‹ Littérature française: deuxième annéChapitre 88 sur 153 · MADAME TASTU · texte numérisé non relu

MADAME TASTU

auteur de deux recueils de Poésies qui eurent beaucoup de succès, de plusieurs ouvrages, d'éducation, et d'un Eloge de Mme. de Sévigné couronné par l'Académie française et duquel M. Villemain a dit dans son rapport sur les lauréats de cette année : " La femme,

qui fut un grand écrivain sans écrire autre chose que des lettres à sa fille, méritait d'être louée de nos jours par une autre femme qui, dans des poésies célèbres, a donné tant de charmes à l'expression des sentiments de famille, et n'a jamais séparé l'imagination de la vertu."

MADAME A€KEBMANN (1813-1890),

femme d'une érudition rare, bien connue par des Contes, des Elégies et des Poésies philosophiques, où se révèlent un esprit à la fois gracieux et sérieux, un talent original et une audace de pensée empreinte d'une tristesse, qui va jusqu'au pessimisme dans l'appréciation des désillusions et des épreuves de l'existence.

CHATEAUBRIAND

BEAU CÔTÉ DE l'hISTOIRE MODERNE.

L'établissement des Francs dans les Gaules, Charlemagne, les croisades, la chevalerie, une bataille de Bouvines, un combat de Lépante, un.Conradin à Naples, un Henri IV en France, un Charles I**" en Angleterre, sont au moins des époques mémorables, des mœurs singulières, des événements fameux, des catastrophes tragiques. Mais la grande vue à saisir pour rhistorien moderne, c'est le changement que le christianisme a opéré dans Tordre social. En donnant de nouvelles bases à la morale, l'Evangile a modifié le caractère des nations, et créé en Europe des hommes tout différents des anciens par les opinions, les gouvernements, les coutumes, les usages, les sciences et les arts.

Et que de traits caractéristiques n'offrent point ces nations nouvelles ! Ici, ce sont les Germains, peuples où la corruption des grands n'a jamais influé sur les petits, où l'indifférence des premiers pour la patrie n'empêche point les seconds de l'aimer; peuples où l'esprit de révolte et de fidélité, d'esclavage et d'indépendance, ne s'est jamais démenti depuis les jours de Tacite.

Là, ce sont ces Bataves qui ont de l'esprit par bon sens, du génie par industrie, des vertus par froideur, et des passions par raison.

L'Italie aux cent princes et aux magnifiques souvenirs, contraste avec la Suisse obscure et républicaine.

L'Espagne, séparée des autres nations, présente encore à rhistorien un caractère plus original : Tespèce de stagnation de mœurs dans laquelle elle repose lui sera peut-être utile un jour ; et, lorsque les peuples européens seront usés par la corruption, elle seule pourra reparaître avec éclat sur la scène du monde, parce que le fond des mœurs subsiste chez elle.

Mélange du sang allemand et du sang français, le peuple anglais décèle de toutes parts sa double origine. Son gouvernement formé de royauté et d'aristocratie, sa religion moins pompeuse que la catholique, et plus brillante que la luthérienne, son militaire à la fois lourd et actif, sa littérature et ses arts, chez lui enfin le langage, les traits même, et jusqu'aux formes du corps, tout participe des deux sources dont il découle. Il réunit à la simplicité, au calme, au bon sens, à la lenteur germanique, l'éclat, l'emportement et la vivacité de Tesprit français.

Les Anglais ont l'esprit public, et nous l'honneur national ; nos belles qualités sont plutôt des dons de la faveur divine que des fruits d'une éducation politique: comme les demi-dieux, nous tenons moins de la terre que du ciel.

Fils aînés de l'antiquité, les Français, Romains par le génie, sont Grecs par le caractère. Inquiets et volages dans le bonheur, constants et invincibles dans l'adversité ; formés pour les arts, civilisés jusqu'à l'excès, durant le calme de l'Etat ; grossiers et sauvages dans les troubles politiques, flottants comme des vaisseaux sans lest au gré des passions ; à présent dans les cieux, l'instant d'après dans les abîmes ; enthousiastes et du bien et du mal, faisant le premier sans en exiger de reconnaissance, et le second sans en sentir de remords ; ne se souvenant ni de leurs crimes ni de leurs vertus ; amants pusillanimes de la vie pendant la paix, prodigues de leurs jours dans les batailles ; vains, railleurs, ambitieux, à la fois routiniers et novateurs, méprisant tout ce qui n'est pas eux ; individuellement les plus aimables des hommes,

en corps les plus désagréables de tous ; charmants dans leur propre pays, insupportables chez l'étranger; tour à tour plus doux, plus innocents que l'agneau, et plus impitoyables, plus féroces que le tigre: tels furent les Athéniens d'autrefois, et tels sont les Français d'aujourd'hui. {Génie du Christianisme^

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