Limoges d'après ses anciens plans
Les anciens plans de Limoges n'ont pas fait encore, à notre connaissance, l'objet d'une étude particulière. Tripon (1) s'est contenté de donner trois ou quatre plans, sans faire sur eux un travail d'ensemble.
Cependant quels secours les plans ne rendent-ils pas à l'historien ! Comment sans eux étudier la topographie d'une ville, et suivre ses développements ou ses transformations époque par époque? Mais pour cela il faut réunir tous les plans connus de cette ville, en commençant par le plus ancien, ce qui est assez difficultueux. Une fois ce premier résultat obtenu, il faut s'assurer des dates de ces plans, de leur auteur, et choisir l'édition la meilleure lorsqu'ils en ont eu plusieurs, ce qui demande souvent une étude longue et difficile.
C'est pour guider dans ce travail ceux qui voudront faire l'histoire topographique de Limoges que nous avons entrepris cet essai bibliographique sur les anciens plans. Nous dirons d'abord ce que nous avons recueilli sur la date, l'auteur et les différentes éditions de chacun d'eux, puis nous examinerons leur impor-
(1) Historique monumental de l'ancienne province du Limousin ,
dédié à M. Germeau, préfet du département de la Haute- Vienne, par J.-B. Tripon, auteur du plan topographique de la ville de Limoges publié en 1834. — Limoges, imp. Martial Darde, 1837; un volume grand in-4°, et 136 planches, dont deux plans in-fo piano.
tance historique et l'authenticité de leurs indications. Dans un Appendice, nous donnerons la liste des plans que nous avons consultés, en indiquant les noms des dépôts où ils se trouvent, ou le nom des propriétaires pour les plans manuscrits.
Un travail analogue au nôtre a déjà été fait dans plusieurs départements. En dernier lieu, M. Edmond Cabié, de la Société Archéologique du midi de la France, a publié ses Recherches sur les plans de la ville de Toulouse au xvn° siècle. Nous aurons plus loin l'occasion de citer cet excellent travail, qui a beaucoup facilité notre tâche (1).
Comme M. Cabié, car notre situation est la même que la sienne, nous dirons qu' « on pourrait, sans beaucoup d'études ou d'éru- » dition, recueillir les divers éléments qui permettraient de » satisfaire les exigences des critiques et la légitime curiosité des » amateurs de nos antiquités limousines ; mais pour cela il » faudrait disposer de ressources bibliographiques spéciales, qui » manquent ou ne se trouvent que tronquées dans la biblio- » thèque de notre ville et dans nos collections privées ; il faudrait » pouvoir consulter les grands recueils d'estampes et de cartes » qui ne sont guère réunis que dans les dépôts publics de Paris ; » il faudrait être familier avec les études générales faites sur ces » matières, et qui, si elles ne s'arrêtent pas sur Limoges, offrent » du moins des vues d'ensemble, des rapprochements lumineux » ou indispensables pour réduire bien des questions particulières ; » enfin, pour éviter les erreurs qu'un travail pressé et plus ou » moins gêné dans sa marche entraîne avec lui, il serait bon, » sinon d'être le conservateur de tous ces documents, du moins » d'être assez favorisé pour avoir leur libre manipulation, afin de » se livrer avec lui à de nombreuses confrontations de détails à )> peu près impossibles lorsqu'on est réduit, dans les établis- » sements publics, aux simples communications de droit commun. » Ne nous trouvant pas dans ces conditions privilégiées, notre » étude laisse fort à désirer : aussi n'avons-nous d'autres préten- » tions que de poser les jalons d'un travail plus complet. »
Avant d'entrer en matière, qu'il nous soit permis de remercier toutes les personnes qui ont bien voulu nous aider dans nos
(1) Mémoires de la Société Archéologique du midi de la France. T. X!. 71 et 8" livraisons. — Toulouse. 1880, iii-1".
recherches et nous faciliter la consultation des plans qu'elles possèdent, et en particulier MM. L. Guibert, Leroux et Nivet- Fontaubert.
Le plus ancien plan de Limoges connu, et encore ne comprendil qu'une fraction de notre ville, l'enceinte du château, est celui de Jean Fayen, médecin. Il se trouve dans le coin supérieur, à droite, de la carte du Limousin portant ce titre :
Totius Lemovici et con/înium provinciarum quantum ad diœcesin Lemovicensen spectant. — Novissima et fidisima descriptio. Aut. Jo. Fayano. M. L., Cœsaroduni Turonum, in œdïbus Mauricii Boqueraldii. Anno 1594.
Au-dessous de la légende se trouvent les quatre vers latins que Jean de Beaubreuil, avocat, adresse au lecteur :
Cui non doctrinee finis non termin. ull., Huic facile est fines scribere Lemovicum Quin ut particularn Fayan. scribere terrée Sydera sic potuit cuncta notare manu.
Dans le coin inférieur à droite, les armes de Limoges surmontent la dédicace à Anne de Lévis, duc de Ventadour, alors gouverneur et sénéchal du Haut et Bas-Limousin.
Ce plan a onze centimètres de hauteur sur treize de largeur. Sa date est connue; son auteur a sa page dans la Biographie des hommes illustres du Limousin, par MM. Auguste Du Boys et l'abbé Arbellot (1). Nous nous contenterons d'ajouter à la notice de cet excellent ouvrage, malheureusement inachevé, la note suivante, extraite des papiers de M. Bosvîeux :
« Florimond de Rémond, au livre VII, ch. IX, de la naissance des évêques, rapporte que Fayen, médecin à Limoges, ayant été nourri toute sa vie dedans le calvinisme, étant tombé malade grièvement, et arrivé au dernier période de sa vie au sortir d'un assoupissement que la fièvre lui avoit donné, dit qu'un ange lui étoit apparu, prononçant sentence de damnation éternelle s'il n'abjuroit son hérésie; ce fait, demanda des hommes de lettres,
(1) Aug. Du Boys et l'abbé Arbellot, Biographie des hommes illustres de V ancienne province du Limousin, T. I (seul paru), p. 252. — Limoges, Ardillier fils, 1854, in-8o.
surtout des Pères Jésuites, conféra avec eux pendant trois ou quatre jours que la mort lui donna de relâche, puis fit abjuration de son erreur, condamna lui-même au feu les livres qu'il avoit écrits contre l'Eglise catholique. » (Mss Bosvieux, extrait des mss des Robert.)
Examinons quelle est la valeur des éditions multiples de ce plan.
Le P. Lelong nous donne à ce sujet les indications suivantes (1) : « Le Limosin, par François Fayan (lisez Jean Fayen), Csesaroduni Turonum, 1594 ; Antuerpiae, Ortelii, 1598, 1603 ; Amstelodami, Hondii, 1603, 1609, 1619; ibidem, Guillelmi Blaeu (Paris, Le Clerc), in-f°. »
La première édition du plan de Fayen, parue à Tours en 1594, n'existe plus. Parmi les ouvrages qui l'ont reproduit, et qui sont assez rares aujourd'hui, quelques-uns de ceux auxquels la Bibliothèque historique renvoie ne contiennent pas la carte de Fayen, comme par exemple Ortelius, édition de 1598 et 1603 (2). L'édition de 1603 que possède la Bibliothèque nationale contient une carte de la Narbonnaise et une autre du Berry, sur laquelle on a indiqué un tout petit coin de la Marche limousine; mais la carte de Fayen ne s'y trouve pas.
La carte reproduite par Guillaume et Jean Blaeu (3) diffère sensiblement de l'édition originale. Son titre est : « Lemovicum, auctore J. Faïano, M. L ». Elle porte les armes de Limoges sans plan de ville, plus un texte sur deux colonnes, très peu intéressant, ayant pour titre : « Lemovicum ». Sur la même feuille se trouve un plan de la Limagne d'Auvergne.
Les éditions de Mercator, revues par Hondius (4), au contraire, nous paraissent se rapprocher le plus de l'édition imprimée à
(1) P. Jacques Lelong, Bibliothèque historique de la France, T. I, p. 94, nouvelle édition revue par M. Fevret de Fontette. — Paris, Jean-Thomas Hérissant, 1768, vol. in-f°.
(2) Abr. Ortelius, Theatrum orbis terrarum. tabulis aliquot novis vitaque auctoris illustratum. — Antuerpiœ, J.-B. Vrintius, 1603, gr. in-fol.
