LES ROCHES DE SAINT-MARTIN
Haute-Loire
Au milieu de la crête de Saint-Quentin et de Malavas, il y a trois roches à bassins, dites roches de Saint-Martin; elles sont groupées à peu près en triangle. À leur face supérieure existent des cavités assez régulières taillées de main d'homme.
Si l’on interroge les paysans.les uns répondent que leurs ancêtres, au temps où ils étaient sauvages, cuisinaient dans ces vases. D’autres racontent que saint Martin,patron de Rosières, vint un jour visiter le sommet dela montagne. L'enceinte des trois pierres fut le lieu de son ermitage; la longue anfractuosité et les cavités de la plus grande ne sont autres que sa vaisselle, c’est-à-dire la crémaillère, le chaudron, la marmite, la casserole et l’écuelle.
Persécuté par le démon, le saint gravit avec son chien la seconde pointe du rocher, et y
laissant des empreintes de ses pieds, franchit d’un saut un immense espace. Le lieu de Chaudette qu'il atteignit au bas du mont Tchouvin et près des caves des Sarrasins, a gardé sur un rocher deux marques profondes, l'une du pied de son cheval, l'autre de la patte du chien, et en témoignage de dévotion, on y porte les enfants infirmes en bas âge.
De là, le saint,poursuivi encore par son opiniâtre ennemi, franchit d’un autre saut une deuxième partie très vaste de la vallée et parvint à Rosières où, après avoir expulsé les lutins des villages voisins, il mourut en paix.
(AYMARD, Sur les roches à bassin de la Haute- Loire. Ann. de la Soc. d'A. du Puy, 1861, p. 341.)
Sur les limites de la commune de Saint- Just-Malmont à Rambert, est un rocher où l’on voit des trous. La dévotion y conduit de nombreux pèlerins qui la nomment la pierre de saint Martin. Mais ce n’est qu'après le coucher ou avant le lever du soleil que l'invocation produit d’heureux résultats. C'est en vain que les curés ont voulu détruire cette
superstition. (AymARD, d’après un document de 1807.)
ST
Les empreintes attribuées à saint Martin sont extrêmement nombreuses ; on en retrouve plusieurs en Eure-et-Loir (Revue des Traditions populaires, t. IV, p. 214 sqq.; t. V, p. 157; dans la Somme (sbrd., t. VI, p. 55); quant à celles du centre de ta France, elles sont en trop grand nombre pour les énumérer ici. Le saut de saint Martin a, en Haute-Bretagne,un parallèle assez exact, c'est le saut de saint Valay. (Paul Sébillot, Petite Légende dorée, p. 43); dans l'Hérault, celui de saint Guilhem (Revue des Langues romanes, t. V, p. 202); dans la région des Pyrénées celui de saint Aventin près de Luchon, où le saint fut soutenu par les anges. (Joanne, Pyrénées, p. 230.)