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UD^E &CUIT Dc4^CS LES qALTES
C'était la nuit. Devant les neiges éternelles De grands monts étages comme un cirque géant, Je contemplais, chétif atome et vil néant, Les astres clairs, pareils à de froides prunelles.
Au loin, et rappelant le Temps qui toujours fuit, Au silence effrayant des espaces sans bornes, Répondait, seule voix de tous ces déserts mornes. Le long tonnerre sourd d'un torrent dans la nuit!
En cercle : autour de moi, sous la lune sereine, Tous ces grands monts hautains, ces pics blancs et glacés. Me semblaient figurer les vieux siècles passés, Immobiles devant la turbulence humaine.
jr-y Calmes, ils dominaient la foule des vivants;
Contemporains et seuls témoins des premiers âges, Depuis plusieurs mille ans, sous l'assaut des orages, Ils planaient dans Tair froid, dans la neige et les vents.
266 l'illusion
Et devant ces titans, moi, l'atome éphémère, Devant leur masse énorme, à leur stabilité Je comparais mon être et sa fragilité, Et les tourments sans but de cette vie amère.
J'avais l'orgueil d'aimer, de penser, de souffrir; Mais dans cet infini que pesait donc mon âme, Étincelle d'un soir, trop misérable flamme,, Vacillante toujours et si près de mourir?
Autour de moi planait l'horreur d'un vide immense. Au ciel qui sur mon front roulait indifférent, Qu'importe notre esprit, qui pour nous seuls est grand? Que lui fait la raison de l'homme ou sa démence?
Et je compris alors que, n'ayant nul pouvoir Pour sauver du néant ma tête condamnée, Mon seul orgueil devant cette âpre destinée Etait le mâle effort d'un combat sans espoir!
VERS STOÏCIENS 267
cosmos
Homme, un jour tu naquis bestial et farouche, Impur, sombre, mauvais: aime la pureté, Fais couler le pardon et Pamour de ta bouche. Aspire, libre et fort, à la sérénité.
Puisque, infime artisan d'un sublime prodige, Tu créas l'art divin et la beauté des lois, Ta noblesse présente à tout jamais t'oblige, Achève d'étouffer la bête; d'autrefois.
Que les, pouvoirs obscurs! d'un monde élémentaire Connaissent grâce a toi le rythme harmonieux; Et si, tous lps Dieux morts, tu restés solitaire. Garde au moins les vertus que tu prêtas aux Dieux!
25S l'illusion
StflZNiTETÊ
es saints, les purs, avec leurs yeux pleins de lumière, Dont le rêve est divin et la force est entière^ Chastes, virils, très bons, répandant chaque jour Comme un vase trop plein leur cœur rempli d'amour, Sois jalouse, ô mon âme, eux seuls auront su vivre! Qu'étaient ces voluptés dont tu te croyais ivre, Toutes tes passions et leur vague langueur Près des communions dont a brûlé leur cœur?,.. Et quelle joie égale à ces sombres délices Des martyrs éblouis qu'exaltaient leurs supplices, Et de: tous ces héros dont l'amour fut si fort, Que son rayonnement survécut à leur mort ?
VERS STOÏCIENS
Cc4LéME VU SOI\
Des monts à coups de hache entaillés par le Temps, Des forêts de sapins escaladant leurs cimes, Et, pareils à des murs bâtis par des Titans, De hauts rochers à pic dominant des abîmes;
Un torrent qui; roulait au fond d'un gouffre noir. Long serpent se tordant parmi des blocs de marbres .. Le silence, le calme et la fraîcheur du soir Descendaient sur le front auguste des grands arbres.
Une :paix,|une joie immense étaient en moi; Éphémère témoin! des choses éternelles, O Nature] o ma mère, une heure; devant toi ,|e regardais sans, peur en tes vagues prunelles !
Etoiles du: ciel bleu, beaux yeux passionnés, Qui, ce soir-là, brûliez comme brûlait ma vie, Rochers, arbres géants, ô mes frères aînés, Je vous pus un moment contempler sans envie I
Je ne jouirai pas de ton éternité, O Nature, et pourtant je te bénis encore, Et, pour ce court instant d'orgueil illimité, Mon cœur ivre d'amour te pardonne et t'adore.
Car je sentais ce cœur plus grand que tes forêts, Plus aimant que ton ciel, et jurais que sans haine Et sans terreur, le soir, mère, où je périrais, La paix de ma pensée égalerait la tienne!
Grande-Chartreuse,
VERS STOÏCIENS
Quand à l'âme de tous ton âme est réunie, Si bien que leur douleur est ta propre douleur, Tu fais alors ta vie immortelle, infinie, Et fais large ta joie, en y mêlant la leur.
Oui, ta vie est sublime, est harmonique et pleine, De cette heure où ton âme étroitement confond Sa destinée avec la destinée humaine, Et rentre, goutte d'eau, dans l'océan profond.
là
ToA^LE
Chants de l'Amour et de la Mort ..*,..... i
Chants Panthéistes 125 -
La Gloire du Néant 157 .,
Heures sombres 199
Vers Stoïciens ♦ , 261 ^
oAchevê d'imprimer le vingt avril mil huit cent quatre- vingt -huit