‹ Livre d'or des Franco-américains de Worcester, Massachusetts [microforme]Chapitre 4 sur 159 · LA PAROISSE N OTRE-DAME-DES- CANADIENS · texte numérisé non relu

LA PAROISSE N OTRE-DAME-DES- CANADIENS

CHAPITREI

Première tentative faite à Worcester Pour former une paroisse canadienne —La ission de l'abbé J. B. Dupuis et la croisade annexioniste de Médéric Lanctôt.

Dans son ouvrage sur ‘‘Notre-Dame des Canaciens'’, publié en 1872, l'abbé Chandonnet rapporte que cette tentative re. monte à l'automne de 1852.

Dès l'année 1846 Cependant, il y avait eu une mission canadienne à Worcester, établie par l'abbé Zéphyrin Lévesque. L'on se réunissait dans une salle, au t'oisième étage, sur la rue Main. Mais cette mission ne dura que six mois. L'abbé Lé.

patrick, évêque de Boston, le modique trésor de la jeune mis-

à l'église de Millbury, paroisse mixte, où l'abbé Lévesque s'était fixé et avait construit l’église Sainte-Brigitte, bénie par Mgr Fitzpatrick le 2 octobre 1851 et dont l'intérieur fut ache-

Donc, en 1852, les Canadiens de Worcester, qui atteignaient à peine le chiffre de quarante famille, sans autre ressource que leur humble fortune et leur courage, crurent Pouvoir songer à élever une église qui fut leur, où se parlât, comme au Pays, la langue de leurs pères et de leurs enfants. Ils firent

entre eux quelques souscriptions; et dès que le capital en caisse leur parut assez élevé, ils achetèrent, pour la somme de six cent soixante dollars, un terrain sis au numéro 105 de la rue Shrewsbury à la rue Worcester-Est, sur un front de 60 à 80 pieds, et commencèrent sans retard, en 1852 même, à jeter les fondations du nouvel édifice, dédié par avance à sainte Anne.

L'abbé Joseph-Edouard-Napoléon Mignault dirigeait les travaux.

L'abbé Mignault avait un parent à Worcester, le Docteur Pierre B. Mignault, qui était déjà populaire parmi la population irlandaise,

Pour donner plus d'unité et de puissance à leurs efforts, les Canadiens formèrent, le 8 juillet 1853, une association, à laquelle fut donné naturellement le nom de Société Saint-Jean- Baptiste, et qui comptait environ cinquante membres. Tous s'engageaient à verser dans le trésor commun cinquante sous par mois.

Voici les noms des officiers: — Dr. A. Goulet, président ; Israël Huot, vice-président; Dr. P. B. Mignault, trésorier; R. Ri. chard, secrétaire; Ed. Charrette, comptable.

On fit des démarches pour acheter un petit temple protestant situé sur la rue Thomas. Mais lorsque les syndics de ce temple apprirent qu'on voulait en faire une église catholique, ils refusèrent net de le vendre.

L'entreprise était généreuse; mais elle échoua faute de ressources suffisantes. Après deux années d'efforts, pendant lesquelles plusieurs membres de la société avaient quitté la ville pour s'établir ailleurs, on se vit forcé d'arrêter les travaux. La Société eut sa dernière assemblée en avril 1854. Alors, on décida de transmettre à l'abbé W. Gibson, curé de Saint- Jean, sans aucune condition ni réserve, le terrain et les fondations de Sainte-Anne, avec un capital en caisse de quatrevingt-dix-neuf dollars.

L'œuvre commencée gardait ainsi son but religieux, et Sainte-Anne devenait la propriété de la paroisse Saint-Jean, la seule paroisse catholique qui existât alors à Worcester.

tk SERRES CÉPÉREMIEATS TRES

L'abbé O. W. Noiseux, qui remplaça l'abbé Mignault, fut chargé de la desserte des Canadiens des villages avoisinants jusqu'en 1857; il était vicaire à l'église Saint-Jean.

