SCÈNE VII
MAXIMIN, LISE TA VERNIER. Elle entre pâle, suffoquée, ruisselante.
Üù vas-tu ?
MAXIMIN
C’est vous !... {üoucement.) Laissez-ntoi passer.
LISE TAVERNIER, le repoussaut, à demi-voix.
Non... non... ne sors pas.
MAXIMIN
Laissez-moi donc passer, mille millions de diables !
LISE TAVERNIER, s’ ucci ochanl à lui.
Non 1... attends que je te parle... J’ai tant couru pour venir... avec cela, la rivière était grosse... obligée de faire un détour.
MAXIMIN
Qu’est-ce que vous me voulez ?
Je veux te sauver.
MAXIMIN
Me sauver...
l..a marine est sur tes traces... Ne sors pas... les gendarmes l’attendent tout près d’ici, à la pointe des Iles d’or.
MAXIMIN
.Aux lies d’orl... On m’a donc vendu?
Oui.
MAXI.MIN.
Qui ça?... Roure?
Non! moi... ce matin.
MAXIMIN
V'ous !... et pourquoi ?...
Parce que j’étais jalouse.
MAXIMIN
Jalouse? Allons donc! Est-ce que nous n’en avons pas fini avec toutes ces comédies, et toutes ces grimaces?...
Oui... oui, dis-moi tout ce que tu voudras. Appelle mon amour une comédie et mes larmes des grimaces, cela ne fait rien, j’ai tout mérité, je peux tout entendre. Injurie-moi, trépigne-moi, seulement ne pars pas... Laisse-moi réparer le mal que je t’ai fait... Reste ici caché quelques jours... ils ne viendront pas te chercher chez moi, tu penses, puisque c’est moi qui t’ai dénoncé.
MAXIMIN
Vous m’avez dénoncé ce malin, vous vegez me sauver ce soir. Je ne comprends pas.
Puisque je le dis que j’étais jalouse... Je sais bien que c’est risible à mon âge, mais ça n’en fait que plus de ma!. Écoute, on m’avait dit que lu ne m’aimais pas, que lu ne voulais de moi que parce que tu me croyais riche; on m’avait dit tout ce que tu étais, tout ce que tu avais fait. Je connais l’histoire de ton navire, les bandits que tu charriais après toi, la vie que vous meniez dans ce cloître... tout cela, je te l'avais pardonné. Je t’aurais môme pardonné de vouloir partir, de me quitter, puisque tu ne m’aimais pas. Mais, vois-tu, l’idée que tu en aimais une autre... cette Cardoline surtout, l’idée que cet amour t’était venu là, sous mes yeux, si près de moi, et que tous les transports de ma
D igitizedbÿTTôog le
passion, mes grimaces, comme tu les appelles, n’avaient servi qu’à rendre cette enfant encore plus belle pour toi et plus désirable... ohl alors la tôte m’a tourné, je me suis sentie soulevée par je ne sais quel tourbillon de flammes, et... et je suis allée le livrer.
MAXIMIN
Et puis?...
LISE TAVEBMER.
Tu penses quel désespoir, quand j’ai compris que je m’élais trompée !
HAXIMIN.
Comment ça?
Quand j’ai vu que cette maudite lettre n’était pas pour toi, que ce n’était pas toi qui lui avais donné cette bague...
MAXIMIN
Une lettre... une bague... Ma foi! je ne sais pas ce que tout ça veut dire, mais je sais bien que si vous étiez arrivée une minute plus tôt, vous m’auriez trouvé aux pieds de celle adorable fille, et que sans ce malandrin...
j-‘ Est-ce possible?... {Voyant la porte de la chambre ouxerte.) Cardeline!..,
MAXIMIN
Oh ! vous pouvez l’appeler. Elle est partie. On me l’a prise... mais dus.sé-je y laisser ma peau, je les retrouverai... [Il va pour sortir.)
Non! non... ne sors pas. Maximin, reste... reste, nous la retrouverons.
MAXIMIN
Comment! vous voudriez?...
Je ne veux pas que lu meures, et si tu sors d’ici, c’est la mort... Oublies-tu donc, malheureux, que ton navire a sombré dans la nuit de ta désertion? Ils le savent maintenant. Je leur ai tout dit.
USE tavernieh.
MAXIMIX.
