CHAPITRE XVII
L'ancienne école.—Fètes jubilaires célébrées en 1906.—La nouvelle école, construite dans la rue Orange.—Dédicace de de cette école le 20 août 1916.
Nous avons parlé de la première école de la paroisse Notre- Dame en divers endroits du récit qui précède. Cependant nous croyons bon, avant de parler de la nouvelle école, de rappeler succinctement les fêtes du jubilé d'argent de sa devancière et de retracer, à cette occasion, l'historique de la première école.
Les fêtes susdites eurent lieu le 21 et le 22 octobre 1906.
Les anciens élèves de la paroisse avaient élu à cette occasion un comité général composé comme suit:
Président, M. l'abbé L. T. Rodier; vice-président, M. le Dr J. À. Harpin; secrétaire-trésorier, la Révérende Mère Marie- Albertine, supérieure de l’école Notre-Dame; secrétaire-adjoint, M. H. Oscar Rocheleau; trésorier-adjoint, M. Pierre V. Latour.
Le dimanche 21 octobre, il y eut grand'messe solennelle d'actions de grâces. Dans l'après-midi, il y eut réception, et le soir concert sacré à la salle Mechanics. Le lendemain un banquet rassemblait les anciens élèves dans le sous-sol de l'église Notre-Dame.
La grand’messe du dimanche fut célébrée pontificalement par Monseigneur Duhamel, archevêque d'Ottawa.
Le sermon fut donné par M. l'abbé Rodier, D. D.
A la réception de l'après-midi, une adresse de bienvenue fut lue à Mgr Duhamel qui y répondit avec son éloquence et son urbanité habituelles.
Voici le programme littéraire et musical exécuté au banquet du lundi, qui fut présidé par M. l'abbé L. T. Rodier:
Salut!
Quatuor—‘‘En Avril'', d'Elwart, par Homer Comtois, J. Alonzo Lesage, Irving Goulet et le Dr. J. A. Harpin. A nos hôtes distingués— Monseigneur T. D. Beaven, évêque de Springfield. Monseigneur Th. Duhamel, archevêque d'Ottawa. Au Pape, M. l'abbé J. Edmond Perreault.
Solo de basse—‘‘Le Cor’ Je Flégier, par Homer Morrissette, accompagné de Mlle En ua Bouchard.
A la ville de Worcester, M. Duggan, maire de la ville. Aux Etats-Unis et au Canada, M. Félix Gatineau, député à la Législature.
Solo de soprano—‘‘La Vierge à la Crêche’’, de Perilhou, par
Mlle Hermine Mogé, accompagnée par Mile Emma Bouchard.
À l'école Notre-Dame et à nos bonnes Sœurs, M. Charles L. Dupré.
Quatuor—‘‘Les Chants Canadiens’’, par Homer Comtois, J. Alonzo Lesage, Irving Goulet et le Dr. J. A. Harpin.
C'est au mois d'avril 1880 que, sur la demande pressante de M. l'abbé Primeau, curé de Notre-Dame des Canadiens, la Révérende Mère Marie-Anastasie, supérieure générale de la Communauté des Sœurs de Sainte-Anne, à Lachine (P. Q.), vint préparer l'ouverture d’une école dans la paroisse franco-américaine de Worcester. Elle fut accueillie avec un enthousiasme qui attestait hautement de la foi vive du peuple canadien-fran. çais comme aussi de son ardent patriotisme.
Des délégations de toutes nos sociétés, tant religieuses que civiques, et le Conseil de la paroisse avaient été invités à se réunir au presbytère. Feu Ferdinand Gagnon y lut l'adresse suivante aux futures éducatrices de la jeunesse canadienne. française de Worcester :
Révérende Mère, ma Sœur, Vous êtes au milieu de vos frères expatriés, parmi les en-
fants de la famille canadienne qui ont le plus besoin des consolations et des espérances que la présence des religieuses apporte partout où elles exercent leur zèle.
Vous avez adoré dans notre modeste sanctuaire, et, je n'en doute pas, bonnes sœurs, vous avez prié pour nous; prié, pour que, sur la terre étrangère, nous restions toujours des enfants dignes de la foi de notre baptème, dignes du peuple qui nous a produits; prié, pour que nos familles soient bénies dans la paix et la joie du devoir sanctifié; prié, pour que le bon pasteur reste encore longtemps avec son troupeau; prié, pour que nos jeunes filles grandissent °n sagesse et en principes vertueux.