Sous la direction de l'abbé Gibson, les travaux de la future église furent repris. On élargit les fondations, on poussa l'ouvrage avec rapidité; mais à peine le temple achevé eut-il été livré au culte, qu'il fut saisi—<c'était en 1855—et mis en vente par le shérif. Le principal créancier, M. Earl, l’acheta Pour deux mille cinq cents dollars, et quelques mois après, il le remit, moyennant remboursement, à Monseigneur J. J, Wil. liams, évêque de Boston. Sainte-Anne demeura alors église paroissiale, sous la direction de l'abbé J. J. Power.

Les Canadiens restèrent longtemps attachés à Sainte-Anne,

Cependant, malgré l'insuccès, qui rebute souvent, ils n'a. bandonnaient ni l'idée, ni l'espoir d’avoir une église un jour, dans un avenir même prochain. Promptement leurs forces allaient croître et le Courage n'était pas éteint.

Mais il leur manquait l’homme de l’église: le prêtre; et le prêtre selon leur cœur: le prêtre canadien. C'est de ce côté que se portaient désormais tous leurs désirs, tous leurs efforts, toutes leurs espérances. Ils allèrent même jusqu'à présenter à Monseigneur J, J. Williams d’humbles mais pressantes péti. tions, afin que cet homme leur fût donné. Monseigneur de Boston, bien convaincu de la nécessité d'ériger en effet des Paroisses canadiennes dans son Vaste diocèse, plus désireux que personne de les y voir surgir, accueillait avec bonté leur supplique:—‘‘Oui, la moisson est grande; mais, ajoutait-il avec douleur, les ouvriers sont rares. Priez donc le Maître, afin qu’Il vous envoie des ouvriers en sa moisson.’

L'on pria.

Au printemps de 1869, l'abbé J. B. Dupuis, plus tard curé de Saint-Sébastien, diocèse de Saint-Hyacinthe, vint donner une mission à ses compatriotes de Worcester. Cette grâce, déjà accordée à leurs frères des paroisses voisines, ils l’atten-

rendus auprès de leur curé, l'abbé J. J. Power, et la lui avaient instamment demandée. L'abbé Power voulut bien acquiescer à leur juste désir. La retraite eut lieu et fut heureuse, Le lendemain, ils apportèrent, comme témoignage de leur vive reconnaissance, leur petite collecte de $319.00, qu'ils remirent aux mains de leur curé. Elle était accompagnée d'un joli cadeau valant $30.00.

Le passage de M. J. B. Dupuis réveillait leurs espérances.

ni instances; et quand il se sépara d'eux Pour retourner au Pays, au milieu des adieux, des actions de grâces, des souhaits de bon voyage, on entendait de toutes les bouches :—‘‘Envoyez-nous un prêtre, envoyez-nous un prêtre! Un prêtre! un prêtre !’’

Un tel empressement n'a rien qui doive surprendre. Rien ne pouvait être plus populaire, chez nos pères émigrés, que le désir d'avoir une église, Puisque ce désir est resté le nôtre et qu'il demeurera perpétuellement, espérons-le, celui le plus cher €: nos enfants partout où ils vivront groupés.

Pourquoi en était.il ainsi chez nos devanciers? C'est que, indépendamment de toute autre raison, religieuse ou sociale, à priori, leur cœur était Pour elle. Sait-on, en effet, ce que lee Canadiens émigrés regrettaient le plus? C'était leur église, l’église de leur paroisse, leur curé, leur messe, leurs cérémoaies, leurs vêpres avec les accents solennels des psaumes, leur catéchisme du dimanche; et, comme accessoires naturels, qui, dans leur mémoire, se rattachent nécessairement à l'église, la rencontre des Parents, des amis, les entretiens entre messe et vêpres sur le perron de l’église ou aux alentours— jusqu'au spectacle des équipages nouveaux ou l'apparition d'étrangers à sensation.