(3) Blaeu (Guillaume et Jean), Description générale de la France (2e partie de leur atlas). — Amsterdam, 1638, in-fol. La mémo augmentée, dans le 14° livre de la 2e partie de l'atlas de Jean Blaeu. — Amsterdam, 1660, in-fol.
(4) Mercator (Gerardus), Atlas sive cosmographicœ méditation** de fabrica mundi et fabricati figura denuo auctus studio J. Hondii. — Amstelodami, sumptibus et typis aeneis Henri Hondii, 1607, grand in-fol.
Tours en 1594. Le P. Lelong nous indique les éditions de 1603, 1609 et 1619 de cet ouvrage. Bru net, dans son Manuel du Libraire, ne mentionne que deux éditions, celle de 1607 (la deuxième), et celle de 1629 (la cinquième), la meilleure d'après lui.
La Bibliothèque nationale possède un exemplaire en très bon état de l'édition de 1607(1), dans lequel on trouve à la page 1351a carte de Jean Fayen, non coloriée. Elle porte au verso une notice sur le Pays de Limosin, dont voici le sommaire : « Pays, nom. situation ; — qualité du terroir ; — villes ; — fleuves ; — mœurs ». À la suite, se trouvent quarante-huit vers latins de Jean Puncteius, sur l'origine des Limosins, que terminent les trois vers bien connus de la Chiche (2). Cette notice a-t-elle été ajoutée par les géographes hollandais? nous serions tenté de le croire,en constatant que le texte des éditions françaises de la carte de Fayen est bien différent.
On dut faire à cette époque (de 1600 à 1630), à Amsterdam, de nombreux tirages à part de cette carte, comme en témoigne l'existence de plusieurs exemplaires avec ou sans texte au verso, ni trace d'onglets. Ces tirages se vendaient séparément, ou bien faisaient corps en temps voulu avec les différentes éditions de Mercator : alors on imprimait au verso, avec un folio et un caractère en rapport avec ceux de l'édition, la notice sur le Pays de Limosin.
Nous en avons la preuve par l'exemplaire que nous possédons. Bien que la rédaction de la notice soit la môme que dans l'édition de 1607, elle est imprimée en caractères plus gros et moins bien gravés ; la hauteur de la page et la longueur des lignes ne sont plus les mêmes ; au lieu du folio 135, elle porte le folio 257, qui correspond à celui dès éditions de V Atlas terrestre (3) du même auteur, imprimé à la même époque. Dans le cartouche au-dessous du titre, on lit : Petrus Kœrius cœlavit.
Ce qui date surtout les premières éditions de cette carte, ce sont les ornements d'une sobriété toute germanique des cartouches
(1) La Bibliothèque communale de Limoges possède un exemplaire de la même édition, mais il est incomplet et en mauvais état.
(2) Voir la notice sur la Chiohe au Bulletin de la Société Archéologique du Limousin, T. Ier, p. 62.
(3) Mercator (Gerardus), Atlas terrestre ou représentation du monde universel et des parties d'icelui, — Amsterdam, H. Hondius, 1600 et 1638.
du titre, du plan de Limoges et de la dédicace. La forme des caractères ne trompe guère non plus : les graveurs des éditions postérieures faisaient des lettres droites sans crochets.
En 1633, toujours à Amsterdam, Janson publia une nouvelle édition de Y Atlas terrestre. Dans celle-ci, la carte du Limousin conserve le même folio 257 que dans Mercator ; mais le plan de Limoges est loin d'être reproduit avec la même fidélité que par ce dernier. Il est à une plus petite échelle, et mesure 8 1/2 de hauteur sur 9 1/2 de largeur. Par suite, certains détails intéressants ont disparu; la physionomie des édifices n'est plus la même; les croix des carrefours sont moins nombreuses; enfin le plan a perdu de son originalité.
L'élan imprimé aux ouvrages de géographie par les graveurs hollandais provoqua bientôt en France l'apparition de nombreux atlas. La carte de Fayen, qui, de Tours, avait fait le voyage d'Amsterdam, revint en France. On la trouve d'abord dans le Théâtre géographique de la, France publié en 1621 par Jean Le Clerc, et réédité en 1626 par sa veuve ; puis dans le Théâtre des Gaules publié par Jean Boisseau, en 1642.
Les éditions françaises ressemblent aux éditions de Janson, et on peut leur appliquer les mêmes critiques qu'à ces dernières ; elles font naître les remarques suivantes :
1° La notice sur le Pays de Lirnosin n'est pas reproduite au verso , ou elle l'est avec une rédaction très différente, sans l'addition des vers de Puncteius;
2° Le titre porte en dernière ligne : « Anno 1594. E. F. » ;
3° Au-dessous de l'échelle, se trouvent les six vers élogieux de Joachim Blanchon (1) :
Homère, Démosthène et Archimède ensemble. Lymoges a nourris où la vertu s'assemble, Muret, Dorât, Fayen, trois excellents esprits : Muret, son Démosthène. et Dorât, son Homère ; Fayen, son Archimède, ayant sa ville mère, Sa province et son plan heureusement compris.
(1) La Biographie des hommes illustres du Limousin cite une édition de la carte de Fayen au verso de laquelle se trouve une pièce do vers où Blanchon fait plus longuement l'éloge du docteur-géographe. Nous n'avons pu trouver cette édition.
4° Enfin la dédicace à Anne de Lévis, duc de Ventadour, est surmontée des armes de cette famille; elle se termine par ces mots : « Vale Lemovicœ. 4e id. febr. an. 1594 ».
5° Les maisons sont isolées les unes des autres; le jardin de l'hôpital Saint-Martial est désigné par le mot Jardrin, au lieu de Jardin.
Il est à regretter que les éditions françaises n'aient pas conservé au plan de Fayen ses premières proportions : pour cette raison, nous pensons qu'on doit leur préférer les éditions de Mercator- Hondius, de 1600 à 1630.
Dans le Guide de l'étranger (p. 102) (l), M. Maurice Ardant signale « un plan du milieu du xvie siècle, découvert par lui aux archives du département, fait et signé par un de nos plus habiles peintres en émail, Jehan Court dit Vigier, et ordonné par le juge Petiot (2). L'enceinte de la ville telle qu'elle était alors avait la forme d'un cœur dont la pointe serait la porte Boucherie, et l'ouverture un angle rentrant vers les Arènes. La Cité avait la figure d'un carré irrégulier ». A la page 418 du même ouvrage, M. Ardant revient sur ce plan : « Les archives départementales possèdent trois plans faits par Jehan Court dit Vigier : sur l'un il a esquissé l'enceinte de la ville de Limoges, ce qui donne une idée de la forme extérieure de la Cité et de la Ville, du Château (Castri) au temps où le plan fut fait, c'est-à-dire vers 1563 ou 1564. »
Nous nous sommes informé près de M. Leroux, archiviste, s'il avait connaissance de ces plans. Il nous a répondu que ni lui ni ses prédécesseurs depuis M. Ardant n'avaient pu les retrouver. Il est très regrettable que des pièces de cette importance soient égarées. C'était le premier plan de Limoges contenant à la fois le Château et la Cité, et à ce titre il devait contenir des indications très précieuses. Peut-être ne perdons-nous pas grand'chose si les
(1) Haute- Vienne. Limoges et le Limousin. Guide de l'étranger. — Limoges, Martial Ardant frères, 1865.
(2) « Ce fut le juge et consul Petiot qui fit dresser vers cette époque le plan » de Limoges, signé de Jehan Court dit Vigier, peintre en émail, qui repré- » sente bien l'enceinte de la ville d'alors. On y voit les clochers de Saint- » Martial, de Saint-Michel, de Saint-Pierre, le fort Saint-Martin avec son pont- » levis et trois vieux donjons sur le chemin qui conduisait à l'église de Saint- » Martin. (Archives du département.) Je dus, dans le temps, la connaissance de » ce document à mon bien regretté et savant ami Maurice Ardant. » Marvaud, Histoire des Vicomtes et de la Vicomte de Limoges, T. II, p. 315, en note.
trois plans en question ressemblent à celui qui a été reproduit dans le Congrès scientifique (l)sous le titre : Plan de 1557. On ne peut pas donner le nom de plan à une image aussi fantaisiste.
M. Maurice Ardant aura pris pour un plan une de ces esquisses de la Cité et du Château qui accompagnaient souvent les plans des villages de la banlieue pour mieux fixer leur position.
