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dit de toutes parts, et les habitants de tous les territoires se jetèrent dans leurs canots d’écorce, pour s'en aller ailleurs chercher un refuge, Mais un vent impétueux les précipita dans l’abime, à la réserve de quelques hommes et de quelques femmes qui étaient restés vertueux, et ceux-ci atteignirent une contrée où ils trouvaient une chasse facile et une pèche abondante. »
Le soleil n’a-t-il pas, l'an dernier, pleuré de douleur en voyant l'effet de nos révolutions ? Ses larmes n'ont pas produit un nouveau déluge, mais les pluies désolantes dont les météorologues n’ont pu s’expliquer la continuité.
« Dans la vie, dit M. de Saint-Maurice, je ne connais rien de plus attrayant que le voyage », et un matin, son goût pour les voyages, son attachement pour tout : > qui tient à la France, l’entrainait au Mexique.
C'élait à l’époque où nous poursuivions cette entreprise si grandiose, hélas! et si désastreuse, Elle était conçue avec une honnète et vaste pensée, Elle a été glorifiée par des actes de bravoure prodigieux. Si elle avait réussi, les peuples des deux hémisphères auraient été émerveillés de ses résultats. C'était la régénération de l'empire des Aztèques, livré depuis près d'un siècle au brigandage et à l'anarchie. C'était la régénération graduelle de toutes ces républiques de l'Amérique du sud et de l'Amérique centrale, qui tombent de révolution en révolution. C'était l’ascendant de la race latine reconstitué
dans ces régions dont la race anglo-saxonne prétend s'emparer, C'était, au point de vue de nos intérôts matériels,un monde heureux de subir notre influence et de s'allier à nous par des traités de commerce, Et toutes ces belles perspectives anéanties par quelques fautes que nous avons commises, par l'astuce de l'Indien Juarez, par l'insatiable ambition des États-Unis! Quelle fatalité !
M. de Saint-Maurice, qui a le sang francais dans les veines, est attiré par nos clairons, et désire combattre sous nos drapeaux.
Après un examen auquel préside un général de division assisté de deux généraux de brigade, il est attaché à un régiment d'artillerie, avec le titre de Capitaine d'état-major, et le voilà qui entre bravement en campagne, si bravement qu'après deux funestes rencontres bientôt il n'v peut tenir. Au siège d'Oajaca, il est blessé ; au col de la Argostura, dans un intrépide combat, de nouveau blessé, cette fois si grièvement, et ensuite si malade, qu'il doit se résoudre à quitter les champs de bataille, Il retourne dans son pays, ayant eu l'honneur d'être, pour son courage, décoré de la main de l'empereur Maximilien.
Ce magnanime empereur, ie descendant des Habsbourg, condamné à mort par un Juarez! O honte! à infâme journée de Queretaro !
Dans sa retraite, M. de Saint-Maurice recucille ses notes, écrit son livre, heureux de se souvenir, heureux de revoir par la pensée les diverses zones du
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Mexique, les grands paysages et les grands monuments, heureux surtout de raconter les actions d’'éclat de nos soldats, et sa vie dans nos bivouacs et ses relations affectueuses avec nos offiviers.
Nous devons aimer ce livre et le mettre à un bon rang dans la bibliothèque canadienne.
En voici un autre, d'un caractère tout différent, qui doit avoir aussi son succès, C'est l'œuvre récente d'un des doyens de la littérature de son pays, M. P, Chauveau.
Je me rappelle le temps où il écrivait ses premiers vers, les douces heures que j'ai passées avec lui et quelques-uns de ses amis à Québec. je n'étais alors, comme je suis à présent, qu'un obscur voyageur dans la vie de ce monde. Mais je venais de la France, et au nom de la France on m'accueillait avec un sentiment de confraternité. Quels aimables guides sur ces magnifiques rives du Saint-Laurent, « ces terrains sauvages », dit le savant Voltaire t! Quelles poétiques excursions aux environs de la cité des Champlain, à l'île d'Orléans, à la cascade de Montmorency, au village de Lorette! Le soir, nous nous réunissions dans une maison hospitalière, et l'on ne parlait ni des ambitions républicaines, ni des ingénieuses découvertes du darwinisme, mais des beaux lieux que nous avions vus dans la journée, de leur poésie et de leur histoire, A la fin de la soirée, quel-
A. Siècle de Louis XV,
quelois la jeune fille de la maison nous chantait un chant populaire du pays, pas une Marseilluise, oh ! non, mais La claire fontaine,
C'était un bon temps.
M. Chauveau attirait alors l'attention par ses poésies, et par son Charles Guérin, un roman de la vie réelle, simple, honnète et touchant. I mérite d'être mis à côté du Défricheur de M. Gérin, qui n'a pas été assez loué,
Plus tard, M. Chauveau est entré dans la vie politique. 11 est devenu député, puis il a été nommé ministre de l'Instruction publique.
