‹ --Littérature--Chapitre 42 sur 65 · A LA MÊME K GLOIBE A J^SUS, AU TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

A LA MÊME K GLOIBE A J^SUS, AU TRÈS-SAINT SACREMENT

f4 octobre 1656.

Ma trèsh:hère soeur.

Je ne doute point que la joye de mon frère a*ait surmonté sa paresse, et qu'il ne m'ait prévenue en vous mandant la conclusion du miracle dont je ne puis vous niander aucune circonstance, sinon qu'il y a huit ou dix j(nirs que la petite fut vue juiidiquement par des chirur- ;<iens d'office, en présence de M. l'official ^, à cause de ((uoi on la lit sortir avec sa sœur en habit du monde, et rjue, hier ou aujourd'hui, il a prononcé la sentence, je no scai si cela s'appelle d'approbation ou de vérification du miracle; de sorte que nous chanterons vendredi. Dieu .'lidant, un Te Deum solemnel avec une messe d'action de «grâces. La petite sera dans l'église du dehors avec un cierge allumé ; et ainsi nous nous efforcerons de faire paroître une partie de la reconnoissance que Dieu nous met au cœur pour un si grand prodige, dont l'action de grâces se trouve heureusement unie pour nous à celle que nous rendons à Dieu tous les ans de celle qu'il nous a faite, en nous associant à l'institut du Saint-Sacrement, dont on reçut céans l'habit le 24 octobre en 46 ou 47 ; et depuis

' Rec. de M. Périer, p. U7. Le Recueil d^Ulrecht donne un fragment de cette leUre, p. 289.

' M. de Hodencq, curé et archiprôlre de Saint-Séverin.

394 JACQUEI^INE PASCAL.

c6 iemps on en a fait une mémoire solemnelle tous les m au jeudy plus proche du 24 de ce mois. Il me semble que ce mélange delà sainte Eucharistie avec un des instrumens de la Passion et des actions de grâces à quoi l'un et Tautrc nous obligent, nous représentent de grandes choses. Il n'appartient qu'à Dieu d'agir en Dieu en tirant les plus grands biens des plus grands maux, et la plus grande jo)> de la croix la plus sensible. Prions-le qu'il nous fasse Li grâce de nous laisser conduire en aveugles à un guide assuré. Tout le monde murmure contre M. Périer de s'en être allé dans le temps qu'il falloit venir. Chacun dit qu'il éloil bien hâté, et que cela seroit le mieux du monde s'il étoit présent à la cérémonie. Mais la mère Agnès n'est pas de ce sentiment ; elle dit que cela est bien mieux ainsi, etquei Dieu veut montrer que comme il a guéri sa fille sansluj il n'a que faire de lui pour en publier le miracle. Voilà cij qu'il a gagné à n'avoir pas six jours de patience ; et outn^ cela, il a perdu l'exercice de sa charge de vérificateur M miracles, qui lui en eût donné, à ce que l'on dit, plu^ que jamais, parce qu'il s'en fait très-souvent. Je n'en sç^H plus à présent qu'il n'est pas icy, sinon un qui arriri vers la Pentecôte en la personne d'une petite fille qu'on nomme Marie Guérin. Elle fut mise il y a quatre ans chez une personne âgée, nommée madame de Courbe, parois<«i de Saint-Séverin, qui prend des pensionnaires. Cette enfant, âgée de cinq ans et demi, avoit été placée par drt personnes de condition qui ne veulent pas être nommée^ parce qu'elles le font par charité ; et cette petite fille n^ sçait qui elle est ni d'où elle est. Cette enfant, dès lors, avoit une très-mauvaise senteur au nez, quoiqu'il ne soil point plat ; et elle a toujours augmenté, de telle sorte qu'oï ne la pouvoit plus souffrir à la table commune. On la fil voir à un chirurgien dont j'ai oublié le nom, qui n'eiil

pas la moindre espérance de la guérir ; de sorte qu'on ne lui faisoit aucun remède que de lui laver la bouche et le nez avec de Tobsécral * qu'on lui faisoit respirer Jusqu'à ce qu'environ la fête de la Pentecôte dernière, Madame de Courbe, à la persuasion de mademoiselle Parisot, sa cousine germaine (qui a été gouvernante de mademoiselle de Lianc*our), et, je crois, de M. Jean le Petit, libraire, son neveu, la mena céans en dévotion à la safnie épine. Depuis ce jour-là, cette mauvaise odeur cessa si absolument qu'elle n'en avoit aucun reste. Environ huit jours après, elle revint un peu. Sur quoi madame de Courbe prit le dessein de la ramener; et incontinent qu'elle l'eût dit à l'enfant, la mauvaise odeur cessa tout à fait, et n'a aucunement paru. Depuis elles vinrent céans toutes deux en rendre grâces, et on me les fit voir il y dix ou douze jours. Madame de Courbe, craignant de n'être pas crue, parce qu'on ne la connoissoit point céans, amena M. le vicaire de Saint- Séverin, qui voulut bien prendre cette peine pour rendre gloire à Dieu et témoignage à la vérité.

Un jardinier de nos voisins qui ne nous aimoit pas trop, je ne sais pourquoi, se trouvant ces jours passés avec M. de Saint-Gilles ou quelqu'autre de ces messieurs, lui dit en son patois, tout en grondant : « Je devrois pourtant bien les aimer, car j'ay été guéri dans leur église d'un ^rand mal d'œil, à quoi je ne savois plus que faire. Je suis Ift second miracle qui s'y est fait. »

Il y a aussi une religieuse* de Troyes en Champagne qu'on dit avoir été guérie d'une fistule avec mauvaise odeur, comme la petite. J'espère que nous en saurons les particularités, car madame Du Plessis Guénégaud y est allée exprès ]touT le vérifier.

