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LE DEVOIR AVANT TOUT

A quoi bon s'acharner à voir au fond des choses ? Dans l'ombre qui s'allonge à quoi bon vainement

Chercher à débrouiller les effets et les causes ? Toute fin est mystère, et tout commencement.

Nul homme n'a besoin pour faire son ouvrage D'étreindre l'inconnu d'un désir effréné, Et le bonheur n'est pas dans le fuyant mirage Par lequel loin des cieux l'esprit est entraîné.

Il n'est pas dans le bruit ni les vaines disputes Que font autour de nous de myopes savants; L'orgueil de la science a de si tristes chutes. Qu'il peut faire envier l'humble foi des enfants.

C'est l'amère grandeur de notre destinée D'aspirer au delà d'un étroit horizon:

L'instinct de l'infini dans notre âme bornée Se heurte constamment aux murs de sa prison.

Heureux qui le comprend, et sans fiel ni blasphème Se plie et se soumet à la suprême loi.

Simplement de la vie acceptant le problème Et faisant son devoir sans demander pourquoi.

Laissez comme l'éclat d'une mourante étoile D'un passé trop lointain la lumière pâlir.

Et n'allez pas chercher à soulever le voile Qui dérobe à nos yeux les dons de l'avenir.

Pour trouver le devoir notre vue imparfaite Suffît: il est ici, tout près de vous, partout. Ne cherchez rien de plus, et, l'œuvre du jour faite. Dites demain encor: Le devoir avant tout !

OSSA LOQUENTIA.

Voyez ce crâne nu. C'était jadis la tête

D'un homme beau peut-être, aimé^ bon, généreux*

Un merveilleux organe, un cerveau de poète En a peut-être un jour rempli le globe creux. La pensée y régnait sur un trône sublime, L'esprit prenait de là son essor indompté; Crainte, amour, joie, espoir, tout ce qui nous anime S'y remuait sans doute, et rien n'en est resté.

Rien ? Ah ! défiez-vous d'une vaine apparence ! Ce blanc débris n'est pas l'épave du néant; Il passe sous cette arche un rayon d'espérance Où les yeux n'ont laissé qu'un trou vide et béant. Si dans leur temps ces yeux, comme une douce aurore. Ont brillé pour autrui du feu des saints amours. S'ils reflétaient le ciel, ils brilleront encore Lorsque tous les soleils auront fini leur cours.

De cette cavité procédait la parole.

La langue exerçait là son magique pouvoir.

Vraip ou perfide, impie ou pieuse, ah ! quel rôle

Elle joue ici-bas, souvent sans le savoir !

Si l'honneur du prochain était sacré pour elle,

A sa voix si le mal, l'erreur et le courroux

Sont restés étrangers, sa voix est immortelle.

Et Dieu l'écoute encor plaider, prier pour nous.

Ces doigts jadis actifs ont-ils fouillé la terre. Ou recueilli les biens par d'autres exhumés? Qu'importe ? Les trésors enviés du vulgaire En joyaux éternels ne sont pas transformés.

Ce sont les pleurs que sèche une main bienveillante; C'est le bien qu'elle fait dans l'ombre, à tous moments. Qu'on retrouve à la mort, couronne étincelante Où le bien devient or, et les pleurs diamants.

Ces pieds en mainte place ont laissé leur empreinte : A quelle fin ? Pourquoi tant d'efforts ici-bas ? Ah ! voyez, s'il se peut, au vaste labyrinthe, Quels sentiers ont gardé les traces de leurs pas ? Au chemin de l'honneur s'ils ont été fidèles. Si le devoir n'eut point de sommets non gravis. Ils ont atteint au but des carrières mortelles, Et mérité l'entrée aux célestes parvis.

386 UTTÊRATURE FRANÇAISE.

VASE d'Élection,

Sans l'instinct qui brise ou matile Si tu passes, en ton chemin.

L'oiseau, l'insecte, le reptile, La rose qui s'offre à ta main;

Si ton discours ne fait entendre Nul son faux; méchant ou moqueur; Si le danger peut te surprendre Sans arme, mais jamais sans cœur;

Volontiers, sans morgue ni honte.

Si tu vas a l'humble foyer; Si devant ceux dont l'astre monte Tu te tiens droit, fier, homme entier;

Si dans l'hôtel, dans la masure.

En public ou bien sans témoins.

Tu donnes l'exacte mesure De toi-même, ni plus ni moins;

Salut ! Ta tête, blanche ou blonde» M'est sacrée, et je voudrais bien T'avoir pour ami dans ce monde Et mériter d'être le tien.

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