UN SOIR DANS LA CADANE
Ils ont organisé un séjour presque confortable : d'épaisses et chaudes toisons tapissent le sol, ils ont de solides vêtements pour le jour et de bonnes couvertures pour la nuit. L'âtre s'éclaire d'un feu égayant et la table, dressée sur quatre pieds rugueux, porte un excellent poulet rôti, du lait, des œufs et, en des vases de bois, un hydromel assez capiteux.
Quand ils ont mangé et bu, les joues un peu rosies, les yeux avivés, le sang chaud, les gestes prestes, — de petites flammes courent le long de leurs membres et soudain se concentrent.
Depuis leur exode rien de tel n'a troublé leurs organes appauvris, et jadis, au temps
des loisirs divins, ils n'avaient connu que de lentes, longues et profondes jouissances, sitôt souhaitées, sitôt inaug-urées, — ils avaient ignoré le désir.
Adam regarde Eve, les yeux grands et dévorants; Eve, les yeux baissés, jette sur Adam les brefs éclairs de ses prunelles inquiètes.
Les mainsse trouvent, puisles lèvres. D'ingénieux et secrets mouvements préparent une chute charmante sur les toisons amoncelées pour les nuits.
Ils frémissent au premier contact sérieux, avec une joie presque douloureuse : puis, un instant amoindri par la quête du rythme nécessaire et des oscillations favorables, le plaisir reprend pied, et, en un formidable galop, coupé de quelques bonds furieux, les jette au butj plus étonnés que satisfaits.
EVE
Déjà, déjà! oh 1 reste encore!
Mais Adam se soulève^ retombe sur le côté et s'attriste.