Les archives départementales (H. 3406 du classem. provis.) possèdent un plan portant une cote du xvnr9 siècle ainsi conçue : « Plan et figure de Juilhac, Fougeyras et autres lieux voisins, » depuis la porte de Saint- Maurice en la Cité de Limoges ». Ce plan semble avoir été fait à la fin du xvie siècle, à l'occasion d'un procès intenté aux habitants des villages situés de ce côté de la Cité par le monastère de Saint-Augustin, qui leur réclamait le paiement des redevances en retard. C'est ce qui paraît ressortir d'une liève de Saint-Augustin de 1591 (Archives dép., H, 104). La Cité et le Château, placés à la gauche du plan des villages, n'en sont qu'un accessoire. Autant les villages de Fougeras, Juilhac, Les Audoynes, le Carrier, sont dessinés avec un soin méticuleux, autant la Cité et le Château manquent de précision. Nous notons cependant quelque détails intéressants sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Il faut nous transporter à un siècle plus tard avant de rencontrer un autre plan de Limoges, celui-ci comprenant le Château, la Cité et leurs faubourgs. C'est celui de Jouvin de Rochefort, plus connu sous le nom de Plan des Trésoriers de France, à cause de sa dédicace. Voici son titre :
LIMOGES, dédié à M™ les Présidens Trésoriers de France, Généraux des Finances et Grands Voyers en la Généralité de Limoges, Chevaliers, Conseillers du Roy, Juges et Directeurs du domaine , par A. Jouvin de Rochefort, Trésorier de France.
Ce titre est au milieu d'une couronne dont chaque branche supporte un écusson aux armes des vingt-cinq trésoriers de la généralité. Voici leurs noms par ordre alphabétique : C. Dalesme, J. Darche, M. Aubusson. P. Bardoulat, J. Beau-
(1) Congrès scientifique de France; xxw? session, tenue à Limoges en septembre 1859. — Limoges, Ghapoulaud frères, 1860, 2 vol. in-8°.
breuil, Ad. du Roy, J. Blondeau, F. Brunet, P. Chastagnac, C. Clary, J. de Creil, P. A. de Fusenbert, J. Guillaume, P. Jarrige, A Jouvin, J. Lasudrerie, J. Léonard, G. Mailhot, M. Maleden de Laborie, P. Maleden Hardy, J. du Peirat, M. du Peirat, P1' du Roy; P. Petiot, A. Phénix (lisez Fénis), G. Picon, G. Verthamont.
Dans le coin inférieur à gauche, au-dessous de la rose des vents, on lit : A Limoges, proche les Perres Jesuittes. A Paris, sur le Quay de l'Horloge, aux Trois Etoilles et à la Spherre Royalle.
Dans le coin supérieur à droite, un personnage allégorique couronné soutient de la main droite les armes de Limoges, et de la gauche les armes de France. Le mot Lymoges est inscrit sur une banderole flottant sur le tout.
Le plan mesure 48 centimètres de hauteur sur 59 centimètres de largeur ; quelques exemplaires sont bordés dans le sens de la hauteur par les lettres de l'alphabet jusqu'au T, et dans la largeur par les chiffres 1 à 23.
Ce plan n'est pas daté, et on sait peu de choses sur son auteur. Mais un plan porte toujours sa date de quelque manière : les monuments qu'il indique, sa dédicace et une foule de détails permettent de lui assigner une date très approximative.
D'après l'abbé Nadaud, qui cite plusieurs fois le plan de Jouvin dans le Nobiliaire de la généralité de Limoges, il serait de 1597; et, comme son nom faisait autorité en matière d'histoire locale, presque tous les écrivains limousins l'ont copié sans le contrôler. Les abbés Legros et Vitrac notamment, s'appuyant sur Nadaud, assurent que le plan de Jouvin est bien de la fin du xvie siècle. M. Maurice Ardant est encore plus &&xnxidX\î (Congrès scientifique, T. II, p. 291) : il dit avoir vu un exemplaire daté de 1597.
Le seul auteur qui nous fournisse un renseignement exact est le regretté secrétaire général de notre Société, M. Emile Ruben. On lit en effet dans son Catalogue d'ouvrages sur le Limousin (manuscrit déposé à la Bibliothèque communale) :
« Le plan de Limog*es par Jouvin est de la fin du xvne siècle, » le plan de Paris du même auteur étant de 1676 et son Voyage 7> en France de 1672 »
Ce qu'un bibliographe aussi savant que M. Ruben découvrait sur la date du plan de Jouvin pouvait être bien mieux déterminé par un historien comme Nadaud. Comment celui-ci, dans ce
Nobiliaire, oit il assigne en plusieurs endroits la date de 1597 au plan en question, ne s'est-il par reporté aux indications qu'il donne lui-même sur les trésoriers de France auxquels le plan est dédié, dont plusieurs vivaient au commencement du xvin0 siècle? D'après les notes que nous avons recueillies Léonard, de Beaubreuil vivait en 1691, G. Mailhot en 1700, Jean de Creil en 1712, enfin Joseph du Peirat est mort en 1731 (1).
(1) Voici ce que nous avons trouvé sur chacun des trésoriers auxquels le plan est dédié dans le Nobiliaire du Limousin et autres ouvrages :
C. Dalesme porte : d'azur au chevron mi-parti d'or et de gueules, accompagne' de deux étoiles d'or en chef et d'un croissant d'argent en pointe.
C. Dalesme devait appartenir à la famille quia donné plusieurs jurisconsultes, dont le berceau était à Noblac près Saint-Léonard (Biographie des hommes illustres, p. 9). M. Roy de Pierrefitte nous dit, sans désigner de date, que plusieurs Dalesme de Rigoulène ont été trésoriers de France (Nobil., I, 179). Les variantes des armes ci-dessus avec celles indiquées par cet auteur distinguaient la branche des Dalesme de Rigoulène des autres branches.
J. Darche porte : d'azur à l'arche d'argent, flottant sur une mer de même, mouvante de la pointe de Vécu, portant une colombe d'argent, tenant dans son bec une branche d'olivier de même.
Le Dict. héraldique, par Grandmaison, indique les armes de la famille Larche : d'azur à l'arche de Noé d'or, flottante sur un déluge d'argent; en chef, une colombe volante du même, portant en son bec un rameau d'olivier, du second émail. Limosin.
J. Darche devait être parent de Jean d'Arche, procureur général à la cour des Aydes de Bordeaux, le 2 mars 1643. Tous les membres de cette famille occupaient des charges de finances. (Nob., 1, 190.)
M. Aubusson porte : coupé au premier, fascé d'or et de gueules de six pièces ; au second, d'or au soleil figuré d'argent.
II ne s'agit pas ici d'un membre de la.grande famille d'Aubusson, mais d'une famille d'Aubusson (de Bourganeuf). Martial d'Aubusson, seigneur du Verger et du Masneuf, était fils de Jeanne de Verthamon, famille où la charge de trésorier de France était héréditaire. Il épousa : 1° Jeanne de Douhet, le 2 février 1645; 2° Anne de Chavaille. {Nob., I, 100.)
P. Bardoulat porte : d'argent à la rose tigée de sinople, hissant d'un croissant de gueules, surmontée de trois étoiles d'azur en chef.
Pierre Bardoulat avait acheté sa charge à François-Martial de Verthamon. Le 21 octobre 1652, moyennant la somme de 43,000 livres (acte reçu par Villemoutiès, notaire et tabellion royal de Limoges). Il fut pourvu à la place le 30 novembre 1652, et reçu le 21 juillet 1653. (Nob., IV, 632.)
J. Beaubreuil porte : de gueules au chevron d'argent, accompagné <fr </ru.c yeux de même en chef, et un pigeon aussi de même en pointe, au chef coutu d'azur chargé d'un soleil figuré d'or.
Comment M. Maurice Àrdant, auquel on doit un Guide de l'étranger à Limoges, fans lequel il parle de la fondation de tous les édifices de notre ville, ne s'est-il pas aperçu que le plan de Jouvin indique les suivants :
Léonard de Beaubreuil, avocat du roi au bureau des 'finances de Limoges, baron de Sussac, épousa Marie du Peyrat de Thouron, qui testa le 8 janvier 1691, demandant à être inhumée à Saint-Pierre-du-Queyroix de Limoges, et qui mourut sans hoirs. (Nob., I, 167.) Ce serait par erreur que le plan porte / comme initiale du prénom. — La Biographie des hommes illustres d'après les Armoiries limousines, ms. de 1655, par Lamy, pharmacien, indique ainsi les armes de la famille Beaubreuil : de gueules au chevron d'or, accompagné de deux yeux d'argent en chef, au pigeon en pointe de même, au chef d'azur chargé d'un soleil d'or.