Habituées à prier pour vos frères, vous immolant chaque jour pour le bonheur de votre peuple, vous avez su trouver dans votre cœur des accents émus que Sainte-Anne a dû présenter à Dieu comme l'un des plus beaux gages de la foi et de la charité de ses servantes du Canada. Et votre visite, quelle que soit votre décision, sera quand même une source de grâces pour notre paroisse.
Vous avez vu nos enfants, cette force remplie de promesses, cette continuation vivace de la famille canadienne en exil. Je le sais, votre cœur a tressailli de joie en voyant le beau champ que votre apostolat bienfaisant est appelé à faire fructifier.
Bonnes sœurs, vous voyez autour de vous les représentants de notre jeune paroisse. Ils viennent saluer en vous toutes les servantes de Dieu au Canada, toute cette longue et glorieuse succession de vertus, d'humilité, de dévouement, de martyrs du devoir ; cette armée de vierges qui sont les joyaux les plus purs de la couronne de gloire de la Nouvelle-France. Ils sont heureux de vous présenter leurs hommages, l'expression de leur admiration en même temps que celle de leurs espérances.
Bonnes sœurs, les Canadiens de ceti: congrégation, sous la conduite éclairée de leur bien-aimé pasteur, ont voulu faire revivre à l'étranger la patrie absente. Vous voyez, ce soir, des délégués de toutes nos institutions. Le Conseil de paroisse, représente à peu près nos fabriques du Canada. Nos sociétés ont pris pour vocable des noms chers à notre foi, à notre patriotisme, à notre civisme: La société St.-Jean-Baptiste, l’Association Montcalm, la Bande Canadienne, les Gardes Lafayette, le
Re A D OR re SUR PA |
Club Jacques Cartier, nos sociétés chorales. Nos femmes ont voulu, en vous attendant, être les dispensatrices de la charité. Sous le vocable de ‘‘Société de la Ste-Famille’’ elles sont la providence du pauvre, la consolation des affligés.
Toutes ces associations seront quasi impuissantes dans l'œuvre de conservation de nos traditions religieuses et nationales, si l’apostolat bienveillant de la religieuse ne vient à leur secours.
L'éducation des enfants, leur instruction dans les deux langues, et surtout la formation de leur jeune cœur et de leur caractère, nous ne les trouvons pas dans les écoles de ce pa)
C'est à cette mission, mes sœurs, que la religion vous a appelées.
Pendant que vous distribuez si abondamment vos sacrifices à nos frères si privilégiés du Canada, laisserez-vous dans l'isolement ceux que l’infortune a poussés loin de leur pays, et qui ont plus besoin de votre apostolat que leurs frères de la province de Québec.
Tout vous appelle ici, mes sœurs; le bien que vous avez à opérer, les dispositions des cœurs, les vœux des mères, le désir des enfants, les sacrifices que les pères de familles veulent s’imposer pour doter la paroisse d’un couvent et d’une école, notre position comme groupe canadien au milieu d’une population étrangère de soixante mille âmes, les dangers qui de jour en jour grandissent contre notre autonomie, et enfin le zèle infatigable de notre curé, zèle qui mérite d’être couronné par l'établissement de l’œuvre que nous vous prions de venir diriger.
Bonnes sœurs, venez prendre soin de cette jeunesse, elle vous donnera des consolations et vous ferez l’œuvre de Dieu et de la patrie.
Votre visite honore notre paroisse, votre séjour la rendra heureuse.
Filles de Sainte-Anne, patronne vénérée des familles canadiennes, que le bon Dieu et votre patronne vous ramènent bientot au sein de cette paroisse.
Les Canadiens de Worcester.
Un bouquet magnifique et des plus odorants fut offert en même temps aux Très-Révérendes Sœurs par Mme F. X. Brazeau,
la présidente de la Société de la Sainte-Famille. La supérieure remercia alors, avec émotion et en termes bien sentis, et pria M. le curé de bien vouloir faire connaitre leur décision au sujet de leur mission. Les remarques que fit ce dernier furent accueillies avec joie, surtout quand il annonça que les Révérendes sœurs acceptaicnt la direction du nouveau couvent.