Mais, misérable femme, si la jalousie Vous a si bien délié la langue, pourquoi vous acharnez-vous à me sauver, après ce que je viensde vous apprendre?. ..Vous n’ôles donc plus jalouse?
USE TAVERXIER, boS.
Non !...
MAXIMIN
Mais, Cardelinel Cardelinel je l’aime!
LISE TAVERXIER.
C’est fini, la flamme est étein'e, vous aurez beau souffler dessus, vous no la rallumerez pas... Éiioutez, Maximin : Ce qui m'arrive est un chûtiment du ciel... Je m’étais donnée à Dieu, je n’avais pas le droit de me reprendre. Ce premier crime m’en a fait commettre d’autres, et le plus grand de tous, celui de vous aimer. Ce crime-là, par exemple, portait sa peine avec lui... Oui... je le comprends maintenant, vous ôtes l’instrument de la justice éternelle, et c’est de vous qu’elle se sort pour se venger. Oui, c’est pour me punir que Dieu a permis que je vous aime; c’est pour me punir qu’il a fait lever cette terrible passion sur mon chemin, alors que je n’étais plus belle, et que mon triste visage ne savait plus inspirer l’amour... Aimer ainsi, vois-tu, mon pauvre enfant... c'est le plus horrible supplice qu’on puisse infliger à une femme... Ce que je souffre depuis hier!... Mais n’importe I je me résigne. Vous m’avez fait beaucoup de mal, vous pouvez m’en faire encore, je ne dirai rien, j’accepte tout, je suis prête à tout, je me courbe. Je ne demande qu’une chose : Dans un moment de folie, j’ai voulu vous tuer, j’ai voulu vous perdre... laissez-moi vous sauver.
MAXIMIN, soupçonnetiÆ.
En êtes-vous bien sûre, au moins, que vous voulez me sauver? C’est que je vous connais, vous... Vous êtes encore une de ces langues dorées comme le père Roure...
LISE TAVERXIER.
Oh!
MAXIMIN
Moi, d'abord, je n’y comprends rien àlous vos beauxdis-
MSE TAVERNIER.
cours, seulement j’ai de, l’inslinct, comme un chien de chasse, et mon instinct m'avertit qu’il ne fait pas bon pour moi ici... Hé! vous m’avez trahi ce matin, qui me dit que vous ne me trahissez pas encore? Qui me dit que tout ceci n’est pas un piège, et que ce n’est pas chez vous qu’on doit venir m’arrêter?
MSK TAVEnNiKR, 88 cachaiU la figure.
Oh ! ça. . . c’est le comble de tout !...
MAXIMl.N.
Bonsoir, bonsoir, la belle, je vais voir un peu le temps qu’il fait dehors... s’il faut jouer des jambes ou du couteau, au moins j’aurai du large...
USE TAVERNiEH, atcc lin simgloi.
Maximin 1... Maxim... vous voyez, je ne peux pas parler... j e pleure... {Mouvement de Maximin.) Oh! ce sont de vraies larmes, regardez .. [Elle s’ennuie les yeux arec lu main du jeune homme. Maximin repousse la porte, qu'il venait d'outrir.) Vous ne le croyez pas ce que vous venez de me dire?.. .
MAxiMix, fermant la porte.
Vous voyez bien que non, puisque je reste ! {U met les verrous.)
VOIX au dehors, coups de crosses à la porte.
Ouvrez, au nom de la loi !...
USE TAVERNIER
Miséricorde!, . .
MAXIMIN
.l’en étais sûr!...
USE TAVERNIER
Comment I... Vous croyez?...
VOIX au dehors.
Au nom do la loi, ouvrez I...
USE TAVERNIER
Viens... je vais te cacher.
MAXIMIN
Arrière, coquine!... tu mériterais... {U lève son couteau.)
f)2 LISE TAVERMEH.
Oh ! oui, tue-moi, tue-moi... j’aime mieux I...
MAXI.MIN, le couteau en l'air.
Ma foi, non ! j’en ai assez sur le dos comme cela... J’ai lu le paroissien do monsieur Roure... {Il jette son arme et va pour s’élancer par la fenêtre. Un Soldat de marine apparaît^ monté sur une échelle, et, le couchant en joue.) Tonnerre!... {A ce moment, la porte tombe sous un vigoureux coup de crosse.)