J. Blondeau porte : d'azur au lion rampant d'or.
Jean Blondeau, chevalier, seigneur du Chambon, paroisse de Condat, de Yentadour et Gombas, trésorier de France en 1639, maître d'hôtel de la reine en 1643, conseiller d'Etat en 1652, et reçu conseiller au présidial de Limoges en 1669, eut une commission pour les ponts-et-chaussées en 1672. Il avait été aussi lieutenant en la grande prévôté. Il testa le 2 septembre 1676, et aussi par acte reçu Gadault, le 13 juin 1680. On l'inhuma à Saint-Michel-des-Lions. (Nob., I, 217.)
F. Brunet porte : d'azur au léopard d'or passant, surmonté en chef d'une étoile d'or, accostée de deux croissants d'argent.
François Brunet, trésorier de France, épousa Barbe de Chavailles, dont il eut : lo Jeanne, baptisée à Saint-Jean de Limoges, le 1er avril 1655; 2° Jacques, baptisé dans la même église, le 19 avril 1656. (Nob., I, 273.)
P. Chastagnac porte : d'or au châtaignier de sinople, hissant d'une montagne de même, accosté de deux lions de gueules, rampants et adossés.
Pierre Chastaignac, trésorier de France, est nommé dans un arrêt du Conseil d'Etat de 1690, mentionné dans la table chronologique civile de Legros, ms. Les Poésies diverses, attribuées à G. Mailhot, et imprimées en 1700, contiennent une épitaphe de ce trésorier.
C. Clary porte : d'azur au chevron d'argent, sommé d'un croissant d'or et accosté de deux clés d'argent en chef et d'un soleil d'or figuré en pointe.
Noble Charles de Clary, conseiller, trésorier au bureau des finances, baron de Saint-Angel, mourut, âgé de soixante-dix ans, le 15 décembre 1679, à Uzerche, où il fut enterré au milieu du chœur de l'église Saint-Nicolas, dont il était bienfaiteur. Il est qualifié de « très digne trésorier de la généralité de Limoges » par le P. Bonaventure (T. II, p. 255). Il avait épousé, vers 1645, Catherine de Malden. (Nob., I, 459, et IV, 299.)
J. de Creil porte : d'azur au chevron d'or, accompagné de trois clous de la . Passion, de même, deux en chef et un en pointe.
Le Nobiliaire (I, 92), citant le P. Anselme (Hist. généal., t. VII, 344, D), parle d'un Jean de Creil, seigneur de Soisy, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel
Les bâtiments de l'abbaye de la Règle (aujourd'hui le grandséminaire) qui bordent la rue de la Règle, construits pendant que Jeanne de Verthamon était abbesse : ses armes surmontent le millésime 1659, comme on peut le voir encore aujourd'hui ;
du Roy, puis intendant de Rouen, marié avec Catherine Betaud de Ché. Sa fille, Marie-Elisabeth, épousa Charles-Nicolas de Hautefort, marquis de Saint- Chamans, qui vivait de 1660 à 1712. Serait-ce notre trésorier ?
P. A. de Fusenbert porte : d'argent au fusain de sinople, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'argent.
Le Nobiliaire ne donne aucun renseignement sur ce trésorier. D'après le P. Anselme (t. III, 842, D), cette famille semble originaire de Metz. N'est-ce pas à tort qu'on attribue à G. Mailhot les Poésies diverses signées L. D. S. E. Q. V., imprimées à Paris, chez Jean Anel, rue Saint-Jacques, en 1700? Les armes de la famille Fusenbert figurent sur le titre de cet ouvrage.
J. Guillaume porte : d'azur au chevron d'or, accompagné de deux roses d'argent en chef et d'un croissant de même en pointe.
Le Nobiliaire (II, 398) se borne à donner les armes de cette famille telles que nous les indiquons.
Jean Guillaume, écuyer, seigneur de La Grange, conseiller du Roi, vivait le 23 mai 1682. (Liv. des contrats des Ursulines de Limoges, ms.)
P. Jarrige porte : d'azur au chevron d'or, sommé d'une croisette de même, accompagné en tête de deux palmes d'argent, et en pointe d'une tour d'argent maçonnée de sable.
Dans le Nobiliaire (II, 549), comme dans la notice sur la famille de Jarriges, à la suite du Journal de Pierre de Jarriges, édité par M. de Montégut (p. 108), on lit que ce sont les armes d'Hélie de Jarriges qui accompagnent le plan de Jouvin de Rochefort, malgré l'initiale P indiquée par ce plan. C'est l'incertitude sur la date véritable du plan qui est la cause de cette erreur. Contrairement à ce qu'a écrit M. de Montégut, nous pensons que l'initiale P désigne Paul de Jarriges, fils d'Hélie, qui succéda à son père dans la charge de trésorier. Le Nobiliaire (II, 550) indique ainsi ce dernier : « VI. Paul de Jarriges de Lamorelie, » seigneur dudit lieu, Le Chastaing et autres places, conseiller du roi, pré- » sident trésorier général de France sur démission de son père (IIIe du nom). » Epousa Françoise-Aymeric des Blancs, dont il eut : 1<> Marie-Marguerite, qui » épousa, en 1668, Antoine de Lasteyrie du Saillant ; 2° Françoise, mariée à » Pierre-Julien du Mas, marquis de Paysac. »
A Jouvin porte : d'azur au chevron de gueules, accompagné de deux tours d'argent maçonnées de sable en chef, et d'une coquille d'argent en pointe.
Le Nobiliaire (II, 593) nous dit : « A. Jouvin de Rochefort était trésorier de » France en 1597 ». Il donne ses armes d'après le « plan de la ville de Limoges » dédié à MM. les trésoriers (1597) ». Nous avons fait justice de ces deux dates, antérieures de près de cent ans à celle où le plan fut exécuté.
J. Lasudrerie porte : écartelé au premier d'argent à deux pals alésés de gueules, nu deuxième d'azur nu croissant d'argent, au troisième d'azur à une coquille d'argent, au quatrième d'or à une branche feuillée.
Le couvent de la Providence, reconstruit en 1660 ; La maison des Clairettes, à l'entrée de la rue de ce nom, construite en 1661 ; L'hôpital général, achevé en 1661 ;
Ce trésorier devait être le père de « Madeleine de La Sudrie, qui épousa, par » contrat du 6 septembre 1663, Jean Gourdin, fils d'Etienne et de Marguerite » Prévereaud ». (Nob., IV. 175.) Le même ouvrage nous indique plus loin une alliance de cette famille avec celle de Douhet, qui était alliée elle-même avec celles d'autres trésoriers de France.
J. Léonard porte : d'or à la branche de rosier tige'e d'argent, affrontée de deux lions rampants d'azur, sommée d'un croissant de gueules.
« Jean Léonard, trésorier de France en 1678, chevalier, seigneur de Fressanges, paroisse de Vicq, épousa Anne ou Catherine Decubes, fille de feu François, seigneur du Ferrant, docteur en médecine de l'agrégation de Limoges, et Valérie Barbarin, 1690, dont Pierre-Joseph, baptisé, le jour de sa naissance, à Saint-Jean de Limoges, le 10 avril 1694, et qui succéda à son père dans la charge de trésorier de France. » (Nob., IV, 74.)
On trouve dans les registres paroissiaux du Dorât que Jean Léonard, seigneur de Saint-Cyr, président-trésorier au bureau de la généralité de Limoges, vivait en 1704.
G. Mailhot porte : d'azur au chevron mi-parti d'or, mi-parti de gueules, accompagné de trois maillets d'or, deux en chef et un en pointe.
