I2S SORTS
E berger d'un village ne peut conduire son troupeau sur les tenes du village voisin :
c'est la coutume de Picardie. Le berger de Senlis l'oublia un jour, et conduisit ses moutons sur le terroir d'Englebelmer (i). Mais le soir venu, lorsqu'il voulut retourner à Senlis avec son troupeau, aucun des animaux ne voulut le suivre ; il eut beau les frapper à coups de bâton, crier, jurer, « aherdre » les chiens, rien n'y fit, et, ce qui lui parut le plus extraordinaire, ce fut de voir ses chiens rester tête basse, la queue entre
(i) Englebelraer; Senlis, vilUges sitaés près d*Albert.
les jambes, se refuser de mordre les moutons. Pour cette nuit, le berger dut rester dans les champs avec les brebis. Le lendemain matin, il en fut de même que la veille; des laboureurs vinrent sans succès pour l'aider à* faire sortir les animaux ; on ne pouvait les faire avancer d'un pas. Le berger pensa alors que son confrère d'Englebelmer pouvait bien être la cause de tout ceci ; un des paysans alla le trouver et lui demanda de retirer le sort qu'il avait jeté sur les moutons.
— « Je le veux bien pour cette fois ; mais dites bien au berger de Senlis de ne plus s'aviser de recommencer. Il n'en sortirait pas à si bon compte qu'aujourd'hui. »
Au même instant, le troupeau suivait le berger sur le terroir de Senlis, et les chiens remplissaient leur office comme à l'habitude.
Le berger d'Englebelmer avait retiré le sort.
{Conté par M. Émîlien Guilhert, d^EngUbelmer [Sommé]).