‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 54 sur 269 · MANSUY GAUVAIN · texte numérisé non relu

MANSUY GAUVAIN

est qualifié de « menuisier », ce qui semble indiquer qu'il s'était surtout adonné jusque-là à la sculpture sur bois. Il touche alors une somme de « viij fr. v gros » pour « avoir taillié ung ymaige de Nostre-Dame, affublée d'un manteau ouvert »('). Cette statue, destinée à la chapelle primitive de Notre-Dame de Bon-Secours, appelée alors « Chapelle des Bourguignons », est parvenue jusqu'à nous. Elle se voit, aujourd'hui encore, dans le somptueux édifice qui a remplacé, au dix-huitième siècle, le modeste oratoire élevé par le duc René II en souvenir de sa victoire du 5 janvier 1477.

A la suite de ce travail, Gauvain fut chargé d'exécuter la statue équestre du duc Antoine, fils et successeur de René II, placée, vers 15 11, dans la niche située au-dessus de la grande porte d'entrée du Palais ducal de Nancy C). Henri Lepage (') le regarde en outre comme l'auteur probable, soit en totalité, soit en partie, de la riche décoration du portique au milieu duquel son œuvre se trouvait encadrée. Nous ne croyons pas pouvoir partager cette opinion. Ces sculptures, aussi bien du reste que la conception décorative de cette partie du Palais appelée la « Porterie », dénotent un genre tout nouveau dont nous ne connaissons, en Lorraine, aucun exemple antérieur. Gauvain, représentant de la tradition gothique, dut demeurer étranger à cette fière décoration italianisante.

1. Arch. Meurthe-et-Moselle, B, 1005. Cf. Chr. Pfister, Histoire de Nancy, t. I, p. 570, note.

2. Cette statue décora la Porterie jusqu'en 1792. Elle fut brisée le 12 novembre de cette année par un bataillon de Marseillais qui venait d'entrer à Nancj'. La statue actuelle, œuvre du sculpteur Giorné-Viard, a été mise en place en 185 1.

3. H. Lepage, « Mansuy Gauvain », biographie artistique, dans Méin. de lu Soc. d'Archéol. Ion:, t. II, n" i, Nancy, 1851, p. 55. Voir également a Le Palai.s ducal de Nancy », ail. cit., pp. 28 à 36 ; Gaston Save, « Le tombeau de saint Mansuy, à Toul ». {Bull. Soc. arlist. de l'Est, mars 1897, pp. 49-50.)

On a cherché également à lui attribuer le monument funéraire élevé, dans l'église des Cordeliers de Nancy, sur la sépulture de René II. Aucun document ne vient malheureusement appuyer cette assertion, qui ne repose que sur la similitude de style de quelques statues secondaires, les groupes principaux ayant disparu. La chose paraît cependant assez vraisemblable.

En 15 12, certains dommages étant survenus au tombeau du Téméraire, sculpté par Jean Crocq quelques années auparavant, le soin de les réparer échut à Mansuy Gauvain. Il y refit plusieurs pièces accessoires et remit deux jambes neuves à l'effigie du ducC).

En 1527, voulant sans doute fixer définitivement l'artiste à Nancy, le duc Antoine lui assigne une pension sur la recette générale de Lorraine, afin, dit la lettre patente, de l'aider à subvenir aux besoins de sa famille (').

A dater de ce moment, il ne se fait plus aucune construction au Palais ducal de Nancy, sans que Mansuy Gauvain ne soit appelé à y travailler. Au cours de cette même année, 1527, il sculpte les bases et les chapiteaux d'une fontaine que le duc fait ériger dans les jardins de la Cour. Cette fontaine était de jaspe, nous apprennent les comptes, et, détail particulier qu'il est bon de relever en passant, les colonnes pour lesquelles notre imagier taillait « les sourbasses et chapiteltz » avaient été amenées de Lombardie ('). En 1529, il exécute différents travaux dans les

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