D'après le Nobiliaire (IV, 295) et l'abbé Vitrac (Annales de la Haute-Vienne, 3e année, 1812), Grégoire Mailhot, trésorier de France, a publié en 1700 un volume de poésies. Nous en copions le titre sur l'exemplaire appartenant à M. le chanoine Tandeau de Marsac : « Poésies diverses, par L. D. S. E. Q. V., seconde édition, revue, corrigée et augmentée. — A Paris, chez Jean Anel, imprimeur, rue Saint-Jacques, 1700. » 1 vol. in-8°. Contrairement à l'opinion émise par Nadaud et Vitrac, nous pensons que ce livre devrait être attribué avec plus de raison au trésorier de France de Fusenbert, dont les armes figurent sur le titre de l'ouvrage en question, et qui vivait à la même époque. Notons que le livre est imprimé à Paris, et non à Limoges, ce qui semble indiquer que l'auteur vivait dans cette première ville et n'appartenait pas à une famille du Limousin, comme nous le disons plus haut. Nous relevons les titres des pièces suivantes : Epitaphes de Bernard Bardon de Brun, prêtre; de Pierre Chastaignac, trésorier de France ; de François de La Fayette, évêque de Limoges; de Pierre Mercier, officiai de Limoges. — Sur les offres d'un avocat aux officiers du Présidial. — Sur l'insulte faite par ces derniers à ceux du Bureau, le 26 janvier 1681. — Sur le bruit du mariage d'un homme d'épée avec Mme Hardy (veuve d'un trésorier), dont le mérite et le bien la faisaient rechercher par divers officiers de justice et de finance. — Sur ce que le Père Périère ne prêcha pas aux Bénédictins en Tannée 1670, le jour des Innocents, quoique ce fût la coutume. — Sur l'enlèvement des bancs dans les églises de Saint-Pierre et de Saint-Michel, arrivé le 2 avril 1671. — Sur le procès intenté par l'hôpital général contre les PP. de Saint-Gérald, pour raison de leur fontaine.
La maison et l'église des PP. de la Mission, achevées en 1664; Le Séminaire des Ordinands, érigé en 1666; Enfin la maison et la chapelle des Ursulines, achevées en 1674? A l'exemple de M. Emile Ruben, nous avons essayé de réunir
M. Maleden de Laborie porte : d'azur aux trois lions léopardés d'or, larnpassés de gueules l'un sur Vautre. La famille Audier avait les mêmes armes.
C'est par erreur que Nadaud (IVofr., IV, p. 301) fait mourir Martial Maleden en 1650. En 1653, il logeait chez lui ses deux petites-filles, dont l'une, Anne- Marie, devait être plus tard la Mère du Calvaire, réformatrice des Clairettes. 11 vivait encore en 1658, au moment où cette même Anne-Marie fut enlevée par Joseph Dupeyrat, baron de Thouron, trésorier de France. (Laforest, Limoges au XVIIe siècle, p. 522.) En 1672, il fut nommé consul de Limoges. (Registres consulaires, C.)
P. Maleden Hardy porte : coupé au premier d'azur à l'aigle éployé d'argent, au deuxième d'azur aux trois lions léopardés d'or, l'un sur l'autre.
C'était peut-être le fils de Mathieu de xMaleden, seigneur de Meilhac et de Savignac, trésorier de France, qui avait épousé, par contrat du 24 janvier 1604, Peyronne Benoît, fille de Martial Benoit, trésorier de France, seigneur de Compreignac et du Mas-de-1'Age, et de Jeanne de Douhet. Le Nobiliaire (IV, 302) donne les armes de M. Maleden de Laborie et de P. Maleden Hardy d'après le plan de Jouvin de Rochefort.
J. du Peirat porte : d'azur au château d'argent, aux trois tours donjonnées et maçonnées de sable.
Jean du Peyrat, seigneur de Thouron, doyen des trésoriers de France de la généralité de Limoges, mourut à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans, le 20 juin 1731, et fut enterré à Saint-Martial de Limoges. Il avait épousé Marguerite Desmaisons, dont il eut : 1° Louis; 2° Catherine, née le 15 avril 1667; 3° Joseph, né le 17 janvier 1683; 4° Léonard ; 5° Jacques, né le 12 juillet 1685, et tonsuré en 1705; 6° Thérèse, qui se fit religieuse de Sainte-Claire en 1702. (Nob., II, 28.)
M. du Peirat porte : d'azur au château d'argent, aux trois tours donjonnées et maçonnées de sable.
Michel Dupeyrat, seigneur du Masjambost et des Vaseys. procureur du roi
au bureau des finances de la généralité de Limoges, épousa , dont il eut :
1° Jean, lieutenant dans le régiment de Normandie, et qui fit, le 8 février 1684, à Limoges, son testament, signé Boudet^0 Michel, seigneur de la Lande; 3° Pierre, seigneur du Chatevaud. (Nob., II, 28.)
P. Petiot porte : d'azur au chevron mi-parti d'or, mi-parti de gueules, accompagné de trois étoiles d'argent, deux en chef et une en pointe, au chef cousu de gueules, chargé de trois pigeons d'argent.
« Pierre Petiot, écuyer, seigneur du Masboucher, trésorier général de France en 1678. » (Nob., III, 320.) « Quelques-unes des branches de cette famille ont changé la place et les émaux des pièces contenues dans ses armes. » (Nob., IV, 534.) Pierre Petiot vivait le 20 avril 1669. (Registre de Saint-Jean-en-Saint-EtienmO
les éléments d'une notice biographique sur Jouvin de Rochefort. Nous avions dans la Bibliothèque historique du P. Lelong" les titres des plans et des ouvrages de Jouvin, que nous reproduisons ci-dessous (1). D'autre part, le hasard nous a fait
A. Phénix [Fénis] porte : d'azur au phénix d'or sur un bûcher de gueules, sommé d'un soleil figuré d'or.
Le nom est mal écrit sur le plan. On doit lire Fénis, nom d'une famille du Bas-Limousin, dont plusieurs membres occupèrent des fonctions élevées dans le clergé et la magistrature. On lit à la page 119, t. II, du Nobiliaire, que noble Antoine de Fénis, seigneur du Tourondel, paroisse de Saint-Augustin, épousa Catherine de Bar..., qui mourut à vingt ans, le 27 septembre 1659, et fut inhumée dans l'église de Saint-Augustin. Cette date s'accorde bien avec l'époque où vivait A. Fénis, trésorier de France. Les armes des Fénis se voient encore sur une plaque de cheminée d'une maison (n° 19) de la rue Lansecot, à Limoges.
G. Picon porte : d'azur au dextrochère armé d'argent, tenant une pique en pal de même, au chef cousu de gueules, chargé de trois couronnes d'or.
Jean Picon, écuveiy seigneur des Lèzes et de Chasseneuil, conseiller du roi, président-trésorier de France au bureau des finances, de la paroisse de Saint- Michel-des-Lions, épousa dans l'église de Neuvic, près Châteauneuf, le 9 juin 1688, Marguerite de Chastagnac, demoiselle de Neuvic, de la même paroisse de Saint-Michel, fille de Charles-Joseph, grand-prévôt de la maréchaussée du Limousin, et de Anne Lespicier. (Nob., III, 226.)
G. Verthamon porte : écartelé au premier de gueules au lion rampant (qui est de Verthamon), au deuxième et troisième, cinq points d'or équipolés à quatre d'azur, au quatrième de gueules.
Guillaume de Verthamon, deuxième du nom, chevalier, baron de Chalucet par l'acquisition qu'il fit de cette terre de François-Michel de Verthamon, seigneur de la Vilb-aux-Clers, son frère, en 1683, fut trésorier de France à Limoges, conseiller du roi, juge au siège présidial de Limoges en 1682. Il avait épousé Catherine de Romanet, dont il eut six enfants. (Nob., IV, 640.) Il mourut le 8 juin 1683. (Reg. de Saint-Jean-en-Saint-Etienne.)
D'après la table chronologique civile de Legros, dont M. le chanoine Tandeau de Marsac a bien voulu nous prêter les extraits qu'il en a faits, Martial Aubusson, Pierre Chastaignac, Joseph Blondeau, Guillaume Verthamon, Martial Maleden, Pierre Petiot, tous portés sur le plan de Jouvin, sont nommés dans un arrêt du conseil d'Etat de 1690.
(1) « Plan de l'archevêché de Paris. — Ce plan avait été dédié originairement par M. Jouvin de Rochefort à M*r l'archevêque de Ilarlai, mort en 1695 ;
» Plan de Paris. — Paris, 1676, in-fol ;
» Plan de Tolose (Toulouse). — Ce plan n'est pas exact, il est gravé à rebours ;
» Plan de Limoges, dédié à MM. les Présidens Trésoriers de France. — Limoges, sans date, in-fol. piano;
» Le Voyageur de l'Europe. — Paris, 1672, 6 vol. in- 12. Le tome I*f a pour
découvrir dans les Mémoires de la Société Archéologique du
midi de la France la notice de M Edmond Cabié sur les plans de Toulouse et la reproduction du plan de cette ville par J ou vin de Bochafort. Ce plan est attribué h l'année 1680, et, chose digne de remarque, il se vendait à Paris chez le môme marchand de cartes que le plan de Limoges : « A Paris, chez De Fer, sur le quay de l'Orloge, dans l'Isle du Palais, à la spherre h'oi/alle. M. Cabié Q6 partage pas l'opinion du P, Lelong au sujet du plan de Toulouse : il trouve au contraire « qu'il est le plus intéressant des plans d<^ Toulouse... ; qu'il offre dans ses dispositions toutes let apparences d'une représentation précise et mesurée ; enfin que M. du Mège a démontré l'authenticité de ses indications en même temps que son importance ». Nous en disons autant pour le plan de Limoges.
