SEPTEMBRE
1er SEPTEMBRE
Sorti pendant le jour dans les bosquets secrets,
Sous un ciel apaisé, murmurant et plus frais,
J'observais par endroits quelque arbre des allées,
Mêlant à de plus verts ses branches dépouillées :
« Oh ! ce n'est pas l'automne encore (et je passais) ;
» Ces précédents soleils ont donné par accès,
» Leur poids est assez fort pour qu'un feuillage en meure ;
» Pauvre arbre du Japon, qui s'effeuille avant l'heure ! »
— Et le soir, hors du bois et du clos des jardins,
Au monter sinueux des coteaux en gradins,
Je vis le ciel limpide et sa beauté pâlie ;
Tous nuages fuyaient comme un voile qu'on plie ;
Non loin de l'horizon, au coucher s'inclinant,
192 LivnE d'amour
Le croissant tranchait net dans l'air plus frissonnant; Et la nature entière avec plus de silence Me semblait accueillir l'astre qui recommence, Et méditer, plus froide, un charme aussi sacré , Et mon âme devint plaintive, et je rentrai.
— Le lendemain, ouvrant, au réveil, sur la plaine, Ma persienne où glissait l'aurore moins certaine, Je vis tout un brouillard, qui bien lent se leva : La journée était belle, et belle s'acheva.
Oui, c'était bien l'automne avec ses larges teintes ! Les chauds midis pourront reprendre leurs étreintes, La terre voudra croire à l'été rayonnant : Mais tout soir pur aura son azur frissonnant, Et le plus beau matin son brouillard sans aurore.
— Est-ce aussi ton automne, Amour ?. . . Oh ! . . . pas encore !