JADIS, A PAREIL MOIS
Août.
Jadis, à pareil mois, en ses âpres chaleurs, Sous le store, au logis, tout le jour enfermée, Vous nourrissiez pour moi vos brûlantes douleurs, Et pensiez à l'Ami comme une Bien-aimée.
Vos noirs cheveux mêlés à vos regards sans fin Rehaussaient avec feu la langueur embellie ; Vos tissus négligés vous laissaient au coussin Plus en plein dans la pourpre, éclatante et pâlie.
Et moi qui vous nommais ma Reine et ma Didon, Qui de loin (car déjà je n'avais plus l'entrée) Vous voyais, en mon rêve, aux couleurs de Sidon Mariant vos rougeurs et pour moi dévorée,
214 i.ivnii d'amouh
Moi, sur les ponls ardents et sous le bleu des cieux J'errais, je remplissais le quai vide et sonore, Je murmurais un nom, le nom mystérieux : Ce nom, je le répète, hélas! et j'erre encore !
Mais Vous, après six ans, lasse de trop aimer, Sans raison si ce n'est qu'il faut bien que tout passe, Vous en qui n'a cessé mon cœur de s'enflammer, Vous, le store tombant, en cette même place,
Par ces mêmes soleils aux rayons souverains, Vous restez, comme alors, couchée, 6 mon Amie ! Rêvant, mais vaguement ; souffrante, je le crains, Souffrante, mais de corps ; ... ou peut-être endormie !
j'ai vu dans ses cheveux...
SONNET
Nec amare decebit.
Tibulle.
tai vu dans ses cheveux reparaître et pâlir Ine trace d'argent qu'un hiver a laissée ; l son front pur j'ai vu la ride ineiTacée, ,t n'ai su d'un baiser tendrement la polir.
ai vu sa fille aînée à son bras s'embellir, t rougissante au seuil de la fête empressée, ppeler tous regards, ravir toute pensée; t la mère en oubli, pourtant s'enorgueillir.
Assez, ô Muse, assez ! taisons ce qui s'avance ; Etouffons les échos pour les ans de silence ; Enfermons les soupirs et cachons-les à tous.
Plus de chants, même au loin, en notre deuil modeste Plus de perle au collier! que le fil seul nous reste. Un fil indestructible!... O Muse, arrêtons-nous!