M Cortambert, conservateur de la section des cartes et plans à la Bibliothèque nationale, nous a montré les plans de Jouvin citéi par le P. Lelong, et nous avons pu nous convaincre qu'il n'en existait pas d'autres.
C'est dans l'ouvrage écrit par Jouvin de Kochefort que nous espérions trouver des indications sur lui-môme. Cet ouvrage a eu plusieurs éditions ^1). Voici les observations que M. (Juihert a bien voulu relever sur celle qu'il a consultée à la Bibliothèque nationale :
a Le titre exact de l'ouvrage est : Le Voyageur d'Europe, où sont Les voyages de France, d'Italie et de Malthe, d'Espagne et de Portugal, des Pays-Bas, d'Allemagne et de Cologne, d'Angleterre, de Danemarck et de Suéde, par M. A. Jouvin, de Rochefort. Dédié à M. de Pompone, secrétaire d'Etat. — A Paris, chez Denis Thierry, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Ville de Paris. L672. Avec privilège du roy.
o L'édition de 1(572 est la première, puisque le livre lui-même
titres Voyagé oU Franco} Les autres volumes renferment aussi des descriptions <ie diverses pirtles de 1s France, par au 11 sort el rentre dans ses voyages
1US pays étrangers, depuis Taris et jusqu'à eette ville;
Voyagé déi Pays-Bot. — (l'est la dernière partie du t. une II de son Voyageur </<• V Europe. — Paris, Billaine, 1672, ln-12, 6 vol. (p I), »
(l)HnuM-.i, Manuol aTu Horaire :— 19,948. / <• Voyageur éTRuropo, où
le VOyageds Turquie, qui comprend 1s IVriv-Sainte et l'Eg} pie, par Ant. Jouvin.
Parîit.Bsrbln, L676, Aussi ohei Pépie, 1684, m-lvi.
l'indique; elle fut achevée en octobre 1072. Le privilège pour l'impression est daté du 16 février de la même année. Il n'indique pas la qualité ou la profession ni le domicile de Jouvin.
» L'épitre dédicatoire, qui est assez longue, et très élogieuse pour Armand de Pompone, qu'il félicite de sa récente nomination de secrétaire d'Etat, ne donne aucun renseignement sur l'auteur. Elle est signée : A Jouvin, de Rochefort. Jouvin avait lui-même fait ses voyages, puisqu'il parle au lecteur de sa « passion de voyager ». Il dit : « Mon dessein, au commencement, étoit seu- » lement de voir et de marquer sur mes tablettes, avec exactib tude, les choses qui me sembleraient les plus particulières, » pour m'en ressouvenir plus facilement à mon retour; mais )> enfin je ne fus pas sitôt arrivé au pays natal, que mes amis... » me prièrent et me forcèrent même d'en faire part au public ».
» Chaque voyage est accompagné de cartes « par l'auteur du voyage »i Ce sont : 1° l'Europe, 2° la France, 3° l'Italie et Malthe, 4° l'Espagne et le Portugal, 5° l'Allemagne et la Pologne, 6° les dix-sept provinces des Pays-Bas, 7° les royaumes du NofrL Elles sont très nettes et paraissent bien faites. Elles sont gravées par Lapointe. Ces voyages renferment des notes assez curieuses sur chaque ville. Jouvin est le véritable précurseur des GuiO.es d'aujourd'hui. Il ne donne pas seulement la description des lieux et certaines notes historiques, il y ajoute des conseils pour le change, etc., une notice des monnaies et un dialogue de quelques pages en français et en italien, anglais, etc., selon le voyage, les deux textes en regard.
r, Il décrit minutieusement. Ainsi, à Toulouse, il compte le nombre de pas qu'il y a entre chaque porte, et dit, en résumé, que l'on peut faire le tour de la ville et de ses faubourgs en trois heures de chemin, « pourvu qu'on chemine un peu gaillardement ». Mais rien ne donne à entendre qu'il l'ait habité. »
Un voyageur dont la renommée lui avait valu l'honneur réservé aux grands personnages, celui de vénérer le chef de saint Martial lors de son passage à Limoges, dont les voyages ont eu plusieurs éditions, auquel on est redevable de quatre plans remarquables, avaitdroit, pensions-nous, à une mention particulière dans l'ouvrage de Gironcourt sur les Trésoriers de France (1).
Cl) Gironcourt, Traite historique de l'état des Trésoriers de France, avec les preuves de la supériorité de ces offices. — Nancy, VTeLeclerc, 177C, in-4^.
Nous nous sommes trompé. M. Guibert, qui a bien voulu parcourir cet ouvrage, nous dit que, « dans la deuxième partie (p. 315), on trouve des notices sur quelques hommes célèbres parmi les Trésoriers de France et généraux des finances, mais Jouvin de Rochefort n'y figure pas. Dans tout l'ouvrage il n'est fait mention ni de Jouvin 'de Rochefort, ni des Bureaux des finances de Limoges et de Toulouse.
Notre auteur devait s'appeler Jouvin tout court, comme les titres de ses ouvrages semblent l'indiquer. Il ne devait ajouter de Rochefort, nom probable de sa ville natale, que pour se distinguer d'autres Jouvin littérateurs, qui vivaient à la même époque.
Il dut acheter la charge de trésorier de France à Limoges au retour de ses voyages, de 1676 à 1680, et pour cela, il devait jouir d'une certaine fortune, car cette charge, dans une généralité aussi importante que la nôtre, rapportait 3,000 livres de revenus (1). C'est à cette époque qu'il exécuta le plan qui nous occupe; car si nous y voyons figurer les nouveaux bâtiments des Ursulines, achevés en 1674, nous n'y voyons pas la maison des Sœurs de la Croix, qui s'établirent à Limoges, place de la Cité, en 1687.
Le plan de Jouvin est-il un plan original, ou n'est-il, comme celui de Toulouse, qu'une reproduction d'un plan plus ancien ? Bien qu'il ait été plus facile pour un étranger de se servir d'un plan antérieur que d'en faire un lui-même, nous pensons que celui de Jouvin est un plan original. Il renferme quelques inexactitudes de détails qui n'auraient pas échappé à un Limogeau; mais il faut aussi tenir compte de l'enfance de la topographie en 1680, et des difficultés sans nombre que l'exécution d'un plan présentait à cette époque.
Une réduction du plan de Jouvin de Rochefort a été reproduite dans le tome II, page 307, d'un ouvrage du commencement du xvme siècle que nous n'avons pu découvrir, un Voyage en France très probablement. Cette reproduction a pour titre : Plan de la ville de Limoges, capitale du Limousin. Echelle de 150 toises. Au-dessous se trouve une liste numérotée, de 1 à 40, de tous les édifices de notre ville. Le plan mesure 20 centimètres
(1) Mémoires sur la généralité de Limoges, par M, de Bernage, intendant,
1G98 ; ms.
sur 14. Il se trouve dans le Recueil factice sur la topographie de France , département de la Haute-Vienne, à la section des Estampes de la Bibliothèque nationale.
Il faut traverser une période assez longue avant de trouver un troisième plan, bientôt suivi de plusieurs autres.
L'année 1768 en a vu éclore quatre pour sa part. C'est d'abord le plan de Trésaguet, ingénieur en chef de la généralité de Limoges, exécuté de 1765 à 1768, par M. Alluaud, ingénieur, sur Tordre de Turgot.
I^es officiers chargés de donner les alignements des maisons, au fur et à mesure de leur construction ou reconstruction, ne s'acquittant pas bien de leur tâche, M. d'Aine, successeur de Turgot, fit ordonner par le Roi : « que le plan des directions et » alignements des rues et places de la ville, faubourgs et cité de » 'Limoges, levé par le sieur Trésaguet, sur l'ordre du sieur » Turgot, intendant, et remis aux officiers du bureau des » finances, serait exécuté suivant sa forme et teneur » .