• Sir;

296 JACOITELINE PASCAL.

BliTRAIT I>\NB lettre DE LA MÊMt A LA IfÊME '. GLOIRE A JÉSOS, AD TRÈS-SAINT SACREMENT.

Ce 30 octobre 1656.

Ma tr]^:s-(Jièri: soeur,

Mon frère Jie manquera pas de vous envoyer des imprimés de la sentence par laquelle, comme vous verrez, M. Je grand-vicaire nous ordonne de chanter une messe d'actions de grâces le a endredy 27 de ce mois. On nous fit commencer celte solemnité dès la veille, où nous chantâmes vespres de la sainte couronne, de quoy nous fîmes office double le vendredy en chantant toutes les heures, et les chantres tenant le chœur comme aux grandes solemnités. Ma petite sœur Marguerite (qui ne s'appelle plus Margot) étoil au chœur parmi les novices, parc« que c'étoit sa fête (car les petites u y viennent pas d'ordinaire), afin que rien ne manquât à la cérémonie. Le lendemain, il se trouva, dès le grand matin, quantité de monde à l'église quoy qu'il plût beaucoup. On fit dans notre chœur un petit autel contre la grille qui demeura ouverte, paré de blanc et couvert d'un beau voile de calice, sur quoy notre mère posa le reliquaire de la sainte épine environné de quantités de lumières, oii M. le grand-vicaire, qui faisoit la cérémonie, le vint prendre avec la croix, accompagné de seize diacres qui lenoient des cierges ; et il le porta en cérémonie, couvert du dais, comme à la procession du saint sacrement, jusqu'à l'autel, deux diacres l'encensant continuellement, où il le posa sur un petit tabernacle bien paré, qu'on avoit fait exprès. Cependant toutes les sœurs avec leurs

' Rec. de M. Périer, p. 118. Le Reciieil d'Utrecht donne cette 1 élire, p. 290.

grands voiles baissés chantèrent à genoux devant la grille l'hymne : Exite filiœ Sion^ et l'antienne ô Coronay avec des cierges allumés, aussi bien que la petite guérie qui éloit devant notre chœur, tout devant la grille, habillée en jiéeulière fort proprement, mais fort modestement, avec une robe grise et une coeffe, et à genoux sur deux grands carreaux, afin qu'elle fût assez haute pour être vue d'une foule de peuple qui grimpoient où ils pouvoient pour la voir. Ensuite de quoy on ôta l'autel, et M. le grand-vicaire dit la sainte messe qui fui chantée (de la sainte couronne) avec beaucoup de solemnité : pendant quoy le milieu de la grille demeura ouvert, afin que le peuple eut la consolation de voir la petite qui en étoit proche, sur un prie-Dieu couvert d'un tapis, avec un cierge allumé devant «lie et une chaise pour s'asseoir quand elle en auroit besoin. Elle demeura là avec autant d'assurance que si c'eût été sa place ordinaire, se levant et s'agenouillanl quand il falloil, avec autant de modestie que si elle eût été bien dévote, et d'aussi bonne grâce que si on lui eût bien fait étudier. A la préface, on l'ôta pour la communion des • «Burs, qui dura longtemps, parce que toutes celles à qni leur sanlé et leurs occupations Tavoient pu permettre, s'éloient réservées pour cette messe qui fut forlsolemnelle, le célébrant y étant ac<5ompagné de ses diacres, et de six acolytes avec des cierges allumés. La messe étant achevée, on ouvrit la grille entière; on remit le prie-Dieu, et nous descendîmes toutes dans les chaises des novices , avec des cierges à la main. Le Te Denm fut chanté, pendant quoy le célébrant après avoir encensé la sainte épine, l'adora le premier, puis la donna à baiser à tous les ministres de l'autel ; ensuite de quoy on le supplia de s'aller reposer, parce qu'il éloit plus (h midi : un des prêtres la prit pour la faire baiser an peupits ï»û'js refermâmes la grille et

chantâmes sexle pour achever la solemnité du matin, qui qui dura jusqu'à l'après-dînée, où nous ne fîmes que mémoire des saints apôtres saint Simon et saint Jude, ayant eu ordre de faire vêpres entières de la sainte couronne.

Voilà tout ce que je sais, sinon qu'il faut ajouter que le temps étant devenu plus beau pendant la cérémonie, l'Église ne désemplit pas le matin, et qu'on vendit un si grand nombre de senteirces de M. le grand-vicaire qu'on estime qu'il y en eut pour cent francs à un sol la piéœ, seulement dans la cour qui est devant la porte de l'Église. Je n'ai ni le temps ni le pouvoir de vous dire mes sentimens sur ce sujet ; je crois que vous en jugez par les vôtres. Tout ce qui regarde Dieu est ineffable, et s'apprend beaucoup mieux par l'expérience que par des paroles. Prions Dieu seulement qu'il nous fasse avoir toujours présente au cœur une si grande merveille, et que le temps ne la fasse pas vieillir à notre égard, puisqu'il ne sera pa^ moins admirable dans dix ans d'ici qu'un si grand mol ait été guéri en un instant que dans l'instant où il le fut', li faut que je quitte par nécessité : je ne vois plus goûte que pour vous dire que M""® d'Aumont qui a beaucoup d« bonté pour nous tous, vous envoie le portrait de ma petii»* sœur Marguerite en taille douce, ne doutaot point qu«' vous n'ayez bien envie de la voir. On lui a fait toucher la sainte épine.

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