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A PROPOS D'UN PROCES

Les tribunaux bruxellois viennent de prononcer leurs décisions dans un litige autour duquel le nom des parties en cause et l'intérêt général qui s’attachent aux faits font un certain bruit. |

MM. LiNDEN & C° ont vendu à M. X., richissime amateur Suisse, habitant Manchester, 1l y a trois ans, six Odontoglossum crispum pour 30,000 francs. Quelques semaines après la livraison, M. X. partit pour les Indes où il séjourna six à sept mois en laissant la surveillance de ses plantes à son chef de culture, qu’il congédia à son retour pour des motifs sérieux que nous ne pouvons pas apprécier ici.

Pendant l’absence de M. X. et depuis son retour, les plantes fleurirent, et, d’après les allégations de M. X., la floraison ne fut pas conforme aux esquisses, des « aidesmémoire, » qui lui avaient été soumises lors de la vente. D’où réclamation judiciaire.

Au cours du procès, le principal témoin de M. X., son chef de culture, congédié, bien que cité par lui, ne s’est pas présenté à l'enquête. Par contre un jardinier de M. X. y est venu déclarer que c'était lui qui avait cultivé les plantes litigieuses, que celles-ci, à leur arrivée, avaient été divisées, rempotées, et avaient subi des transferts, les serres ayant été démolies et reconstruites ailleurs. Un autre témoin est venu déclarer en outre que M. X. éliminait tous les ans une grande quantité d'Odontoglossum. Contrairement aux dires de M. X., MM. LiNDEN & C° déclaraient que les plantes avaient dû être changées pendant tous ces avatars.

Certains tiers intéressés ont cherché sans y réussir d’ailleurs, à mêler au procès les à côtés de concurrence commerciale et l’insinuation de faits doleux et de mauvaise foi. L'arrêt se plaçant à un point de vue purement objectif, a repoussé cette manière de voir dès le début de ses considérants. Il a nettement porté le débat sur le terrain d’une eyreur toujours possible

« Attendu, dit l’arrêt, en ce qui concerne dans l’espèce l’erreur, il n’échet pas de « rechercher d’où elle peut provenir n1 de s’arrêter à des allusions blessantes, nées de « susceptibilités d'autant plus chatouilleuses qu’elles s'expliquent par des rivalités inter- « nationales où toute mauvaise foi peut être étrangère, qu’il n’échet pas non plus « d’endosser des responsabilités aventureuses puisées dans l’amour propre; qu'il suffit

« de constater qu’une erreur existe. »

Une fois lerreur reconnue possible, il s'agissait de savoir dans le fait de qui elle s’est. produite : chez le vendeur ou chez l’acheteur. La Cour, s'appuyant sur les conclusions d’une expertise malencontreuse, a décidé que c'était chez le vendeur et que la vente devait être résiliée purement et simplement.

Ce n’est pas le lieu de discuter ici la décision judiciaire intervenue. Une brochure spéciale y sera consacrée qui donnera avec le texte de l’arrêt son commentaire explicatif et l'indication des principaux arguments invoqués. Il nous paraît intéressant cependant de relever en cette publication certains faits qui touchent à la science des Orchidées et aux relations entre les maisons d’importations et les amateurs.

S'il est admis que les trois experts nommés par le Tribunal de Commerce sont d’habiles cultivateurs de plantes, il est manifeste cependant qu’aucun d’eux ne peut avoir

LTD CO !

de prétentions Scientifiques. Certainement le tribunal, en recourant à l’expertise pour s’éclairer sur une question aussi complexe de physiologie végétale que celle de la stabilité des variétés, aurait dû s'adresser à des personnalités scientifiques. Elles ne manquent pas en Belgique. Ces simples cultivateurs d’Orchidées n’avaient et n’ont aucune compétence en la matière.

Mais ils procédèrent de bien insolite façon. Ils ne convoquèrent M. LiNDEN qu’à leur première réunion. Aux autres, qui furent nombreuses, à en juger d’après la taxe qu'ils remirent pour être payés, ils évitèrent avec le plus grand soin de convoquer M. LINDEN et ses Conseils. Tout se passa mystérieusement dans l’ombre, SANS CONTRÔLE ET SANS QUE PERSONNE DU CÔTÉ LINDEN ne put savoir quels furent les dessins, les plantes et les fleurs séchées qui furent soumis à leur examen.

