LA BORNE DÉPLACÉE
Il était une fois une famille qui avait perdu son chef, et tous les soirs on entendait dans le grenier et aux alentours un bruit de chaînes. Les enfants allèrent consulter le curé qui leur dit que c'était une âmeen peine, et qu'il fallait, la nuit suivante, se mettre en prières. Comme ils étaient à prier, ils virent paraître leur père tout enchaîné : il leur montra la porte et sortit : les gens le suivirent, et il les conduisit jusqu’à une vigne qui leur avait appartenu :
il alla se placer vers une borne, puis il disparut, et soudain ils le revirent à un autre endroit. Ils comprirent que la borne avait été déplacée par leur père, et qu'il leur montrait le lieu où il fallait la remettre. Quand ils l'eurent fait, ils n’entendirent et ne virent plus rien.
(Conté au « Dîner Celtique » par le D" Paulin.)
Cette légende a une forme assez particulière, que je n'ai retrouvée jusqu'ici que dans cette version; le plus habituellement le thème se développe plutôt comme dans le récit qui suit, recueilli dans le Livradois (Puy-de-Dôme.)
Quelle est cette voix lugubre, quels sont ces cris lamentables que, depuis le commencement de décembre jusqu'au mois de mars inclusivement, on a entendus plus d’une fois durant nos longues nuits d’hiver, et qui se mêlent aux rafales du vent, aux bruits des cloches sonnant pour les marris'. Vouon la plantarei?
Où la planterai-je ? C’est un malheureux trépassé (qui traîne ses peines. » De son vivant il déplaça une borne (boula), et il est condamné indéfiniment à venir chaque nuit noire et neigeuse chercher, sans pouvoir jamais le retrouver, le lieu où il a arraché cette borne, lourde pierre qu'il porte sur ses épaules.
Il passe et repasse haletant près du lieu où il viola la propriété d’autrui sans le re-