CARNAVALS, SOIREES ET BANQUETS D'ANTAN
Pendant vingt-cinq ans on fit chaque hiver, à Worcester, de grands carnavals. M. A. G. Lalime fut l'initiateur de ces fêtes uniques en leur genre. Le ‘‘Skating Rink’’, qui pouvait contenir cinq mille personnes, se prêtait admirablement à ces démonstrations; il en fut de même plus tard de la salle Mechanics. Ces soirées commençaient par un concert sacré, quelquefois avec une conférence le Dimanche Gras; le lundi il y avait soirée dramatique ou autre, et le mardi, la grande soirée costumée où le ‘‘Prince Carnaval’ était couronné puis escorté à son trône par des centaines de courtisans, tous costumés et représentant tout ce que vous voudrez de l’ancien temps et des temps modernes, jusqu'aux ‘‘Gold Dust Twins’’. I y avait, naturellement, musique, chant, danses canadiennes, menuets, gigues, etc.
La fête du centenaire de la Déclaration de l'Indépendance Américaine, le 4 juillet 1876, auquel nous prîimes part, nous permit de montrer l'enthousiasme, le patriotisme de notre population. La Société Saint-Jean-Baptiste, avec trois cents membres, prenait part au défilé, tandis que le comité paroissial avait préparé, au coût de six cents dollars, le char allé. gorique représentant la France. Ce char eut les honneurs de la journée.
La fête faite à Ferdinand Gagnon, le 16 octobre 1883, lorsque les Canadiens de la Nouvelle-Angleterre souscrivirent deux mille dollars afin de lui offrir une presse pour imprimer son journal, fut une manifestation grandiose. De toutes les parties de l'Est américain étaient venues des délégations. Il y en avait même de Montréal, Québec et Saint-Hyacinthe. Au dire des visiteurs du Canada, M. L. O. David, actuellement sénateur fédéral, n'avait jamais fait un aussi beau discours que ce soir-là, au banquet qui suivit la grande soirée donnée à la salle Mechanics.
Le 15 octobre 1884, notre ville célébrait le deux centième anniversaire de son baptême, c’est-à-dire du choix du nom de Worcester pour le petit hameau dont quelques maisons seulement existaient de chaque côté de la rivière Blackstone. En cette circonstance, la Garde Lafayette et la Société Saint- Jean-Baptiste, avec quatre cents membres, firent bonne figure à la tête de la cinquième division.
Pour le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, 12 octobre 1892, on organisa une soirée qui eut lieu à la salle Mechanics. Plus de mille personnes ne purent entrer dans la salle. C'était, au dire des gens qui s'y connaissaient, la chose la mieux réussie qui avait jamais eu lieu en notre ville jusqu'alors.
Le 6 janvier 1903, M. Israël Tarte acceptait l'honneur d’un banquet à lui offert par l'Association Commerciale, maintenant le Conseil Franchère, No. 56, de l’Union Saint-Jean- Baptiste d'Amérique. Le comité exécutif était composé de MM. Edouard Gosselin, président; A. G. Lalime, J. B. Harpin, Télesphore Saint-Pierre, O. Bélanger, Etienne Demers, Ephrem Dupont.
Les principaux discours furent prononcés par M. Tarte, M. l'abbé J. Edmond Perreault, M. Adélard Archambault, alors lieutenant-gouverneur du Rhode Island; M. J. L. K. Laflamme, rédacteur de la ‘‘Tribune’’ de Woonsocket, R. L; le Dr. L. P. DeGrandpré, le Dr. Clément Fréchette, de Leominster: le Dr. Charles J. Leclaire, de Danielson; M. Télesphore Saint-Pierre, rédacteur de ‘‘L’Opinion Publique’’, et M. Félix Gatineau, alors président de L'Union Saint-Jean- Baptiste d'Amérique. M. Alexandre Belisle agissait comme maître de cérémonies, et la soirée, à laquelle assistaient les dames, eut lieu dans les somptueuses salles ‘“Coloniales.”?
Le 9 octobre 1905, Louis Fréchette, poète-lauréat de l’Académie Française, venait faire une conférence au profit du monument d'Octave Crémazie, né à Québec le 16 avril 1827, mort au Havre (France), le 16 janvier 1879. Le sujet de la
conférence, ‘‘Notre-Dame de Lourdes'’, traité par M. Fréchette, a laissé une profonde impression sur le nombreux auditoire. Sa déclamation, le superbe poëme ‘‘Vive la France’’, dont les premières lignes sont:
C'était après les jours sombres de Gravelotte,
souleva littéralement les assistants. L'auditoire était électrisé et des larmes coulaient sur bien des joues.
Le 3 février 1914, le juge Hugo A. Dubuque, de Fall River, Mass., siégeant en Cour Supérieure à Worcester, acceptait d'assister à un banquet qui lui fut offert à l'hôtel Bancroft. Il y avait près de cent cinquante convives et nous étions heureux de pouvoir faire honneur au premier Franco-Américain de notre Etat qui fait partie de la haute magistrature.