SCÈNE PREMIÈRE
LISE TAVERNIER, seule.
Qui m’aurait dit cela pourtant, quand nous descendions ici, toutes les sœurs, prier une fois l’an sur le tombeau de nos abbesses? qui m’aurait dit que j’y reviendrais un jour, seule, sans rosaire et sans voile, furtive comme les voleurs, pâle comme les sacrilèges?... Âhl malheureuse femme, qui croyait pouvoir rester honnête, môme après avoir renié ton Dieu... Ç’avait été ton orgueil pendant vingt ans, de vivre misérable à côté de tant de richesses... Tu espérais mourir ainsi... mais non ! L’enfer n’y aurait pas trouvé son compte... D’abord c’est la faim qui est venue te tenter, puis la passion et son délire. Maintenant c’est le devoir. Oui, c’est ton devoir d’être criminelle à cette heure... Cet enfant va mourir par ta faute; il faut que tu le sauves... même à ce prix-là I... AllonsI va, maudite!... {Elle s’approche du trésor, puis s’arrête tout à coup.] Qu’ost-ce que c’est que ça ? Il me semble que j’entends du bruit ; comme si quelqu’un... Non! c’est la rivière qui commence son œuvre souterraine. L’eau s’infiltre, le sable crie, s’enfonce ; avant doux heures, le caveau sera inondé, hâtons-nous,.. [Un
LISÜ TAVKUMER.
bruit de, pas.) Four le coup, j’en suis sûre, il y a quelqu’un dans ces souterrains avec moi ! {hJUe lève sa lanterne et en promène le reflet parloul.)
uoL'RE. Il arrive en ce moment près du palier, et comme la porte est ouverte, il voit l'or étinceler sous la lumière au fond du caveau.
Oh !...
USE TAVEHXIER, bUS.
C’est Hourel... Ah I le misérable, il m’a suivie... {Elle ferme sa lanterne et se blottit dans un coin.— Le caveau est plongé dans l’obscurité.)