M. LiINDEN est encore à se demander aujourd’hui d’après quels documents les experts ont rédigé leur rapport. Les plantes et les fleurs leur ont été remises par un concurrent haineux, un ennemi acharné, qui servait d’intermédiaire entre le richissime M. X. et les dits experts.

Lors de l’enquête, cet intermédiaire, l’Ââme et l’instigateur du procès — le monde orchidophile le reconnaîtra — était assis aux côtés de l’avocat de la partie adverse !

En outre le rapport des experts a été déposé au greffe sans que lecture pour observations en soit donnée aux deux parties, ainsi qu’il est d'usage constant de le faire.

Toute cette manière d’agir, on en conviendra, a été plus qu’étrange et les parties ne se sont pas trouvé sur un pied d'égalité devant leurs juges.

Un ancien peintre de la Lindenia est venu déposer à l’enquête que la Lindenia avait publié, maintes fois, des planches purement imaginatives (sic), d’après les ordres de M. LINDEN. Mis en demeure par ce dernier de dire de quelle planche il faisait allusion, il a cité celles des Cattleya Warocqueana alba, Cattleya Rex, Cattleya maxima et Oncidium

Leopoldianum.

Examinons ce qu'il y a de fondé dans ce témoignage :

A) Cattleya Warocqueana alba, a été figuré dans le 8° volume de la Lindenia, en r802.

Or le Catileya Warocqueana alba, alias labiata alba (les Catileya Warocqueana et labrata sont synonymes), a été peint d’après une plante qui a fleuri chez M. GEORGES WAROCQUÉ, et voici comment la Lindenia, dans le texte opposé à cette planche, s’exprimait, page 72 :

« La variété alba, qui se trouve en haut de la planche, est d’un blanc pur, sauf le jaune « du disque du labelle. Cette fleur a été exécutée d’après la plante qui a fleur: dans la célèbre « collection de M. Georges Warocqué, à Mariemont. »

Plus d’un an avant que cette plante fut publiée dans la Lindenia (8° volume, livraison d’avril 1803), le Gardeners Chronicle publiait le 7 mars 1891 la note suivante (page 300) :

« Cattleya Warocqueana alba : Quand on parla du nouveau Cattleya Warocqueana, « le collecteur avait affirmé qu'on trouverait parmi les spécimens des variétés du blanc le « plus pur; et la vérification de ce dire vient d’être confirmée par la floraison d’une variété « à fleur blanche d'une beauté remarquable qui vient de fleurir dans la collechon de M. Georges « Warocqué, à Mariemont, près de Charleroi. »

Un exemplaire du Cattleya labiata en fleurs a été exposé au meeting de la Royal Horticultural Society de Londres, le 13 décembre 1892, où il a obtenu un certificat de première classe. C’est la plus haute distinction qui puisse être accordée à une plante nouvelle par cette Société : elle n’est décernée qu’une seule fois, lors de la première

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apparition de la plante, et cette distinction a une telle importance qu’elle est publiée dans un livre d’or spécial.

B) Le Cattleya Rex, dont, à entendre le témoin, chaque fleur aurait été amplifiée du triple dans la Lindenia!

Le Catileya Rex a été publié dans la Lindenia (livraison de février 1891) et a été décrit dans le Gardeners' Chronicle, avec une figure, quelques semaines auparavant par O’BRIEN, le Secrétaire du Comité des Orchidées de la Royal Horticultural Society de Londres, qui donne à la fleur qu’il décrit les mêmes dimensions que celles publiées dans la Lindenria!!!

Le Caitleya Rex exposé au Meeting de la Royal Horticultural Society de Londres, le 26 juillet 1892, y a obtenu un certificat de première classe.

