SCHILLER : LES FEMMES
Sous le modeste abri des ailes maternelles, Elles ont le cœur pur et l'esprit innocent.
L'homme s'avance en sa course ennemie, Dans les débris se frayant un chemin; Avec effort il traverse la vie, Sans prendre haleine en son errant destin. II crée, abat, inconstant et rapide; De ses souhaits rien n'arrête le cours. Toujours tombants comme l'hydre d'AIcide, Toujours tombants et renaissants toujours.
Un plus simple renom contente leur envie : Par elles du moment la Heur seule est cueillie, Leurs mains l'ont cultivée avec des soins d'amour. Plus libres dans le champ d'une étroite influence, Plus riches qu'il ne l'est dans le domaine immense Du savoir ou des vers qu'il poursuit tour à tour.
Son cœur est froid, se suffit à lui-même. Sévère et fier, l'homme ne connaît pas L'amour divin, de volupté suprême.
Entrelaçant l'âme comme les bras.
Il ne fond point en des ruisseaux de larmes, Ne connaît pas l'échange de deux cœurs ; La vie aussi rend, parmi les alarmes.
Plus âpre encor l'âpreté de ses mœurs.
Comme au souffle léger du rapide zéphyre Frémissent mollement les cordes de la lyre, La femme ainsi s'émeut de l'image du mal; A l'aspect des douleurs tendrement oppressée^ Son sein aimant se gonfle; une douce rosée Brille sur sa paupière en gouttes de cristal.
Le droit du fort dans l'empire de l'homme Domine seul et fait toutes les lois.
Un fer sanglant est l'argument de Rome, Et l'univers a les Romains pour rois.
Comme les vents déchaînés par l'orage, Les passions se livrent mille assauts; Et la discorde, odieuse et sauvage, Tonne et fait fuir le charme et le repos.
Mais le sceptre des mœurs est tenu par les femmes , Priant, et leur prière a pouvoir sur les âmes ; Des farouches discords elle interrompt le cours ; Et leur voix, apprenant aux forces ennemies Sous la grâce amiable à marcher réunies, Rapproche incessamment ce qui se fuit toujours.