‹ Littérature espagnoleChapitre 1 sur 33 · EDMUND GOSSE · texte numérisé non relu

EDMUND GOSSE

AVERTISSEMENT

Depuis sa publication à Londres en 1898, mon Histoire de la Littérature espagnole a eu tous les bonheurs. Traduit en castillan par M. Bonilla y San Martin en 1901, puis en français par M. Davray en 1904, ce livre a été adopté dans plusieurs universités d'Europe et d'Amérique, a trouvé faveur auprès des spécialistes, et a été bien accueilli par le public lettré qui s'intéresse aux choses d'Espagne. La version française, notamment, a eu l'honneur d'être... mise à contribution par au moins un de ceux qui sont venus après moi. L'imitation, même inavouée, étant la forme la plus sincère de la flatterie, je constate le fait sans le commenter.

L'édition française est épuisée, et j'ai dû examiner dans quelle mesure je pourrais utiliser les nombreuses recherches effectuées depuis 1904. J'aurais pu me borner à une série de notes d'atténuation ou de correction, mais ce procédé me semblait déplacé dans le cas présent. Voulant témoigner ma gratitude à mes lecteurs, je me suis résolu à leur offrir

VIII AVERTISSEMENT

quelque chose de plus et de mieux, et, avec l'assentiment des éditeurs, j'ai refait l'ouvrage de fond en «omble. J'ai jugé inutile de déranger M. Davray, et me suis enhardi à devenir mon propre traducteur. Quelques phrases de la version antérieure se trouvent peut-être çà et là dans le nouveau texte, mais elles doivent être en très petit nombre; j'espère que la rédaction, quels qu'en soient les défauts, est claire et simple.

Dans le présent volume, j'ai continué à suivre l'ordre chronologique, et m'y suis tenu plus strictement. Le premier chapitre a été entièrement remanié; la Crónica rimada est mentionnée maintenant près des romances, et les romances eux-mêmes ont été étudiés plus longuement qu'autrefois. Divers auteurs non mentionnés jusqu'à présent sont cités dans les pages suivantes; pour tout écrivain et toute œuvre d'une réelle importance, je suis entré un peu plus dans le détail; les investigations récentes sur la biographie de Cervantes, de Lope de Vega, de Tirso de Molina et de Calderón m'ont permis d'écrire à nouveau les esquisses biographiques de ces quatre génies; une plus large place a été accordée à l'histoire du théâtre, et j'ai estimé qu'un genre aussi caractéristique que le género chico ne devait pas être plus longtemps passé sous silence. Comme dans la première édition, je n'ai pas manqué de signaler les rapprochements que nous a révélés l'histoire des littératures comparées . En somme, la refonte est telle que je n'hésite pas à dire que le présent volume est un ouvrage nouveau.

AVERTISSEMENT

L'orientation actuelle de la littérature en Espagne ne devait pas être passée sous silence. Depuis la première apparition de mon livre, le personnel des littérateurs espagnols s'est complètement renouvelé. Campoamor, Juan Valera, Núñez de Arce, Pereda, Menéndez y Pelayo sont morts. MM. Rubén Darío, Yillaespesa, Juan R. Jiménez, Antonio Machado, Marquina, Martínez Ruiz, Valle-Inclán, Trigo, Baroja et Ricardo León, dont les œuvres n'étaient que des promesses, ou qui même, en 1898, étaient des inconnus en littérature, ont maintenant célébrité ou réputation, et il n'est que juste de les faire entrer dans le cadre élargi de cette refonte.

Si un manuel d'histoire littéraire contient une proportion excessive d'erreurs, il peut faire plus de mal que de bien. Je n'ose me flatter d'avoir atteint mon but, mais tant pour la période moderne que pour la période classique, je me suis efforcé de parvenir à l'exactitude : on remarquera partout des corrections, des modifications de détail, des rectifications de jugement, voire des changements de point de vue.

J'ai renoncé à accentuer tous les noms et tous les titres selon les règles promulguées il y a quelque trente ans par l'Académie Espagnole. Je m'y étais conformé dans le but d'obtenir ainsi une certaine uniformité : j'ai nettement changé d'avis. Il n'y a pas de raison pour accentuer à la moderne les noms et les œuvres de ceux qui vécurent avant l'invention du système académique, et je me suis résolu à écrire les uns et les autres comme on les écrivait à l'époque.

En mettant au courant les notes bibliographiques,

AVERTISSEMENT

j'ai dû constater que celles-ci prenaient une telle étendue qu'il fallait renoncer à les annexer au texte, comme précédemment, sous forme d'appendice. Une bibliographie devenant de plus en plus indispensable à tous ceux qui s'intéressent sérieusement aux études hispaniques, il n'était pas possible de la supprimer, et l'écourter eût été lui enlever une grande partie de son utilité. En conséquence, je me suis décidé à imprimer les notes bibliographiques dans une plaquette complémentaire qui paraît en même temps que le présent volume.

Je ne saurais terminer ces quelques lignes sans rappeler ce queje dois à mes critiques : ces collaborateurs involontaires m'ont rendu de vrais services en me suggérant des améliorations dont mes lecteurs vont bénéficier. De vifs remerciements sont dus, cette fois encore, à mon ami M. Foulché-Delbosc, qui voulut bien interrompre ses savantes recherches pour me prodiguer une aide et des conseils dont je lui reste profondément reconnaissant.

Il est toujours périlleux de remanier un livre qui a eu quelque succès, mais on fait de tels progrès dans la connaissance de l'histoire littéraire de l'Espagne, qu'un manuel comme celui-ci est à refaire tous les dix ans. Je me plais à souhaiter que ceux qui ont si favorablement accueilli cet ouvrage sous sa forme première, trouvent à cette refonte le même intérêt et une utilité plus grande.

Liverpool, juin 1913.

James Fitzmaurice-Kellv.

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