‹ Littérature orale de la Haute-BretagneChapitre 32 sur 99 · LES DEUX FIANCÉS · texte numérisé non relu

LES DEUX FIANCÉS

N garçon et une jeune fille qui se faisaient la cour depuis longtemps avaient promis de se marier ensemble, et de s'être fidèles même après leur mort.

Quelque temps après cette promesse, le jeune homme, qui était marin, partit en voyage, et il mourut sans que sa bonne amie fût informée de sa mort.

Un soir, il sortit de sa tombe, prit dans Técurie des parents de la jeune fille une jument blanche, et monta dessus pour aller la nuit chercher sa fiancée, qui était dans une ferme à quelque distance de là.

Le mort arriva à la porte de la maison et y frappa :

— Qui est là?

— C'est un jeune homme qui est venu chercher la fille d'ici de la part de ses parents.

— Ah I dit la fille qui reconnut la voix, c'est maman qui l'envoie.

— Oui, répondit le mort, ce sera demain nos fiançailles.

Elle monta en croupe derrière lui sur la jument, et ils partirent.

Pendant la route, le jeune homme lui disait :

— La lune t*éclaire; la mort t*accompagne; n*as-tu pas peur?

— Non, dit-elle, je n'ai pas peur avec toi.

Il se plaignit d'avoir mal à la tête.

— Noue, dit-elfe, tôïi mouchoir autour de ton front.

Il répondit qu'il n'en avait pas, et la jeune fille lui prêta le sien qu'il s'attacha autour de la tête.

Ils arrivèrent à la porte de la maison de la fille, qui descendit de cheval et frappa pour se faire ouvrir.

— Qui est là ?

**- C'est moi, votre fille, que vous avez envoyé chercher.

— Et par qui ?

— Paf mon futur époux. Je suis montée en croupe derrière lui ; pendant la route, il m*a dit qu'il n'avait pas de mouchoir de poche, et je lui ai prêté le mien. II est, j'en suis sûre, dans l'écurie à ôter la bride à notre jument blanche.

Ils allèrent dans l'écurie et ne trouvèrent point le fiancé ; mais la jument était baignée de sueur.

EN HAUTB-BRETAGNB I99

Qjiand la fille vit que son amant avait disparu, «lie comprit qu'il était mort, et elle mourut aussi ^ elle.

On déterra le corps de son fiancé pour les enterrer ensemble, et il avait sur la tête le mouchoir blanc que lui avait donné la jeune fille.

(Conté en 1879 par J. M. Plueif de Saint-Cast.)

Cf. sur le mythe du fiancé qui revient, outre la célèbre ballade de Lénore, la Souris de terre et le Corbeau gris, de Soovestre.

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