C'est à peu près à la même époque, quelques mois seulement après la mission de M. J. B. Dupuis, qu'apparut au mi. lieu des Canadiens de Worcester un missionnaire d’un nou-

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Il venait, au nom d'une ‘'‘sainte’ liberté, prêcher une croisa. de pour la délivrance de son pays et l'annexion de ses provinces désolées à l'immense et florissante république. Il s'a. gissait donc d’un grand mouvement qui entrainât tous les Canadiens émigrés sous un même drapeau. Lui-même mar. cherait à leur tête et les conduirait à la victoire, En trois mois—c'était décidé—l'annexion était conclue et chacun re. tournait dans ses foyers, à moins toutefois—nous le supposons —Que quelqu'une des autres provinces infortunées qui gémis-. sent autour de la grande république, Cuba, par exemple, ou le Mexique, n'appelât à son secours le généreux libérateur. Pour subvenir aux frais de la conquête, il ne demandait de chacun qu'un sou par jour.

C'est en août 1869 qu'il fit son premier appel.

Il y mit une forte teinte de religion.

Cependant, le désir d’avoir un prêtre du pays, qu'il avait déjà senti dans tous les Cœurs, ne laissait pas que de l'intriguer un peu. Il voyait là une grave complication pour l'avenir. Mais comment l’attaquer en face? Il songea donc à un compromis—Vous voulez avoir un prêtre, leur dit-il, un prêétre du pays. Eh! bien, ayez donc un prêtre, mais un prêtre ‘‘libéral'’— Hélas! l’eût-il cru? Au sein de cette florissante colonie, où plus de quatre cents hommes pouvaient porter les armes, où toutes les âmes sont généreuses, où le prêtre n'était pas, il ne se rencontra personne d'assez ‘‘libéral’’ pour attacher son sort au drapeau du prophète ou laisser tomber une seule obole au fond de son trésor!

Médéric Lanctôt avait publié à Worcester un numéro de ‘‘L'Impartial’”, puis deux de ‘‘L'Idée Nouvelle’, dans lesquels il avait fait appel à ses compatriotes au nom de la cause dont il s'était constitué le champion.

M. T. H. Sarony Lambert était l'administrateur-propriétaire de ces feuilles dont l'existence fut, comme on le voit, plutôt éphémère.

Nous croyons bon de citer ici quelques notes biographiques extraites de l’‘‘Histoire des Frarco-Américains de South. bridge’, relativement à l'abbé Lévesque et à l'abbé Mignault, dont nous avons parlé précédemment :

L'abbé Zéphyrin Lévesque fut élevé au sacerdoce le 6 janvier 1831 par Mgr Bernard Claude Panet, second archevêque de Québec. Après avoir fait du ministère au Canada et mé. me en France où il fut curé plusieurs années, et ayant appris qu'un bon nombre de ses concitoyens avaient franchi la fron. tière pour s'établir aux Etats-Unis, il résolut de les suivre. I] se fit missionnaire, il se dépensa corps et âme pour les Cana. diens émigrés du pays natal. I] mourut dans l'Etat du New. Jersey le 13 février 1862.

L'abbé Joseph-Edouard-Napoléon Mignault naquit à Saint. Denis de Richelieu, le 17 septembre 1826. Il était fils d'un notaire, M. Joseph-Edouard Mignault. A l'âge de treize ans il entra au Séminaire de Saint-Hyacinthe et après avoir terminé ses études classiques, il fut admis au Noviciat des Oblats en 1844. Il prononça ses vœux dans cette Congrégation, il fut ordonné à Ottawa, le 24 décembre 1849, par Mgr Gigues. De 1845 à 1860 il fut directeur des élèves du collège naissant de la future capitale canadienne, et de 1850 à 1851, le supérieur. En abandonnant cette charge, il laissa aussi la communauté; il devint curé de ““L'Orignal'’ où il demeura de juin à septembre de la même année, puis il partit pour le Massachusetts. Il fut pendant quatre années aumônier au 76ème régiment américain, qu ‘il suivit dans ses cam- Pagnes. Accablé d'infirmités, conséquence de ce ministère pénible, il ne travailla plus guère dès lors. A la fin, en re. connaissance pour ses services, le gouvernement des Etats- Unis lui donna une pension de $12.00 par mois, I vivait retiré à la métairie des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe depuis un an, lorsqu'il mourut le 15 décembre 1895, à l’âge de 69 ans. Il fut inhumé dans le cimetière de sa paroisse natale.

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