‹ Littérature française: deuxième annéChapitre 106 sur 153 · MON HABIT · texte numérisé non relu

MON HABIT

Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aîmel

Ensemble nous devenons vieux:

Depuis dix ans je te brosse moi-même,

Et Socrate n*eût pas fait mieux.

Quand le sort à ta mince étoffe

Livrerait de nouveaux combats, Imite-moi, résiste en philosophe :

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Je me souviens, car j*ai bonne mémoire.

Du premier jour où je te mis.

C'était ma fête, et, pour comble de gloire,

Tu fus chanté par mes amis.

Ton indigence, qui m'honore,

Ne m'a point banni de leurs bras.

Tous ils sont prêts à nous fêter encore;

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

T'ai-je imprégné des flots de musc et d'ambre

Qu'un fat exhale en se mirant ?

M'a-t-on jamais vu dans une antichambre

T'exposer au mépris d'un grand ?

Pour des rubans la France entière

Fut en proie à de longs débats; La fleur des champs brille à ta boutonnière:

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

^34 UTTÊBATURE FRANÇAISE.

Ne crains plus tant ces jours de courses vaines

Où notre destin fut pareil ; Ces jours mêlés de plaisirs et de peines.

Mêlés de pluie et de soleil.

Je dois bientôt, il me le semble,

Mettre pour jamais habit bas.

Attends un peu; nous finirons ensemble:

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

LAMARTINE

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