C'est avec l'expérience acquise dans ces hautes fonctions qu'il publie son nouveau livre intitulé l'instruction publique au Canada, Cet ouvrage a été très apprécié en Allemagne et en Angleterre. I doit plus particulièrement intéresser la France. Mais je crains que plus d'une de ses pages ne paraisse fort déplaisante à ces hautes intelligences qui si activement travaillent à reconstituer, selon les principes les plus salutaires, notre vieux système d'éducation, Hélas ! hélas! Les descendants de nos monarchiques colons subissent encore l'effet de leur origine, La lumière des temps modernes ne les a point suffisamment éclairés, J'essayerais en vain de dissimuler leurs erreurs ; mieux vaut franchement les reconnaitre.
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âge, il n'y avait pas d'autres lumières intellectuelles que celles des cloîtres et des presbytéres, « L'Église, a ditun célébre orateur, enseignait tout ce qu'elle savait, et personne alors n'en savait davantage. »
Les prôtres et les religieux ont été les premiers instituteurs de l'Europe, Les prêtres et les religieux ont établi, aux xvit et xvie siècles, les premières éCOles de notre colonie dans le pays des Hurons, des Algonquins, des Abenakis.
En 1615, un récollet, installé aux Trois-Rivicres, réunissait autour de lui des enfants d'Indiens pour leur apprendre à lire et à écrire.
En 1632, un jésuite (ces terribles jésuites), le père Lejeune, disait : «Je suis devenu régent au Canada, j'uvais l'autre jour un petit sauvage d'un côté et un petit Maure de l'autre, à qui je fais épeler l'abécédaire. »
En 1637, un jésuite construit le collège de Québec,
A la même époque, une religieuse, sœur Marguerite Bourgeois, s'en va à Montréal fonder une institution pour les jeunes filles, et, en attendant un local meilleur, donne ses lecons dans une étable.
Les Européens, les gens bien avisés, ont reconnu que depuis longtemps la tâche du clergé est finie ct qu'il faut au plus vite lui enlever toute participation à l'enseignement public.
L'innocent peuple canadien n'a pas encore admis cette lumineuse idée : son respect et sa confiance en-
vers les prêtres n’ont pas subi la moindre atteinte, ct
il ne songe nuilement à supprimer ses institution religieuses ; au contraire, il leur donne plus d'extension,
De l'humble fondation de Marguerite Bourgeois est sortie une apostolique confrérie repandue maintenant à travers une grande partie de l'Amérique ; des classes élémentaires des villages et des hameaux est sorli un essaim de fervents instituteurs, et du collège de Québec, une complèle université qui a ses laboratoires, ses bibliothèques, et confére des grades de bachelier, de licencié, de docteur.
Aux divers ordres de religieux et de religieuses installés primitivement dans le Canada sont venues S'adjoindre des corporations de frères de la doctrine chrétienne et de sœurs de charité, qui ont ouvert, de côté et d'autre, de nouveaux établissemi nts.
Les membres de ces Corporalions ainsi que les prètres catholiques et les prêtres protestants sont affranchis de l'examen que doivent subir les élèves des écoles normales qui se destinent à l'enseignement,
Les prôtres sont, ainsi que les membres du parlementetles magistrats, visiteurs d'office des maisons d'éducation, et lea évêques sont de droit membres du conseil supérieur de l'instruction publique.
Le pauvre Canada est, comme on le voit, très entaché de cléricalisme, Mais dans ce clérical pays, la majorité n outrage point les doctrines de la mino-
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Les protestants ont leur université, leurs écoles, leurs commissions et leurs inspections spéciales, Un des secrétaires du conseil supérieur de l'instruction publique est catholique; l'autre est protestant.
Dans ce pays citricul, les familles catholiques et les familles protestantes payent un impôt scolaire pour leurs enfants de sept à quatorze ans, et s’il leur convient de ne pas envoyer leurs enfants à l’école, nulle loi ne comprime le libre exercice de leur volonté,
Pour les enfants indigents, l'enseignement est tout à fait gratuit,
Dans ce pays clérical, il y a des universités, des gymnases, des écoles professionnelles, des écoles normales, des écoles primaires; plus d'écoles et d’élèves, selon la population, qu'il n'y en a dans les contrées de l'Europe les plus notables pour le développement de l'instruction publique,
M. Chauveau le démontre par une statistique dont j'extrais les chiffres suivants :
Dans la province de Québec, une école par 295 habitants, un élève par 6 habitants, En France, grâce aux frères de la doctrine chrétienne, et aux sœurs de Saint-Vincent de-Paul, nous comptons un élève par 9 habitants, ane école par 536; en Angleterre, un élève par 13 habitants, une école par 2670.
Dans la province de Québec, la langue de la population catholique, de ses universités, de ses gymnases,
de ses écoles professionnelles et de ses milliers d'écoles primaires est la langue francaise, la claire et noble langue de nos temps classiques, qui n'a pas
encore êlé corrompue sur les rives du Saint-Laurent par les néologismes des bords de la Seine.
Si l'une de nos fréquentes révolutions obligeait encore nos braves gens à émigrer, c'est sur la terre du Canada qu'ils devraient chercher un refuge. Là, ils n'auraient pas la douleur d'apprendre comme il est dur à monter, l'escalier d'autrui, et comme il est amer, le pain de l'étranger. Là, ils retrouveraient leur langue, leur religion, leur vicille France.
XAvIER MaRMIER,
de l'Académie francaise
nn , Sceaux, — Imp. Charaire et fils.
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