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l’on échauffe le mélange dans le tube, c’est-à-dire à volume constant, ce point décrit une droite verticale: la proportion de liquide diminue et, lorsque le point figuratif atteint la courbe A C B, le tube est rempli de vapeur. On verrait de même que, si le tube contient primitivement beaucoup de liquide et peu de vapeur, celle-ci disparaît peu à peu, à mesure qu'on élève la température, et, lorsque le point figuratif se trouve sur la courbe À C B, le tube est plein de liquide.
On doit donc, en général, voir le niveau se déplacer et
atteindre l’une ou l’autre des extrémités du tube. Pour qu’il en soit autrement, il faut remplir le tube de manière que le point figuratif se trouve exactement en D, sur la verticale du point critique : dans ce cas, on voit le niveau du liquide disparaître à un certain moment, le contenu de l'appareil devenant absolument homogène; mais il faut pour cela que le tube contienne un poids du corps rigoureusement déterminé d’après ses dimensions.
- Effets des causes perturbatrices. — En réalité, cette théorie ne s'applique qu’à un cas idéal et les effets observés diffèrent souvent de ce qu’on pouvait prévoir. Ainsi, si l’on n’agite pas fréquemment le tube dans le bain destiné à l’échauffer, on voit en réalité le niveau du liquide se déplacer fort peu, puis se transformer, à une certaine température, en une couche de transition dont l'épaisseur atteint bientôt plusieurs millimètres, et dans laquelle la densité varie manifestement d’une manière continue. Il s'écoule un temps assez long avant que le tube paraisse rempli d’une matière homogène.
Il n'est pas d’ailleurs indispensable, pour observer ces phénomènes, de se servir d’un tube rempli avec une exactitude parfaite ; le poids de matière peut varier presque du simple au double sans que les résultats se trouvent sensiblement modifiés.
M. Gouy a montré, il est vrai, qu’en agitant fréquemment un tube de Natterer dans son bain et le retournant plusieurs fois bout pour bout avant toute observation, on se rapproche beaucoup du phénomène théorique:
en particulier, on n’observe le niveau jusqu’au point critique que si le poids de matière est contenu entre des limites assez reserrées. Il a montré en outre que, si ces limites ne sont pas absolument confondues, comme cela devrait être dans l'hypothèse d’Andrews, cette anomalie peut s'expliquer par l'influence de la pesanteur.
Hypothèses diverses. — Mais, s’il est possible de se rapprocher du cas théorique, il n’en reste pas moins à expliquer les phénomènes décrits plus haut. Plusieurs hypothèses ont été mises en avant. M. Ramsay en Angleterre et Jamin en France ont supposé que le liquide n'est pas complètement vaporisé à la température critique, bien que sa densité absolue soit égale à celle de sa vapeur saturante. D’après Jamin, le liquide devient soluble dans sa vapeur, ce qui expliquerait l'existence d’une zone de transition, et la loi générale de vaporisation ne serait interrompue à aucun momert par un point critique quelconque. d
En 1889, MM. Cailletet et Colardeau ont été amenés, par des expériences très ingénieuses, à admettre qu’à la température de disparition du niveau et à plusieurs degrés au-dessus, il existe. encore un liquide et une vapeur présentant des densités différentes, mais susceptibles de se dissoudre l’un dans l’autre en toutes proportions. Cette hypothèse est inadmissible : M. Villard a montré que les expériences de ces physiciens, convenablement interprétées, sont d’accord avec la théorie d’Andrews.
D'un autre côté, M. Zambiasi et M. Battelli, en 1892 et 1893, en opérant avec l’éther, ont trouvé qu'il n’y a qu’une seule densité au point critique, mais ils ont admis que la vaporisation continue aux températures plus élevées, suivant l'hypothèse de Jamin.
Recherches de M.Villard.-- M.Villard a étudié d’abord la densité au point critique en se servant de gaz très purs (anhydride carbonique et protoxyde d’azote) ; il a employé un tube en O, comme MM. Cailletet et Colardeau, et un tube en U renversé, avec courbure capillaire, comme M. Battelli. Dans tous les cas, il a constaté l'existence