Voici comment M. SANDER décrit le Caftleya Rex, figuré dans son journal la Reichenbacha, volume 2, livraison 8, page 56 :

« IT serait Stperfiu de rappeler aux collectionneurs d'Orchidées la beauté des fleurs dans « le genre Cattleya, cependant toutes les espèces n'y brillent pas du même éclat, et chez « elles comme dans tous les genres où elles sont nombreuses, quelques-unes s'élèvent notable- < ment au-dessus des autres. Tel semble être le privilège du Cattleya Rex et ceux qui l’ont « vw dans la splendeur de sa floraison trouveront justifié le nom qu’il porte. C'est vraiment & UN Roi DANS UNE COUK OU LA GRACE ET LA BEAUTÉ SONT LA RÈGLE.

« Cette remarquable nouveauté à été nommée par M. %. O'Brien, lorsqu'elle fieurit « pour la première fois en 1890 dans l'établissement de M. Linden, à Bruxelles, qui en « à été l’introducteur et l'a propagée dans plusieurs collections d'amateurs où, là aussi, « on l’a vue fleurie. Le 20 juillet 1892, elle a été présentée à la Société Royale d'Horti- « culiure, de Londres, qui, à l’unantinité de ses membres, lui a décerné un certificat de « première classe. » |

L’Orchid Review, dans son numéro de septembre 1905, confirme tout ce qui a été

dit dans le Gardeners’ Chronicle, la Lindenia et la Reichenbachia, quelques douze ou quinze

ans auparavant et conclut en disant : « That is very beautiful Cattleya! C'est un très beau Cattleya ! »

c) Le Cattleya maxima. En 1831, le D' LINDLEY, en décrivant cette plante donne aux fleurs des dimensions beaucoup plus grandes que celles publiées par la Lindenia (voir Lindenia, 11° volume, 7° livraison, pp. 56 et suivantes).

Le Cattleya maxima, exposé le 5 novembre 1867 au meeting de la Royal Horticultural Society de Londres, a obtenu un certificat de première classe.

D) L'Oncidium Leopoldianum, cité également comme imaginé par Monsieur LINDEN et figuré dans la ZLindenia en février 1891, n’avait pas fleuri depuis son introduction en Europe, lorsqu'il fut présenté en fleurs, le 24 octobre 1905, au meeting de la Royal Horticultural Society où 1l obtint un certificat de première classe à l’unanimité et voici ce qu’en dit M. RoOLFE dans son Journal Orchid Review, page 335 de la livraison de novembre 1905

« Un Odonioglossum d’une beauté extraordinaire a élé exposé au Meeting de la Royal « Horticultural Society, le 24 octobre dernier par M. E. Ashworth sous le nom d’'Oncidium « Leopoldi cé un certificat de première classe a été accordé à l'unanimité par le Comité des « Orchidées. Une récompense similaire lui a élé donnée deux jours plus tard par la Société

« Orchidéenne de Manchester. … Il a été originairement obtenu de MM. Linden, de Bruxelles, « 1l y a quinze ans.

« L'Oncidium Leopoldianum a été découvert par un collecteur de MM. Linden, « à Bruxelles, et a été décrit d’après un spécimen d’herbier sec et un croquis en aquarelle fait « par le collecteur (voir ROLFE dans le Gardeners Chronicle, 1890, p. 556). .… Une figure « colorée a êté donnée dans la Lindenia (volume 6, planche 274), celle-ci D été préparée « à l’aide de plantes vivantes et de l’aquarelle de collecteur. »

Le Gardeners Magazine, numéro du 4 novembre 1905, page 711, le Gardeners’ Chro-

nicle, numéro du 11 novembre 1905 et le Yournal of Horticulture, n° du 16 novembre 1905,

page 449, donnent des dessins et des planches parfaitement semblables à celle qu'avait publiée la Lindenia, il y a quinze ans.

Comme esprit inventif, il faut avouer que ce peintre est plus méchant que fort. Les quatre plantes qu’il a cité comme IMAGINÉES d’après les ordres de son ancien patron, ont obtenu chacune un CERTIFICAT DE PREMIÈRE CLASSE au APIESORE de la Royal Horticultural Society de Londres!!!

Avec des dépositions de témoins aussi... imaginatives (1), comment ne perdrait-on pas les meilleurs procès ?

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