‹ L’intoxication fongique: ses causes, ses effets, son traitementChapitre 31 sur 55 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Empoisonnement par Lepiota helveola Bres. — Ch. Ménier. Deux cas d’empoisonnement par les champignons dans l'Ouest de la France (Bull. Soc. Sc. nat. de l'Ouest de la France, II, 1892, et Bull. Soc. mycol., VIII, 1892, p. 79).

Le 26 octobre 1891, à La Gaubretière, canton de Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), un dimanche, M. Raineau, menuisier, son beau-frère Rotailleau et le jeune fils de ce dernier, âgé de cinq ans, cueillaient des champignons dans un champ de genêts. Leur récolte se composait de trois Potirons (Lepiota procera) et d’autres plus petits qui étaient des Lepiota helveola Bres. (comme il fut reconnu par M. Ch. Ménier et confirmé par M. Boudier). De ces derniers, ils avaient pu ramasser environ uné centaine.

Ces champignons avaient été lavés à l’eau froide le soir même de la récolte, mis à égoutter pendant la nuit et préparés le lendemain pour le repas de 11 heures. Trois personnes en mangèrent, les époux

(1) Pallas (1768) raconte que les Ostiacks (Russie d’Asie) mangent l’Amanite tue-mouche, soit crue, soit à l’état de décoction, afin de se jeter dans une sorte d'ivresse, provoquant chez certains une joie excessive, une exaltation spéciale qui les pousse à chanter et à danser, alors que chez d’autres elle entraîne de la tristesse, de la violence et parfois des convulsions.

Raineau et leur neveu qui avait pris part à la cueillette. Ils les trouvèrent bons, mais, malgré cela, tous trois furent malades : les adultes guérirent, l'enfant mourut cinq jours après.

I. — Le jeune Rotailleau, enfant de cinq ans, d’une constitution délicate, paraît-il, n’avait mangé qu’une petite quantité de champignons (environ une cuillerée). Après le déjeuner, il va à Pécole comme à l'ordinaire, mais, à son retour, vers 5 heures, il est pris de vomissements et de diarrhée. .

Dans la nuit du lundi au mardi, les vomissements continuèrent, le médecin est seulement consulté le mardi vers midi. Le traitement consiste en un purgatif et une mixture calmante. L'état du petit malade semble se maintenir sans aggravation les jours suivants, mais, dans la nuit du jeudi au vendredi, survient une agitation extrême, des convulsions, l'enfant cherche à se précipiter hors du lit. Enfin, vers 1 heure, il tomba dans un état de prostration qui se termina vers 5 heures du matin par la mort.

IT. — M. Raineau, âgé de trente-trois ans, de bonne constitution, a mangé, dit-il, les trois quarts du plat de champignons et a pu vaquer à ses occupations ordinaires le reste de la journée sans ressentir aucun malaise. Il est pris de vomissements et de diarrhée dans la nuit à 2 heures du matin. Les selles sont fétides. Toute la journée du mardi les accidents continuent, mais, dans la nuit du mardi au mercredi, d’autres symptômes apparaissent; le malade éprouve une sensation de froid, des crampes dans les membres et une grande sensibilité dans la région du ventre et de l’aîne. Le traitement institué est le même que pour le précédent. Dans la nuit du vendredi au samedi les selles apparaissent sanguinolentes. Le malade commence à prendre quelques aliments. La convalescence est assez longue et, huit jours après il éprouve une grande lassitude à marcher un peu.

III. — Mme Raineau, âgée de trente ans, et d'excellente constitution, a absorbé plus de champignons que l'enfant, mais beaucoup moins que son mari (trois ou quatre cuillerées environ). Elle est prise de vomissements et de diarrhée dans la nuit, un quart d’heure après son mari. Pour tout traitement, elle s’administre dans la journée du mardi, à diverses reprises, un litre et demi de café noir que son estomac rejette aussitôt. Ces symptômes continuent encore toute la nuit suivante, mais, dans la journée du mercredi, elle se trouve beaucoup mieux. Lorsque je la vis, la guérison était complète.

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