IV AVANT-PROPOS
un autre conteur repartait de plus belle sur un nou^ veau thème d*histoire. Puis on chantait en chœur, on proposait des énigmes, des devinettes, et le plaisir allait son train*
Les jeunes gens du village arrivaient et demandaient entrée à la vallée. Bs allaient prendre place à côté de la jeune fille quHls courtisaient et prenaient part aux chansons des vieux, Vheure de se retirer étant venue, ils reconduisaient leur « belle, » et n'allaient se coucher qu'après avoir joué toutes sortes de tours à ceux qui n'étaient pas de la veillée.
Le jeudi, c'était autre chose. Les gars amenaient le ménétrier ; les vieilles femmes se rangeaient le long des murs, les vieillards se plaçaient devant le feu ; le ménétrier montait sur un bahut et la danse commençait. Le « cotillon, »la« branle, » le « rigodon, » alternaient avec les quadrilles du bon vieux temps. Et quand les danseurs étaient fatigués, on « attisait » le feu ; une grande casserole était bientôt remplie de cidre ou de vieux poiré, de sucre et d'eau-de-vie, et, quand le «flippe » était bien chaud, les grandes tasses remplies du liquide fumant circulaient à la ronde ; les danses recommençaient de plus belle fort avant dans la nuit.
Mais, au moment du Carnaval, il arrivait sou-
AVANT^PEOPOS
ximt aux jeunes gens de se livrer à des scènes hkn différentes, d'entrer dans les «r veilloirs, » de souffler les lampes à bec, de briser les chaises et les rouets des fileuses, et de chasser à coups de bdton les vgUUurs et ks veilleuses. Ou bien encore on apportait des ca/davres de chiens, de chats, voire même de chèvres ou de moutons, et Von jetait tes eharognes dans le cercle des veilleurs I
Le Carnaval acheut, les veiUies duraient encore quelque temps avec leur caractère habituel, pour se terminer aux environs de Pâques»
Cette ancienne coutume de se réunir le soir aux veillées^ pendant la mauvaise saison, a disparu avec les causes qui l* avaient produite, L aisance générale a augmenté avec les progrès de l'agriculture; puis l'ith dustrie est venue apporter une occupation aux paysans que ne retiennent plus les travaux des champs; des usines, des manufactures se sont établies partout; le salaire augmentant pendant que l'instruction populaire se généralisait, une sorte d'évolution a donné naissance à une vie nouvelle toute différente, Uinté^ rieur, le chei soi a pris la place des longues réunions.