Cet arrêté est du 22 décembre 1775 (1), et l'ordonnance démise à exécution de M. d'Aine est du 12 janvier 1776 (enregistrée au bureau des finances de la généralité le 22 janvier suivant).
(1) 22 décembre 1775. — Extrait des registres du conseil d'Etat du Roy : « Le Roy, étant informé que, les rues de la ville de Limoges étant fort étroites et sinueuses, le commerce et la circulation des voitures en reçoivent de grands inconvénients, que la salubrité de l'air en est altérée au point que les maladies populaires et épidémiques qui y faisaient annuellement des ravages n'ont commencé à diminuer et devenir plus rares que depuis que les anciennes tours et portes de ladite ville ont été démolies, et que leur suppression a laissé un passage plus libre à l'air et aux rayons du soleil ; qu'il y a lieu de présumer que l'habitation de ladite ville, dont la population et l'industrie font des progrès, deviendrait de plus en plus salubre, en même temps que plus commode, si l'on parvenait à donner à ses rues les largeurs et directions convenables ; que le sieur Turgot, précédemment intendant et commissaire départy dans la généralité de Limoges, en ayant concerté les moyens avec les officiers du bureau des finances, il aurait été reconnu que les soins que lesdits officiers ont pris en différents temps pour parvenir à cet objet ne l'ont pas rempli, et qu'il était impossible qu'il le fût jamais par la variété des idées de ceux qui sont préposés pour donner l'alignement des maisons à mesure de leur construction; que d'un autre côté, y en ayant un grand nombre en vétusté, il était impossible de ne pas perdre ce moment pour s'occuper des moyens de procurer à la ville la salubrité, la commodité et la décoration dont elle estsuscep-
C'est à cause de la date de l'ordonnance royale que l'on croit ce plan de 1775, lorsqu'il remonte en réalité à 1768 (1).
Mais, avant de parler du plan de Trésaguet, il convient de dire un mot de son auteur. M. Trésaguet, comme toutes les notices sur Turgot s'accordent à le dire, fut pour ce bienfaiteur de notre pays un collaborateur très précieux et très dévoué. C'est à lui que nous devons le tracé des routes ordonnées par Turgot, et il eut le mérite d'en assurer l'entretien par un règlement qui fait l'admiration des hommes de l'art. C'est lui, et non l'anglais Mac-Adam, qui est l'inventeur du système d'empierrement auquel on a donné le nom de macadam. Son règlement a pour titre : Mémoire sur la construction et l'entretien des chemins faits en rachat de corvée dans la généralité de Limoges, 1775. 11 fut imprimé quelques années après la mort de Trésaguet dans les Annales des Ponts-et-Chaussées (2). On lui doit aussi le projet des casernes que Turgot voulait faire construire sur l'empla-
tible, à quoi on ne pourrait parvenir que par la confection d'un plan général auquel on conformerait tous les alignements qui se donneront par la suite; que le sieur Turgot en aurait en conséquence fait lever un par le sieur Trésaguet, ingénieur en chef de la province, sur lequel ont été désignées les directions les plus convenables à donner aux rues de la ville et cité de Limoges; que ces directions ont été examinées avec soin par ledit sieur intendant et par les officiers du bureau des finances, qu'il en a été donné connaissance aux maire et échevins, qu'il est résulté des conférences et examens un vœu unanime pour l'exécution dudit plan, sur lequel les changements à faire sur les directions actuelles des rues et places de ladite ville sont marqués par un trait de couleur rouge, les parties à supprimer par un lavis de couleur jaune et celles à avancer par un de couleur rouge; que ledit sieur Turgot aurait fait remettre une copie dudit plan aux officiers du bureau des finances, en les invitant à s'y conformer dans les alignements qu'ils seraient dans le cas de donner, mais que l'exécution parfaite dudit plan ne peut être assurée pour toujours qu'autant qu'elle sera ordonnée par Sa Majesté et qu'il lui aura plu statuer sur tout ce qui y a rapport; à quoi voulant pourvoir, vu ledit plan et l'avis du sieur d'Aine, intendant et commissaire départi dans la généralité de Limoges ; ouï le rapport du sieur Turgot, conseiller ordinaire et au conseil, a ordonné et ordonne que le plan des directions et alignements des rues et places de la ville, faubourgs et cité de Limoges, levé par le sieur Trésaguet, ingénieur en chef de ladite généralité, par ordre du sieur intendant, et remis aux officiers du bureau des finances, sera exécuté selon sa forme et teneur »
(1) La feuille 3, aux Archives de la Haute-Vienne, porte : « Copié sur les feuilles 11, 12, 18, 19, 20 et 21 du plan de 17G8 déposé à la .Mairie ».
(2) On en a fait une brochure spéciale. —Paris, de l'imprimerie de Paine, 1 in-8°de lf» pages.
cernent du Chapeau-Rouge, route de Paris, un peu au-dessus des Augustins, et la fontaine des Fantaisies, qui devait porter son nom dans le principe. Cette fontaine était placée à l'angle de la rue des Augustins et de l'avenue du Crucifix, près de la maison que Trésaguet habitait. L'ouverture de l'avenue du Crucifix la fit disparaître en 1854.
Trésaguet suivit Turgot à Paris, où il fut nommé inspecteur général des ponts-et-chaussées, et où il est mort en 1794 (1).
Le plan de Trésaguet est à l'échelle de 1 à 432 = 0,001 pour 043, ou deux lignes pour une toise. Il se compose de dix-neuf feuilles de diverses grandeurs, dont l'original (papier) et la minute (collée sur toile) se trouvent aux archives du département. Chacune des feuilles de la minute, qui fut faite en exécution de l'ordonnance de 1775, porte la mention : « De Voyon, procureur du roi : ne varietur; » et plus loin : « Vu par nous, intendant de la généralité de Limoges, pour être conforme à l'original, d'Aine ».
L'hôtel-de-ville en possède une copie reliée en atlas, portant pour titre : Plan d'alignement de la ville de Limoges, 1775. Cette copie a été corrigée quelques années plus tard, car on lit feuille 39, sur l'emplacement de la mairie : « Bâtiment construit en 1783 ». L'atlas renferme cinquante-deux feuilles, plus une carte d'assemblage et une « table des rues qui désignent les » feuilles où elles se trouvent, ainsi que les paroisses, collèges, » communautés, hôpitaux, séminaires, confréries de pénitents, » édifices remarquables, juridictions, fontaines et places ». Cette copie a moins de prix que celle des Archives, en ce qu'elle ne donne aucun nom de voie ni de propriétaires. Elle n'indique pas non plus les projets d'édifices et d'établissements élaborés par Turgot.
Une copie réduite de ce plan fut exécutée, vers 1785, par M. Morancy, ingénieur. Les Archives du département (série C, 64) possèdent cette copie, qui est collée sur toile et mesure lm08 de hauteur surOm9.5 de largeur. En voici le titre : « Plan de la Ville, Cité et Faubourgs de Limoges, avec ses projets, levé par le sr Alluaud, ingén1' géogr6 du Roy, en 1768, sur une échelle de 2 lignes par toise, et celui-cy réduit et dessiné par le sr J.-B.
(1) Quérard, France littéraire. — Paris, 1838,
Morancy, ing*r géogr0, sur une échelle de demi-ligne par toise; les projets des redressements des rues sont lavés en couleurs roug*e et jaune». Il parait qu'en 1776 M. Cajon, architecte, se servit du plan de M. Alluaud pour en livrer un au public qui contenait la division par îles, avec numéros et noms des propriétaires. C'est ce qui ressort de lettres échangées entre MM. Alluaud et Cajon, reproduites dans les numéros 51 de 1776 et 1 de 1777 de la Feuille hebdomadaire, lettres que nous donnons en note (1).
(1) Lettre de M. Alluaud, ingénieur-géographe, au Rédacteur de la Feuille.
« Du 10 décembre 1776.
