Source de V
chant sur lui, il le tue, lui tr&nche la tête et la porte sur un pieu à Malcolme^
Ainsi périt Makbeth, après un règne de dix-sept ans. Dans le commencement de son règne il avait accompli beaucoup d'actes honorables et profitables au bien public ; mais, plus tard, par l'illusion du diable, il déshonora son règne par la plus abominable cruauté. Il fut tué Tan de Tincarnation 1057.
Tel est le Macbeth de Holinshed, très différent du Macbeth de l'histoire, qui fut un des meilleurs princes que l'Ecosse ait eus' ; mais ici peu importe le vrai Macbeth, que Shakespeare n'a pas connu : qu'a-t-il fait de celui qu'il connaissait ?
Le Macbeth de Holinshed a droit à la couronne : il croit avoir à se plaindre de Duncan, il conspire pour arriver au trône et il y arrive à la façon ordinaire du moyen âge, par le meurtre. Shakespeare supprime ou rejette dans l'ombre ces motifs trop généraux ou qui feraient circonstances atténuantes ; il met en relief les deux traits particuliers qu'il trouve, l'un d'ailleurs à peine indiqué, dans la chronique : l'action des sorcières et l'action de lady Macbeth. Ce sera, comme dans Holinshed, un homme vaillant, ambitieux, violent, mais d'une imagination qui frémit au moindre choc, qui s'ébranle aux im-
\ ..Source de V, 7. 2. Voir chapitre VI.
pulsions mystiques de l'autre monde comme aux appels passionnés de la femme aimée, impuissant à résister à Timage présente. Il hésite devant le crime : le spectre de la trahison et du meurtre l'effraye comme tous les autres spectres ; mais, une fois le premier pas dans le sang, il y va de Tavant avec une fureur croissante, et la vision du crime passé ne fait qu'évoquer la vision d'un crime nouveau qui puisse chasser celle-là de ses yeux et de sa pensée ; c'est la paix et l'apaisement qu'il cherche dans le sang, et c'est pour cela qu'il n'y a ni arrêt ni trêve. La prophétie des sorcières a éveillé du premier coup les rêves et les ambitions endormis dans son c(Bur, et a du premier coup jeté en lui l'idée du crime ; mais, au bord de l'action, il s'arrête effrayé. Lady Macbeth est là pour lui faire franchir le gouffre. Lady Macbeth sort d'une ligne de Holinshed : « Sa femme surtout le pressait, brûlant d'une soif inextinguible de porter le nom de reine*. » Elle est là tout entière, avec sa violence irrésistible et ses contradictions inexplicables de la fin. Il semble au premier abord que Macbeth et sa femme aient fait échange de caractère au cours du drame : elle commence, et lui finit, par les résolutions instantanées et irrésis-
1. The woordes of the three sisters also... greatly encouraged him herevnto, but specially his wife lay sore vpon him to attempt the thing, as that she was very ambitious, bren- QiDg (burning) in ynquenchable désire to beare the name of a Queene.
tibles, les éclats de passion aussitôt traduits par raction ; et c'est à elle à finir, comme lui a commencé, par les angoisses qui ressemblent à des remords, par les visions effrayantes et délirantes. Il craint, lui, que l'Océan entier ne passe sans l'effacer sur la goutte de sang que Duncan a laissée sur sa main * ; mais cette goutte de sang, c'est elle qui la verra, c'est elle qui essayera de l'effacer, et qui essayera en vain, avec un interminable soupir de lassitude et de désespoir'. C'est que lady Macbeth n'est pas un monstre^ comme quelques actrices l'ont voulu, c'est une femme; elle n'a eu de force que pour un seul désir et pour un seul crime. Elle veut être reine, parce qu'elle doit l'être, puisque le destin le veut ; il y aurait crime et lâcheté à s'y soustraire', et elle y marche aveuglément, comme une force inconsciente et fatale. Le crime accompli,