Chifdf Harold,, IV, clxxvii
LORD BYRON IW
stances sur la Révolution , les odes à Venise , les satires sanglantes de don Juan contre la société anglaise et l'hypocrisie sociale dureront aussi longtemps que les passions déchaînées en Europe par la Révolution. Mais ce qui restera de Byron comme legs durable au trésor de la littérature anglaise, ce sont les pages isolées ou les fragments de pages où il exprime sincèrement, non ce qu'il sent comme héros byronien, mais ce qu'il sent comme Byron même; ce sont les pages écrites sous le contre-coup de Bes souffrances ou de ses colères, et où le cri du cœur a échappé avant d'avoir le temps d'être embelli et dénaturé par les arrièrs^pensées de l'artiste et le souvenir d'un rôle à jouer devant l'univers: là, haine ou amour, nul poète du siècle ne le dépasse ou ne l'égale, parce que nul n'a eu plus de lave au cœur ni une force d'émotion plus irr&presiible.
De l'homme , il restera le souvenir d'une âme généreuse et malade, qui fut la première ouvrière de ses maux et « le propre pilote de son naufrage » , mais noble jusque dans ses pires égarements et qui racheta les erreurs de sa vie par la beauté de sa fin. « Si tu veux être un poète, se disait le vieux Milton, que ta vie même soit un poème ! » La vie de Byron ne fut pas un poème, au sens où l'entendait le noble puritain; sa mort,. du moins, est un des beaux poèmes du siècle»
L^influence de Byron hors d'Angleterre fut instantanée et profonde. Goethe le proclamait le senl et vrai romantique ; dans son second Faust, il le divinisa dans Euphorion, le fils de Faust et d'Hélène, de la pensée moderne et de l'inspiration antique , pré" cipité du ciel où il veut monter, a tandis qu'il s'élance vers la région des orages, vers le tonnerre qui roule sur la mer, dans la vallée, dans la poussière et dans les vagues, dans la foule et dans le tumulte, vers la douleur et la souffrance ». Il a laissé en Allemagne un fils plus grand que lui et de génie plus large : Henri Heine.
En France , il fut accepté et naturalisé presque instantanément; jamais, chez nous, poète étranger n'a été adopté si rapidement. Le moment était propice et le terrain prêt. « Je me souviens, quand j'étais en France, dit un personnage de Shakespeare, les jeunes gens étaient tristes comme la nuit, rien que pour le plaisir de la chose :
I remember, when I was in France, Young gentlemen would be as sad as nighl, Only for wantonness.
King John, IV, i.
C'est trois siècles d'avance, en deux lignes, le premier chapitre de la Confession (Tun enfant du siècle. René avait fravé la voie à Childe Harold.
LORD BYRON lîift
Un fait, — peu flatteur, il est vrai, pour le public parisien de 1821 et aussi peu pour Byron, et qui est peut-être la satire la plus frappante qui ait été jamais faite de la poésie byronnienne, — c*est que le nom du poète dut sa première popularité à un conte fantastique à dormir debout, le Vampire, œuvre d'un charlatan * qui lui fut attribuée : il y avait si près du vrai byronien au faux que le faux excitait autant d'enthousiasme que le vrai. Les traductions de Byron se succédèrent avec rapidité. Lamartine fut hanté toute sa vie par le génie de Byron, dont il est la contre-partie * : il crée un contre-byronisme qui est le retour de Tidéal à la santé ; il le combat et Timite, tantôt consciemment et sans succès ^, tantôt incon-
1. Étant à Genève avec les Shelley, à la suite d'une lecture en commun de contes fantastiques allemands, on décida que chacun à tour de rôle improviserait dans ce genre : Mrs. Shelley imagina un conte fantastique et phUosophique, qui, plus tard, devint son fameux roman de Frankenstein. Byron com* mença une histoire de vampire qu'il n'acheva pas : un docteur Polidori, qui l'accompagnait, moitié ami, moitié bouffon, l'acheva à sa façon et le publia. Le conte fit foreur à Paris, en traduction, en roman et en drame.
2. Une de ses premières méditations est im dithyrambe effrayé à la gloire de Byron :
Toi, dont le monde encore ignore le vrai nom, Esprit mystérieux, mortel, ange, ou démon...
Byron entendit vaguement parler de cette pièce, mais ne la lut jamais. Il écrivit à Moore : « W. asks me if I hâve heard of my lauréat at Paris, somebody who has written a most sanguinary Épitre against me. (!•' juin 1820.)