» Je ne puis vous exprimer, Monsieur, quel a été mon étonnement, lorsque, à mon arrivée à Limoges, j'ai lu, dans le 48e numéro de vos Feuilles, qu'on se propose de donner au public un Terrier général de Limoges et de ses faubourgs, Terrier dans lequel « seront contenus les plans de chaque isle qui » renferme les maisons et autres fonds sur lesquels est assise chaque Directe » par numéros et conformément à ceux du Plan Topographique de la Ville, » levé par le sieur Cajon, architecte ». J'applaudis de bon cœur aux vues des auteurs de cet ouvrage ; s'il est bien exécuté, il sera d'une très grande utilité pour les habitants de Limoges. Ce qui m'étonne n'est donc pas le projet luimême. Ma surprise a une autre cause : l'annonce du Plan Topographique l'a fait naître. Il est de notoriété publique que je suis l'auteur de ce plan. Tous les hommes de l'art qui habitent la ville savent qu'en 1765 je fus chargé, par M. Turgot, de la confection de cet ouvrage. Distrait par une foule d'autres travaux, je ne pus le finir qu'en 1769. Il n'existe que quatre exemplaires de mon Plan Topographique : 1° la minute, qu'on trouve au bureau des Ponts-et- Chaussées; 2° le dessin au net, sur neuf feuilles, qui fut déposé dans un des bureaux de l'Intendance; 3° une copie en registre, qui fut donnée à l'Hôtcl-de- Ville ; 4° le Plan général, sur lequel sont écrits les noms anciens et modernes des rues, et qui fut remis à M. Turgot. Ce sont là les seuls exemplaires que j'avoue. On en trouve, il est vrai, un cinquième au bureau des Finances ; mais j'ignore qui en est le copiste. Tout ce que je sais, c'est que je n'en garantis point l'exactitude. C'est vraisemblablement d'après cette copie que M. Cajon se propose de dresser le Plan-Terrier annoncé au public. Quoi qu'il en soit, le vrai Plan Topographique de Limoges est mon ouvrage; c'est moi qui l'ai levé. J'ai donc droit de le réclamer : mes prétentions sont justes et bien fondées. Je crois les avoir exposées d'une manière honnête. J'espère que vous voudrez les consigner dans vos Feuilles.
» Je suis, etc. » Alluaud. »
(Feuille hebdomadaire du 8 décembre 1776, n° 51.)
L'annonce dont il est question, et qui se trouve au n° 48 de la feuille, ne
Nous n'avons pu retrouver le plan de Cajon, qui peut-être est resté manuscrit. Quant à l'ouvrage anonyme sur Limoges auquel ce dernier dit avoir fait des emprunts, nous supposons que c'est celui de Legros, qui avait fait un excellent plan manuscrit de Limoges en 1774, dont nous allons dire un mot plus loin.
La même année 1768, Beauménil, s'inspirant probablement de celui de Trésaguet, dessinait un plan dont nous ne connaissons que des copies, portant pour titre : « Plan de la ville, de .la cité et des environs de Limoges, tels qu'ils étaient en 1768, dessiné par le sieur de Beaumeny (copié par moi, M1 Maury, en 1842, sans échelle ni orientement) ». Ce plan a 30 cent, de hauteur sur 40 de largeur. Pour compléter ce que Tripon a dit de Beauménil, nous reproduisons le jugement porté sur lui par l'abbé Legros, avec lequel il avait entretenu d'excellentes relations :
renferme d'autres indications sur le plan de Cajon que les mots reproduits en italiques dans la lettre ci-dessus.
Lettre de M. Cajon, architecte, au Rédacteur de la Feuille, en réponse à celle de M. Àlluaud, ingénieur-géographe, consignée dans le n° 51 de 1776. (N° 1, 1er janvier 1877.) (Lettre sans date. Rubrique -.Nouvelles particulières.)
« Je suis fort étonné, Monsieur, qu'on veuille me contester un ouvrage dont je suis l'auteur. Il est de fait que j'ai levé le plan topographique de la ville et des faubourgs de Limoges. Je l'ai divisé par isles et par numéros, d'une manière analogue au cadastre féodal des cens et rentes assignés sur les maisons de Limoges, et ce cadastre doit paraître incessamment. Le prétexte dont on se sert pour m'enlever le fruit de mon travail est admirable : il a paru un plan de Limoges, levé par M. Alluaud en 1765, et de là on conclut que je n'en ai pas levé un autre en 1765 {sic). On avouera que cette manière de raisonner n'est pas trop concluante.
» Je sais que cet ingénieur-géographe a des talents. Je n'ignore pas qu'il fut chargé par M. Turgot de lever le plan de la ville. Je ne lui conteste pas la gloire d'avoir rempli sa mission avec beaucoup de soins, et j'avoue que son plan divisé par isles, sans numéros, a été fait avec beaucoup de soin; mais il n'en a pas été moins vrai que celui que j'ai levé en 1776 (sic) est aussi fort exact, quoiqu'il dérive d'un autre principe. Je l'ai formé de parties divisées, que j'ai réunies en un seul et même corps pour faciliter les opérations du plan de l'auteur du terrier. Mon plan est extrait d'un ouvrage anonyme et contient les numéros de toutes les maisons de Limoges. Voilà ce qui les (sic) distingue réellement de celui de M. Alluaud, etc., etc. (sic) ».
« L'auteur de cette réponse, ajoute le Rédacteur, met sans doute beaucoup d'honnêteté dans sa réclamation; mais il ne sera pas fâché que nous n'insérions point ici la fin de sa lettre : elle ne fait rien à ia cause ».
« Pierre Beauménil, comédien, est mort le 20 mars 1787, à l'âge de soixante- quatre ans. Il a été enterré à Saint-Michelde-Pistorie. Ce savant artiste excellait dans l'art de dessiner l'antique ; mais les observations qu'il joignait à ses dessins n'étaient ni pures, ni correctes, ni souvent judicieuses. Le priapisme était son goût favori : il y rapportait toutes ses recherches. Sa collection d'antiques était immense. Il en avait fait passer une grande partie à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dont il était membre. » [Continuation des Annales, p. 327.)
M. Devalois, ancien directeur de l'école communale de la Monnaie, possèdeun petit plan de Limoges ms., sans nom d'auteur, de 30 centimètres carrés, qui a dû être fait à la même époque que les trois qui précèdent. Comme dans le plan de Trésaguet, on y voit figurer, teintées en jaune, plusieurs maisons que le tracé de la place d'Aine et du boulevard de la Poste-aux-Chevaux firent disparaître.
Nous arrivons au magnifique plan manuscrit de l'abbé Legros, qui appartient à M. Nivet-Fontaubert. Il a pour titre : « Plan de la ville de Limoges, de la Cité et d'une partie de leurs environs, avec les noms des rues, routes, chemins, églises, etc. A Limoges, par Martial Legros, prêtre, 1774. Echelle de 300 pieds. » Il mesure lm07 de hauteur sur lm16 de largeur. C'est un plan parfaitement fait ; son exactitude est rigoureuse. Il est le seul qui donne les limites de chacune des paroisses, et, au point de vue ecclésiastique, il est très précieux. Nous renvoyons le lecteur à l'excellente notice sur l'abbé Legros, par MM. Roy de Pierrefitte et Lecler, reproduite dans le tome Ier du Nobiliaire de la Généralité de Limoges, par Nadaud (1).
Le dernier plan dont nous ayons à dire un mot est celui qui est collé sur une liste des électeurs du département en 1830, grand in-folio imprimé, appartenant à M. Balmet. C'est une copie, sur une plus petite échelle, de la réduction du plan de Trésaguet faite par M. Morancy, avec quelques variantes faites après l'année 1785, comme l'indique le titre : « Plan de la ville,
(1) Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, par l'abbé Joseph Nadaud, curé de Tcyjac, publié sous les auspices de la Société Archéologique et Historique du Limousin, par l'abbé Lecler. — Limoges, Ve IL Ducourtieux, 4 vol. in-30.
faubourgs et Cité de Limoges, après la démolition de ses murs, portes et tours, effectuée en 1765 et 1766 (celle du Verdurier en 1785). Echelle de 1500 pieds. » Il a 30 centimètres carrés. Dans l'angle droit on lit : « Ce plan avait été fait par M. Trésaguet, ingénieur à Limoges, en 1776 (voyez plus haut au sujet de cette date) sans date indiquée, mais ce que la plantation des arbres du tour de ville désigne ». Dans l'autre angle, se trouve une notice de peu d'importance sur l'origine des trois villes : la ville gallo-romaine, la Cité et le Château.
Ici se termine la première partie de notre tâche. Dans une période de trois cents ans, nous avons constaté que les trois premiers plans de Limoges connus s'échelonnent à près d'un siècle d'intervalle les uns des autres, entre les dates de 1594, 1680 et 1785. Bien qu'ils aient été publiés tous les trois, ils sont assez rares aujourd'hui. Nous avons cru bien faire en les publiant de nouveau avec la description qui les concerne.