Les Sœurs se mirent à genoux et demandèrent au curé de bénir leur décision et leur mission.
Dans cet élan, dans cette spontanéité, dans cet acte religieux il y avait tant de grandeur, de charme et de suavité que les larmes perlaient à toutes les paupières.
Le curé, très ému, d’une voix tremblante, bénit cette union entre les filles de Sainte-Anne et Notre-Dame des Canadiens.
C'était chose bien onéreuse que d'ouvrir une école dans une paroisse à peine fondée. Mais forts de leur esprit chrétien et de cet esprit de traditionnalisme qui est à la base même de notre survivance ethnique en Amérique, les Franco-Américains de Worcester surent s'imposer tous les sacrifices afin d'assurer à leurs enfants une solide éducation catholique, et de les prémunir contre l'abandon de la langue de leurs ancêtres.
Le 27 août 1881, la Révérende Sœur Marie de L'Ange Gardien (née Azélie Bourbonnais, de l'Ile Perreault), arrivait à Worcester comme supérieure avec sept autres religieuses, savoir: les Révérendes Sœurs Marie-Edouard (née Anna Handley, de Montréal), Marie-Lutgarde (née Hermina Gauthier, de Saint-Rémi), Marie-Laurent (née Parméla Foisy, de Saint-Lin), Marie-Frédéric (née Emma Catudal, de Saint-Cyprien), Marie- Pélagie (née Cordélie Pinsonneault, de Saint-Rémi), Marie-Séraphine (née Anna Leahy, de Saint-Anicet).
Le ler septembre suivant, 620 enfants entraient à l’école. La joie fut générale! Quelle belle espérance pour l'avenir. Déjà les généreux initiateurs d’une œuvre si noble se sentaient récompensés. L'année suivarie, la Révérende Sœur Marie-Emilienne fut nommée supérieure de l'école Notre-Dame. Qui oubliera le dévouement de cette supérieure qui pendant douze ans, douze années de durs labeurs, veilla avec tant de sollicitude à l'avancement moral et intellectuel de l'école naissante.
Les classes se faisaient dans le sous-sol de l’église, mais dès
1883 une annexe fut ajoutée au presbytère et dans cette annexe on aménagea deux classes. Après l'achat de l'église au square Salem, on construisit des classes dans cet édifice en attendant le moment favorable pour bâtir une école tout à fait moderne.
En 1885 une école relevant de celle de Notre-Dame fut fon. dée à South Worcester; cette école devait être le berceau de la paroisse du Saint-Nom-de-Jésus. Il y avait alors à Worcester 1038 écoliers de langue française.
En 1886 l'infatigable et dévoué curé Brouillet ouvrait une autre école pour les enfants de ‘‘la Côte’’. Ce fut le commencement de la paroisse Saint-Joseph.
Dès 1886, le nombre des élèves était de 1189. Ce nombre allant toujours croissant, les Franco-Américains avaient le bonheur de compter en 1891, dans les écoles paroissiales, 1643 élè. ves. Telle était l'œuvre de dix années d'efforts. L'abbé Brouillet, animé par son ardent amour pour la jeunesse et ne s’arrétant devant aucun obstacle, fonda une quatrième école, celle de la Sainte-Famille, ouverte en 1897 et qui fut, elle aussi, le berceau d’une nouvelle paroisse franco-américaine, celle de Saint-Antoine.
Aujourd'hui plus de 2500 jeunes Franco-Américains fréquentent les écoles paroissiales et à quarante années d'intervalle, l’école Notre-Dame trouve dans le cœur de M. l'abbé Grenier, le même dévouement et ses élèves le même amour qu'ils ont trouvés dans le cœur du bon curé Brouillet.
Dès l’année 1914, l'école paroissiale dont les classes se trouvaient dans le sous-sol de l’église, ne répondait plus aux nécessités du moment. On s’occupa donc de faire construire une nouvelle école.
Cette école fut construite par M. Elie Belisle, sur la rue Orange, au coût de $40,000. Elle contient, en outre de huit classes, une salle spacieuse appelée la Salle Jeanne d'Arc.
