Baugmareê. — The Lotus. — Our Casuàrina Tree
MISS TORl I)1;TT 201
" de pitié sainte et de divin amour. Je regardai un instant étonnée ; puis, tout d*un coup, j'ouvris mefi yeux obscurcis de pleurs. Et voici que cette lumièn» s'était évanouie, cette lumière semblable à celle des étoiles quand la neige couvre le sol en couche épaisse. Je ne voyais plus la face de l'ange. Je trouvais seulement mon père qui veillait patiemment à mon chevet et tenait ma main étroitement serré»* dans sa main ^ » Hélas î c'était pour elle que l'Ange de vie n'avait plus de feuilles ni de fleurs, et le pauvre père, trois fois frappé, cette dernière fois sans rien qui lui restât à perdre, devait survivre pour se souvenir et pleurer : « Pourquoi ces trois jeunes vies, si pleines d'espérance et d'oeuvre, devaientelles être tranchées si tôt, tandis que moi, vieux et presque infirme, je reste? Je crois sentir obscurément qu'il y a une préparation nécessaire pour la vie d'au-delà qu'ils avaient et que je n'ai pas. Un jour je verrai tout cela clairement. Béni soit le Seigneur! que sa volonté soit faite! »
Il est difficile d'exagérer la perte que fît la poésie tle rinde en perdant Toru Dutt. Elle n'a point laissé d'oeuvre achevée et ne pouvait encore; la langue où s'épanchait sa poésie était une langue apprise et qu'elle maniait avec une aisance merveilleuse et des ignorances étranges. Mais elle avait l'émotion profonde et sincère, et la simplicité pénétrante, ces
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29i ESSAIS DE LITTERATURE ANGLAISE
deux dons de la grande poésie : rien d'affecté, rien de Fart pour Tart, rien du sentimental des misses poètes; tout a jailli du cœur, tout est sorti des émotions d'amour, d'enthousiasme et de tristesse de cette vie si courte. Pour nous, Français, elle doit être doublement chère, pour elle-même et pour son amour de la France. Elle a droit à une ligne dans l'histoire de notre littérature, puisqu'elle y a inscrit son nom, et elle a droit surtout à notre souvenir comme une frêle et douce image de ce que le génio hindou aurait pu produire sous l'aile de la France. N'est-il pas étrange que la seule âme de poète éclose en l'Inde depuis la conquête anglaise se soit tournée d'un instinct si invincible vers le soleil de France? Nul plus que moi n'admire ce que TAngleterre a fait dans l'Inde et pour l'Inde; mais le génie anglais est-il la tutelle qu'il fallait au génie hindou? Et l'on se prend à rêver devant cette enfant, fleur de France éclose aux bords du Gange, à tout ce que promettait de parfums et de couleurs le lotus indien marié à nos fleurs de lis, si nos rois n'avaient point trahi la destinée et si la France avait écouté l'appel de Dupleix et de Johann a Bégoum.