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PRÉFACE VII

seurs. Un patriotisme excessif, encore plus inexcusable en matière historique qu'ailleurs, entraîne un peu partout les esprits irréfléchis à surestimer la valeur des contributions intellectuelles de leur pays au trésor commun. Ma thèse est bien moins ambitieuse : je ne crois pas trop prétendre en revendiquant pour l'Espagne, comme pour l'Angleterre, le fait d'avoir utilisé ses modèles sans compromettre son développement naturel, annexant ici, absorbant là, acquérant peu à peu une existence indépendante, puis une originalité individuelle, et enfin dépassant, à certains moments ou à certains égards, ses premiers maîtres.

On a dit que chaque homme a deux patries : la sienne et la France. Peut-être pourrait-on dire également que chaque romantique littéraire a deux pays : le sien et l'Espagne. Il convient, cependant, de faire remarquer que le romantisme littéraire de l'Espagne a des limites chronologiques un peu étroites. La carrière victorieuse de l'Espagne, aussi brillante dans les lettres qu'elle le fut dans les arts et les armes, a été relativement courte. L'époque de sa splendeur littéraire s'étend de l'avènement de Charles-Quint à la mort de Philippe IV, c'est-à-dire qu'elle n'a duré que cent cinquante ans environ. Je me suis arrêté sur cette période, comme elle le mérite, beaucoup plus longuement que sur les autres. Bien que j'aie naturellement accordé plus d'espace aux grands auteurs, j'aimerais à espérer qu'aucun personnage vraiment représentatif ne manque au tableau : en vue des dimensions restreintes de mon cadre, je crains même d'avoir été trop indulgent en admettant des écrivains, sans doute intéressants, mais d'une valeur secondaire. Pour des motifs purement personnels, j'aurais volontiers renoncé à parler des contemporains, dont il n'est pas toujours facile de saisir la vraie signification en dégageant leurs qualités permanentes de leur vogue éphémère : réflexion faite, il m'a paru impossible de me dérober tout à fait à ce devoir délicat, et j'ai indiqué sommairement dans le dernier chapitre l'orientation du mouvement actuel. L'édition anglaise de cet ouvrage a été publiée en 1898.

VIII PRKFACE

Trois ans plus lard le volume était traduit en castillan par M. Adoll'o Bonilla y San Martin, à qui je dois renouveler mes remerciements pour l'obligeance amicale qu'il mit à se charger d'une besogne ingrate et à enrichir la traduction de maintes notes précieuses. Il me faut aussi témoigner ma grande obligation envers le plus eminent des critiques espagnols, M. Menéndez y Pelayo, pour m'avoir offert, avec une extrême affabilité, dans sa savante Introduction à cette version castillane, une série de suggestions d'un inappréciable intérêt. La plupart ont été adoptées dans la présente traduction française; si mes jugements diffèrent parfois des siens, je ne puis que redire ce que j'ai dit il y a six ans : que toute opinion sincère est préférable à la répétition mécanique des verdicts les plus autorisés.

Je suis redevable d'autres indications à des amis tels que M. Wentworth Webster, le vénérable doyen des hispanisants anglais; M. Hugo Albert Rennert, professeur à l'Université de Pensylvanie, le biographe de Lope de Vega, qui a bien voulu me laisser profiter de son exceptionnelle érudition en tout ce qui concerne le théâtre espagnol; et M. Johannes Merck qui, de plus, m'a libéralement facilité l'usage de sa bibliothèque si riche en raretés curieuses. A cet égard je dois aussi exprimer ma reconnaissance à M. Archer M. Huntington, dont les beaux fac-similés de livres anciens, outre leur intérêt intrinsèque, m'ont permis l'étude de quelques œuvres qui me seraient, sans cela, restées inaccessibles. Je ne saurais clore la liste de mes créanciers sans y ajouter le nom du directeur de la Revue hispanique, mon ami M. R. Foulchc-Delbosc, dont les services rendus à l'histoire littéraire de l'Espagne sont trop connus pour qu'il soit besoin d'y insister. Avec une amabilité inépuisable, il a mis à ma disposition son savoir minutieux, exact et varié, m'a communiqué de nombreuses et fines critiques, et m'a aidé sans cesse à améliorer le texte de mon ouvrage. C'est pour moi un devoir en même temps qu'un plaisir d'adresser à M. Foulché-Delbosc l'expression de ma vive gratitude.

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