‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 190 sur 269 · LE SEPULCRE — DATE D EXECUTION · texte numérisé non relu

LE SEPULCRE — DATE D EXECUTION

cise et quelques-unes même inachevées, les statues de son groupe du Sépulcre.

Il nous semble donc rationnel de placer, au cours de la période obscure de la vie du maître comprise entre ces années 1554 et 1564, l'exécution du monument dont s'enorgueillissent à la fois l'église Saint-Étienne et la ville de Saint-Mihiel. Le talent de notre artiste s'y montre dans son complet épanouissement. Arrivé au degré de perfection dont il fait preuve, tout progrés lui devenait impossible, pour ne pas dire dangereux. Nous pouvons donc le considérer comme le terme ultime, l'aboutissement logique de toute une vie dont nous ne connaissons guère que les œuvres qui en jalonnent le cours, et dont chacune laisse pressentir la merveille qui en clôt la brillante série.

Cette question de la date du Sépulcre a été souvent débattue et a donné lieu à de nombreuses conjectures. Émeric David, dans son Histoire de la sculpture française ('), dit que le monument était terminé en 1 5 3 1 . Il appuie son assertion sur le passage, cité par dom Calmet, du manuscrit de Chatourup. Rien, dans ces quelques lignes, ne peut autoriser une pareille déduction. Le premier historien de notre grand art national, mal renseigné comme on l'était de son temps sur les œuvres de Richier, a, dans la circonstance, confondu le Sépulcre avec le Calvaire de l'église abbatiale, dont le groupe de la Pâmoison est le dernier vestige. Chatouru ayant vu ce travail en place et complet, au mois d'août de l'année 1532, il est permis d'admettre, vu l'enthousiasme qu'il excita chez notre voyageur, qu'il était alors presque une nouveauté.

1. Émeric David, Histoire de la Sculpture jrançaise, publice par Paul Lacroix. Paris, 1872, pp. 177-178.

A Saint-Miliiel, à quelques pas de l'église Saint-Étienne, on remarque, sur une petite place ombragée de maigres arbustes, un édicule dont la désespérante banalité est peu en rapport avec le grand nom qu'il a la prétention de transmettre à la postérité. C'est un simple cube de pierre, orné de quelques moulures du profil le plus vulgaire et surmonté d'un pauvre vase de fonte comme il s'en rencontre sur maint pilastre de porte cochére. L'ensemble a vaguement l'aspect d'une fontaine et ce fut, d'ailleurs, jusque vers 1890, la destination première du monument, simple et par trop primitif, élevé à la gloire de Richier par ses compatriotes. Mais l'eau a depuis longtemps cessé de couler au pied de la pauvre stèle dont les arêtes, rongées par le temps, écornées par les jeux des gamins du quartier, projettent sur le sol blanc du carrefour une ombre maigre et déchiquetée.

Sur une des faces, une plaque de marbre blanc porte l'inscription suivante :

Qui sculpta le Sépulcre

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