VIII AVANT-PROPOS
l'an mille, où le déclin devient sensible; mais la chute du khalifat abbasside et la conquête de l'Egypte par les Turcs, qui ont eu de vastes conséquences au point de vue politique, n'en ont pas eu sur la littérature; ce sont d'autres événements, d'autres causes qui ont évincé l'arabe des pays où il régnait en maître, et ont ainsi circonscrit son champ d'action, tandis qu'il pénétrait, par la force d'expansion de la religion dont il est le véhicule, dans des régions qui lui étaient restées fermées jusqu'alors. Il ne faut donc prendre ces divisions que pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire un moyen commode de se représenter en raccourci l'histoire de l'Orient musulman.
L'ouvrage de M. Brockelmann étant le traité le plus récemment paru sur la matière, nous l'avons suivi pour la partie déjà publiée lors de la composition du présent ouvrage et nous lui avons emprunté de bons renseignements; mais la sécheresse de son style ne pouvait convenir à un volume du genre de celui-ci, non plus que la nature technique, réservée aux arabisants seuls, de ses indications; aussi avons-nous toujours recouru aux sources originales, sans trop sacrifier cependant à l'attrait des légendes populaires dont sont remplies les anthologies littéraires, et qui n'ont que peu de rapport avec l'histoire vraisemblable. Depuis lors, M. Brockelmann a donné un résumé de son grand travail dans
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le sixième volume de la série intitulée : Die Lilteraturea des Ostena in Einzeldarstellungen (Leipzig, 1901), qui est fait à un point de vue moins spécial.
Le présent livre ne pouvait se permettre une aussi vaste envergure. Depuis le xvi* siècle, une foule d'illustres orientalistes ont publié le texte ou donné la traduction, jadis en latin, aujourd'hui dans les langues européennes les plus diverses, des principales œuvres sorties de la plume des écrivains arabes. C'est donc à la littérature imprimée, soit en Europe, soit en Orient, que l'on s'est attaché davantage, sans négliger cependant d'indiquer ce qui reste encore en manuscrit quand il est question d'un auteur fort connu. On a dû, de propos délibéré, sacrifier la mention de ces poeix minores, de ces littérateurs de rang infime dont les œuvres sont soigneusement conservées en manuscrit, en attendant qu'un éditeur les publie ou qu'un érudit en quête de proie à dévorer en extraie ce qui vaut la peine d'être dit. On s'est attaché aux grandes lignes, pour donner un tableau du développement des lettres arabes à travers tout le moyen âge jusqu'aux temps modernes, où l'emploi de l'imprimerie et la création d'une presse orientale promettent encore de beaux jours à une langue qui vivra aussi longtemps que la religion musulmane, professée par deux cents millions d'hommes et dont les adeptes s'accroissent tous les jours.
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