Avec les chœurs de Davenant-MiddletoD
2. Léon Halévy, 1853 j Wailly, 1857 ; fragments deM™* Louise Colet. Donnons une mention spéciale à deux essais systématiques : celui de M. Brugnière de Sorsum et celui de M. le Chevalier de Châtelain. Le premier entreprit de calquer Shakespeare en employant, conformément & Toriginal; tour à tour le vers blanc, le vers rimé et la prose. (Chefs-d'œuvre de Shakespeare, 2 vol. 1826.) Exemple, dans la première scène :
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Les deux meilleures sont la traductiOiï littêiiStle de Jules Lacroix (1840) et la traduction semi-littérale d'Emile Deschamps (1844). La première, je le crains, ne mérite point toute la réputation dont elle a joui.
That wiU be ère the set of* son devient :
C*eit donc ren Theure où le flambeaa du jour Au sein des mers plongera sa lumière,
et le cri final :
Pair is foui and foal is fair :
Horer, ete«
devierut en style Qainault :
A trayers les brouillards et leur vapeur mortelle Accourons toutes trois ; Descendons dans l'abîme, ' Allons y pré^rer le crime, Une la vertu p&lisse à notre voit I
Les vers blancs valent mieux, mais n'arrivent qu^u sitiff song^y non au rythme dramatique :
Ah ! que dans le chaos s'abîment les deux mondes Plutôt que de manger notre pain avec crainte, Et dormir dans le sein de ces songes terribles Qui dans l'ombre des nuits hantent notre repos I Ne vaudrait-il pas mieux être parmi ces morts Que nous avons plongés, pour régner en leur place, Dans l'asile muet de la paix étemelle, Que de rester livrés aux tortures poignantes Auxquelles notre esprit veut échapper en vain ?
(IIl. 2.)
Le Chevalier de Châtelain (Londres 1862) est avant tout ennemi du style guindé :
Quelques vers bien nés, qui, çà et là, « rendent le vers de Shakespeare tout entier », ne sufRsent point à effacer l'impression de souffrance que produit le spectacle de la pensée du maître, tour à tour délayée et décolorée,*ou étranglée et mutilée, dans les hémistiches H'une versification facile et traînante, ou obscure et pénible.
Deschamps, plus libre, a mieux réussi, et ses
Le beau souvent est laid, et le vilain est beau : Tout est permis parbleu, tout est permis en guerre, Sus I vite travers jns cette salo atmosphère.
il I.) Ah ! mieux vaudrait pour nous que fàt interrompu Le cours de l'univers, et tout lien rompu Entre l'homme et le ciel, que -vivre et toujours vivre De terreurs ballottés, bercés comme un homme ivre, Dans des nuits sans sommeil, mais non pas sans émoi?, Plutôt qve d'éprouver tous les maux à la fois. Ah I mieux vaudrait pour nous des morts la sépulture, Que de remords criants l'incessante torture.
Nous l'avons envoyé ce Duncan au tombeau. Qu'y fait-il ? Il y dort ainsi qu'un doux agneau.
Citons enfin Topera de Rouget de Lisle (musique de CUclard ; Opéra, 29 juin 1827) : c'est une idylle ; et l'opéra de Verdi (Florence, 1847), transporté au Lyrique en 1865, sans grand succès. Le rôle des sorcières et le fantastique du décor ont créé l'illusion que Macbeth est un sujet d'opéra (Voltaire, Commentaire sur Corneille, Médée, IV, 2) : Macbeth est avant tout un sujet dramati^iue, parce que Tintérêt principal est dans le développement d'un caractère. Macbeth a mieux inspiré les peintres : il a valu à l'art trois grandes œuvres: en Angleterre, le Banquet de Macbeth de Maclise (1840); en Allemagne, la Lady Macbeth de Kaulbach; en France, celle de Delacroix (1851). Kaulbach et Delacroix prennent lady Macbeth dans la scène de somnambulisme.
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libertés sont parfois plus littérales qu'une traduction servile*. Mais lui, non plus que Lacroix, ne peut arriver à rendre la force continue et Véclat de la passiqn, et c'est cela, et non tel trait isolé, qui fait Shakespeare.
Shakespeare, comme tout poète, et plus que tout poète, ne peut être traduit dans une langue et dans un rythme de structure autre que la langue et le rythme où il a écrit; chez les peuples de langue romane, le traduire en vers est une idée qui ne tombera jamais que par erreur dans Tesprit d'un poète vraiment original *.
Malgré son imperfection, la traduction de Lacroix, adaptée au théâtre et jouécàTOdéon (février 1863), fut un des grands succès de l'époque : Shakespeare eut cent représentations à la file, ce qui, probablement, ne lui était jamais arrivé en Angleterre. Rachel, la grande tra,gédienne, avait failli y jouer lady Macbeth. Le souvenir de Mrs. Siddons la hantait. Gomme on lui disait que l'actrice anglaise avait tout épuisé, surtout dans la scène de somnambulisme : « Oh I mais, j'ai une idée, moi, répondit Hermione,
1 . A quel dépôt sacré faut-il donc que l'on croie Si la tombe se rouvre et revomit sa proie ?
2. Une traduction en vers peut réusSir au théâtre, parce que l'action sauve le style et que le spectateur, qui connaît déjà la pièce par une traduction plus fidèle, substitue inconsciemment l'original à la copie. Mais à la lecture, tout s'évanouit : rapitur res^ persona manet.
je lécherais ma main *. » Conception d'une audace ultra-shakespearienne, qui faisait reculer lady Macbeth par delà l'inconscient du rêve dans Tinconscient de l'instinct animal, jetait le Dante' dans Shakespeare et condamnait l'artiste au sublime sous peine de grotesque. Le poète, je pense, eût accepté d'être ainsi traduit, et Rachel prouvait, par un cri de génie, que l'on peut comprendre à la fois Racine et Shakespeare.
1. Lady Gharlemont, Transactions of the New Shakspere Society, II, 197.