‹ Litterature AnglaiseChapitre 90 sur 121 · OEUVRE ET ACTION DE BYRON · texte numérisé non relu

OEUVRE ET ACTION DE BYRON

Il y a deux familles de poètes : ceux qui peignent des âmes et ceux qui peignent leur âme. Shakespeare est le représentant de la première, Byron celui de la seconde. Les premiers seuls sont créa* teurs/ puisqu'ils rendent des passions qui ne sont pas dans leur expérience propre; les autres n'inventent pas : ils n'ont qu'à laisser échapper ce qui est dans leur cœur * . Il y a plus de génie dans le poète impersonnel et il écrit pour les siècles; mais si Tàme du poète personnel est une âme puissante et qui vibre à l'unisson de son siècle, il a une action immédiate plus vaste et plus retentissante, quoique moins durable et vite épuisée.

1. « Je ne puis écrire sur quoi que ce soit sans une expérience personnelle, » écrit Byron. Sa poésie n'est souvent que sa correspondance mise en vers.

Peu de poètes ont eut des destinées plus changéantes que Byron : acclamé à vingt ans par toute l'Angleterre, puis par toute PEurope, il fut quinze ans « le Napoléon de Tempire des vers », et, à peine mort, tomba du piédestal ; le pauvre Shelley, qui de son vivant avait à peine cent lecteurs, Wordsworth, qui fut pendant quarante ans la cible de tous les sarcasmes, ont éclipsé la gloire de Byron ; le pressentiment du poète a été réalisé : sa gloire a fleuri trop vite, et s'est flétrie aussi vite * . De nos jours, un mouvement de réparation commence, qui ne le fait pourtant point remonter à la hauteur où il avait trôné. Ce flux et ce reflux de la gloire se produit pour tout poète personnel ; il faut que plu- SiWrB générations s'écoulent pour que Ton arrive eaiÎQ au départ de ce qu'il y a de durable et de pas- ^ger dans son œuvre,

Dè& son enfance, il y eut en lui un double germe de'SOUffrance et d'orgueil, De corps, il n'est point fait comme les autres hommes ; et, moralement, il sent qu'il est aussi d'une autre argile : il sent en lui une volonté plus forte, des désirs plus ardents, un orgueil plus indomptable, et ses souvenirs de ^faftnille lui montrent dans le passé dont il hérite une tradition singulière qui rompt sur la platitude ordinaire des destinées humaines, pour le mal comme

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