TANTOT UNE VAPEUR
Tantôt une vapeur où son âme est baignée
L'enveloppe au réveil et, toute la journée,
La tient, et jusqu'au soir prolonge un négligé
Où des grâces d'hier sa main n'a rien changé.
En vain elle s'est dit que la campagne est belle,
Que l'air a des parfums, et qu'au dehors l'appelle
Promenade ou visite, ou qu'on doit recevoir
Un convive au logis ; — debout à son miroir,
Et contemplant longtemps, d'une prunelle avide,
Dans les plaines du ciel l'espace le plus vide ;
— Sa robe, tout d'un flot, tombant jusqu'à ses pieds (1) ;
(1) Encore une phrase incidente absolue.
Levant vers ses cheveux à peine dépliés Un bras voluptueux qui s'y pose et s'oublie, Passant vingt fois l'eau pure à sa joue embellie (Tant son soin est ailleurs !), — ou par soudains ébats, Et d'un air de chercher, parcourant à grands pas Ses chambres, et rangeant à des places meilleures D'indifférents objets durant de vagues heures;... — Ainsi le jour s'écoule, et l'on vient; il est tard, Et la voilà surprise. — Oh ! dites, quel brouillard, Par un ciel si charmant, cache donc la vallée ? Quel souffle éclaircira l'onde aux saules mêlée ?
Tantôt, dès le matin, au sortir des rideaux, Vigilante, empressée, à des atours nouveaux D'abord elle s'essaie, et ce sont des parures Plein les tiroirs ouverts, et des choix de ceintures, Dentelles, bracelets et ferronnière d'or. Sous ses mains assemblés, ses cheveux, noir trésor, Qu'en arrière abondants un peigne altier redresse, Au devant, par anneaux crêpés ou qu'elle tresse, S'épandent, ou s'en vont, simples bandeaux unis ; Pijis, la robe s'attache, et les choix sont finis ;