CONCLUSIONS
On voit, par ce qui précède, que l’étude delaliquéfaction peut être divisée en trois phases successives : la première contient les expériences de Faraday et des autres physiciens qui amenèrent à l’état liquide tous les gaz, sauf les six auxquels on donna le nom de gaz permanents; ces derniers furent transformés, dans la seconde phase, en brouillards instables par M. Cailletet et par M. Pictet, et obtenus sous forme de liquides stables dans la dernière. Aujourd’hui, tous les gaz connus ont été condensés en liquides susceptibles d’être manipulés à leur point d’ébullition, sous la pression atmosphérique, grâce aux appareils décrits plus haut. La question semble donc complétement résolue au point de vue scientifique. Au point de vue industriel, il n’en est pas de même: les applications des gaz permanents liquéfiés ontété jusqu'ici insignifiantes: mais, grâce à la méthode actuellement employée, elles paraissent appelées à prendre un grand développement.
D'ailleurs, même dans les laboratoires, les découvertes
per
récentes permettront d'entreprendre un grandnombre de recherches nouvelles avec l’aide des basses températures qu’on pourra produire. Les résultats déjà obtenus par M. Dewar présentent le plus haut intérêt. Bien que cesfaits fussent parfois susceptibles d’être prévus, il y a, comme le fait remarquer M.Ch.-Ed. Guillaume, quelque chose de vraiment émouvant dans la description de ces phénomènes quotidiens transportés aux extrêmes limites des froids connus.
«Les phénomènes que l’on observe maintenant sont de ceux qui prendraient naissance sans aucun artifice à la surface d’un corps céleste situé à une grande distance de toute étoile fixe, et ayant lui-même perdu toute chaleur propre. Dans les faibles fluctuations de la température qui se produisent encore sur la planète Neptune, aux confins du système solaire, là où le soleil n’apparaït plus que comme un sou vu à cent mètres de distance, l'air doit ainsi se liquéfier par instants, puis fondre et revenir à l’état gazeux, SÉRRRNES la gelée blanche, la rosée, le brouillard.»
L’ébullition nie de l’hydrogène- liquide a déjà fourni les températures les plus basses qu’on ait pu maintenir pendant quelques instants. En faisant le vide sur ce liquide, on se rapprochera encore du zéro absolu, ce qui ouvrira un champ entièrement nouveau aux recherches scientifiques, car, ainsi que le fait observer M. Dewar, « nul ne peut prédire les propriétés de la matière au voisinage du zéro absolu.»
Il faut remarquer cependant qu’on arrivera ainsi, comme pour les autres gaz, à une limite infranchissable, imposée par les propriétés thermodynamiques du corps sur lequel on opère. Pour descendre plus bas, il faudrait posséder un gaz encore plus volatil que l'hydrogène. L’hélium seul est dans ce cas; mais sa rareté ne permettra sans doute jamais de l’employer à la production des grands froids. Cette question sera donc arrivée à son terme lorsqu’on aura épuisé toutes les ressources que peut donner l’ébullition de l'hydrogène sous faible pression, à moins qu’on ne vienne à découvrir un nouveau procédé de refroidissement.
Si, pour terminer, nous revenons à la liquéfaction des
gaz, qui fait l’objet principal de cette étude, nous pouvons constater, avec M. Dewar, que les résultats obtenus sont pleinement satisfaisants. « Faraday liquéfia le chlore en 1823; soixante ans après, Wroblewski et Olszewski produisirent l’air liquide, et maintenant, après un intervalle de quinze ans, les gaz dits permanents, tels que l'hydrogène et l’hélium, se montrent à l’état de liquides statiques. Lorsque l’on considère que la distance qui sépare la liquéfaction de l’air de celle de l'hydrogène est relativement aussi grande, au sens thermodynamique, que celle qui existe entre la liquéfaction du chlore et celle de l'air, le fait que le premier résultat a été obtenu en quatre fais moins de temps que le second prouve l’accroissement considérable de la rapidité du progrès scientifique dans notre temps.»