Les travaux commencèrent en novembre 1915. La dédicace eut lieu le 20 août 1916 et l'entrée des classes le 2 janvier
La cérémonie de la dédicace de la nouvelle école se fit en présence d’une foule énorme et donna lieu à une fête inoubliable.
Les fêtes commencèrent le matin par une grand'messe harmonisée, avec diacre et sous-diacre. M. l'abbé Grenier, curé, officiait, assisté de M. l'abbé H. Boutin, comme diacre, et de M. l'abbé E. Gravel, comme sous-diacre.
Le vicaire général du diocèse, Mgr Madden, de Holyoke, représentait Sa Grandeur Mgr Beaven.
Avant la dédicace, les paroissiens eurent le plaisir d'entendre parler un enfant de la paroisse, M. l'abbé Louis-Thomas Rodier, D. D., curé de l'église Saint-Jean-Baptiste de Ludlow.
M. l'abbé Rodier parla des avantages de la bonne éducation chrétienne.
M. l'abbé Rodier est considéré comme un des meilleurs orateurs du diocèse de Springfield.
Après le sermon, le défilé, précédé par Mgr Madden, vicaire général, se rendit sur le terrain de l’école.
Le vicaire général était accompagné de: M. l'abbé L. D. Grenier, curé de l'église Notre-Dame; M. l'abbé H. Boutin et M. l'abbé T A. M. Brochu, vicaires de l'église Notre-Dame; le Révérend Père Florent Anciaux, A. A., du Collège de l’Assomption de Greendale; M. l'abbé L. O. Triganne, curé de l'église Notre-Dame de Southbridge; M. l'abbé Gédéon Fontaine, curé de l'église du Saint-Rosaire de Greendale; M. l'abbé Joseph C. Allard, curé de la paroisse Saint-Joseph; M. l'abbé J. Edmond Perreault, curé de l'église du Saint-Nom-de-Jésus.
Parmi ceux qui accompagnaient les membres du clergé, on remarquait M. Elphège Grave!, fils de M. et Mme Ulric E. Gravel, étudiant en théologie au séminaire de Rochester, N. Y., qui fut peu après ordonné prêtre. M. Gravel est gradué de l'ancienne école Notre-Dame.
Venaient ensuite les membres des diverses sociétés locales, accompagnés de leurs présidents et présidentes.
Voici la liste de ces sociétés: les Dames Tertiaires, les Dames de la Sainte-Famille, les Enfants de Marie, l'Union Sainte-Anne, le Conseil Jeanne-Hachette de l'Union Saint- Jean-Baptiste d'Amérique, la Ligue du Sacré-Cœur, les Enfants de Marie Junior, le Conseil Franchère de l’Union Saint- Jean-Baptiste d'Amérique, la succursale Notre-Dame des Artisans et la Société Louis-Joseph Papineau.
Napoléon KE. Prévost, président Ferdinand J Belisle, contrôleur Les deux chefs de ln campagne pour #100.000 à Notre-Drinms
Madame Paul Nault, doyenne de Notre-Dame, Âgée de 85 ans Mile Corinne E. Rocheleau, l'une des personnalités féminines les plus ‘minentes de la paroisse Notre-Dame et de toute notre colonie franco-américaine Madame JB Touxas. baptisée en l'église Notre-f Née protestante Vers IS50
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Le chœur de chant était composé de cinquante voix et les solistes étaient: Mile Henriette Martel, Mlle Pauline Archambault. M. Joseph D. Brodeur, maitre-de-chapelle, présidait à l'orgue.
Monseigneur Madden, assisté de MM. les abbés Triganne et Perreault, bénit la pierre angulaire et la croix en brouse.
Le ‘‘Magnificat'’ fut ensuite rendu par le chœur des élèves du couvent, et la procession se dirigea du côté de l'église Notre-Dame, où il y eut salut et bénédiction du Très Saint- Bacrement par Mgr Madden, assisté de M. l'abbé Perreault, comme diacre, et de M. l'abbé Triganne, de Southbridge, comme sous-diacre. M. l'abbé Fontaine assistait, tandis que M. l'abbé Gravel était maître des cérémonies.