa souplesse et à son élasticité, qui le font rebondir sur lui-même et le rejettent hors des abîmes où il est tombé. Le caractère français est à la fois routinier et utopiste ; la force de l'habitude et la force des chimères le tirent également en sens contraire. Le peuple finançais n'habite jamais le présent pour ainsi dire, et il ignore par conséquent l'étoflFe dont la liberté est faite. Il se rejette vers le passé sans l'aimer, souvent même sans le connaître ; iJ s'élance vers l'avenir sans le redouter, "et surtout sans le préparer. Son ennemi, c'est le présent, dont il ne tient aucun compte, qu'il hait presque toujours, et pour lequel il n'a jamais assez de quolibets amers, de plaisanteries et d'outrages. Nous sommes doués^ d'une sorte de génie fatal pour découvrir les vulgarités, les mesquineries, les bassesses du présent, et pour opposer les résultats

que nous avons obtenus aux résultats que nous avions désirés. Bien des gouvernements qui n'étaient coupables de rien, sinon d'exister, ont fait cette grave et dure expérience. Cette disposition d*esprit domine toute notre histoire, et a donné lieu à des contradictions qui ont à bon droit étonné les autres nations. C'est ainsi que nous passons tantôt pour un peuple révolutionnaire, tantôt pour un peuple monarchique, et les deux opinions sont également vraies, également motivées. Cependant le présent seul est le vrai terrain de la liberté ; si le passé entre pour beaucoup dans la formation de Findividu, si l'avenir est le but vers let^uel il doit tendre, c'est dans le présent seul qu'il vit, respire et travaillé. Le passé ne reviendra plus, et l'avenir arrivera toujours trop vite, si nous ne l'avons préparé. Savoir utiliser le présent à préparer l'avenir, c'est là ce qu'il nous faut apprendre.

L'éducation de l'individu est donc à faire presque tout entière. Nous avons signalé bien des obstacles, qui sont tous le fruit d'une fatale tradition historique. Et le remède, direz-vous, le moyen d'arriver à cette éducation individuelle, à cette réforme intérieure? Ler remède! Si je le tenais dans la main, je n'imiterais point l'égoïste Fontenelle, et je le montrerais immédiatement. Si j'écoutais cet instinct français que j'ai signalé, je me retournerais volontiers vers le passé, et je dirais qu'il sera éternellement regrettable que les choses n'aient pas suivi un autre cours il y a trois siècles. Regrets inutiles et désormais parfaitement stériles! Mais sans aller si loin, n'est-ce pas un remède déjà que d'arriver à connaître sa vraie situation, à réfléchir sur la cause de ses malheurs, à confesser ses imperfections! Si nous avons une fois ce courage, un grand point sera désormais gagné, car nous aurons rompu avec des habitudes fatales. Connaître sa vraie

situation, c'est Tavoir réformée à moitié. Il y a une pensée profonde d'un rêveur allemand par laquelle nous aimerions à conclure : « Nous sommes bien près de nous réveiller lorsque nous rêvons que nous rêvons. » Efforçons-nous donc de tout notre pouvoir d'arriver à cet heureux rêve, indice et précurseur du réveil.

Octobre 1856.

DE LIDÉE

DE

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