LES DIVERS JOURNAUX DE LANGUE FRANÇAISE A WORCESTER
Les deux premiers journaux de Worcester furent ‘‘L'Impartial’’ et ‘‘L'Idée Nouvelle’. Médéric Lanctôt s'était porté candidat à Montréal pour le parlement fédéral dans l'automne de 1868 contre sir Georges-Etienne Cartier et il avait été défait. Au printemps de 1869 il se rendit à Worcester où il publia un numéro de ‘‘L’Impartial’’ et deux de ‘‘L’Idée Nouvelle’. Le but de ces deux journaux était d'aider à l'indépendance du Canada. M. T.-H. Sarony Lambert en était l'administrateur et le propriétaire. On peut se demander ici quelle influence pouvait avoir une petite feuille publiée en français aux Etats-Unis pour la cause de l'indépendance du Canada. En effet, la Confédération venait d’être établie. C'était donc une idée bien présomptueuse, sinon une folie, de penser dans ce temps-là à la possibilité de l'indépendance du Canada.
Ferdinand Gagnon vint se fixer à Worcester au mois d'oc tobre 1869, quelques semaines après l’arrivée de M. l'abbé J.-B. Primeau, qui venait y fonder la première paroisse canadienne, la paroisse Notre-Dame, M. Gagnon avait 20 ans. Il organisa une compagnie d'actionnaires composée de Pierre-Ludger Paquette, Louis-P. Lamoureux, Antoine Lamoureux, L.-A. Létourneau, Ed. Charette, Ed. Lafaille, F.-X. Brazeau, G.-A. Demers, tous de Worcester, Antoine Moussette, de St. Albans, Vt.; J.-Bte Gagnon et Emery Lapierre, de Concord, N.-H.; Séraphin Lacasse, de Manchester, N.-H.; F.-X. Marchesseault, de Spencer; M. l'abbé Primeau, Joseph Marchesseault, A. Marchesseault, Joseph Désautels, Z. Laflotte, Léon Robert, Adrien Girardin, Magloire Proulx, Cyrille Paquette, Louis.C. Tougas,
Jean-B. Tougas, Cléophas Laliberté, Henri Nault, Joseph Forest, Moïse Beaudette et P. Bruyère, tous de Worcester.
Le premier numéro de ‘‘L'Etendard National’’ parut le 3 novembre 1869. Le 7 novembre 1870, ‘‘L'Etendard National'’ se fusionnait avec ‘‘L'Opinion Publique’’, magnifique publication hebdomadaire illustrée, publiée à Montréal par Geo.…E. Desbarats, et rédigée en collaboration par un grand nombre de membres de la brillante pléaide littéraire du temps, entre autres L.-0. David, A. Achintre, J.-A. Mousseau, Oscar Dunn, Joseph Marmette.
Le ‘‘Foyer Canadien'’', in-quarto, à huit pages, parut le 18 mars 1873. Ferdinand Gagnon et Frédéric Houde en étaient les rédacteurs-propriétaires. Durant l'été de 1874, M. Gagnon vendit ses intérêts dans le journal à son associé qui transporta le journal à St. Albans, Vt. Le ‘‘Foyer Canadien’’ était une feuille fort bien faite, admirablement rédigée par ces deux journalistes de mérite.
Le ‘‘Travailleur’’, journal qui fit la plus grande somme de bien à nos populations durant la période d'organisation de nos forces aux Etats-Unis, fit son apparition le 16 octobre 1874. M. Gagnon s'entoura d’un nombre considérable de collaborateurs, parmi lesquels on comptait Benjamin Sulte, Aram-J. Pothier, l'abbé Hyacinthe Martiai, le Dr L.-J. Martel, J.-D. Montmarquet, le Dr J.-N.-0. Provencher.
Au mois d'octobre 1879, sous l'administration de l’auteur de ce livre, le ‘‘Travailleur’’ devenait bi-hebdomadaire et son tirage doubla en moins de deux ans.
M. Gagnon mourut le 15 avril 1886. Les dépenses occasionnées par sa longue maladie grévèrent sa succession de plus de $3,200 de dettes. Les revenus du journal excédaient $4,000 par année. Cependant, la succession fut déclarée insolvable en décembre de la même année.
En janvier 1887, le journal passa aux mains de M. Charles Lalime, beau-frère de feu M. Gagnon, qui le céda, en 1892, à M. Josiah Quincy, de Boston; celui-ci en donna la direction à M. Benjamin Lenthier. Entre les mains de ce dernier, avec tous les autres journaux subsidiaires du ‘‘National’’, il vécut
jusqu'à la dernière journée de l'année. Le 31 décembre 1892, le ‘Travailleur’, le journal patriote qui avait eu une si belle vogue naguère, était disparu pour toujours.
Les rédacteurs du ‘‘Travailleur’', après la mort de M. Gagnon jusqu'à son achat par M. Lenthier, furent MM. Godfroy de Tonnancour, Ambroise Choquette, Emile-H. Tardivel et Edouard Vincelette.
La ‘‘Lanterne Magique’’, journal humoristique, fit son apparition en juillet 1875. Le Dr J..N.-O. Provencher exerçait la médecine sans toutefois être épris outre mesure de sa profession. Il excellait comme peintre, et plusieurs des anciennes et plus belles bannières de nos sociétés canadiennes furent enluminées par lui. Il faisait son journal sans l'aide d'aucun autre, si ce n’est pour l'impression. I] rédigeait, composait, dessinait les caricatures et les gravait sur bois. Cette feuille était très bien faite, mais elle ne vécut que quelques mois. Lors de sa disparition, M. Gagnon publia le fait en disant que la ‘‘Lanterne Magique’ était née cent cinquante ans trop vite.
Dans le mois d'octobre 1878, M. Honoré Mercier, qui fut plus tard premier ministre de la province de Québec, était venu à Worcester faire une conférence. M. Charles Gigault, excellent jeune homme, chimiste de son état, instruit, et en vue parmi la population, ayant été désigné pour présenter le conférencier à l'auditoire, s’acquitta de sa tâche d’une manière convenable, mais il voulut ajouter quelques mots en dehors du sujet qu'il avait préparé, et se trouvant embarrassé, il balbutia quelques paroles inintelligibles pour terminer. M. Gagnon, qui était taquin, écrivit dans le ‘‘Travailleur’’, sur un ton de plaisanterie, que M. Gigault avait présenté le conférencier avec tout le ‘‘tact’’ qu'on lui connaît. Gigault, piqué au vif, jura qu'il se vengerait. La vengeance de Gigault se traduisit par la fondation d’un nouveau journal pour faire concurrence au ‘‘Travailleur’’. Le 10 janvier 1879 paraissait le premier numéro du ‘Bien Public’’, qui était publié trois fois la semaine. Dans l'automne de 1880, malgré qu'il eut absorbé le ‘Protecteur Canadien’” de Fall-River, comme un tonique pour lui aider à survivre, vers le mois de janvier 1881, le ‘‘Bien Public’’ dis- Paraissait après avoir englouti $1,700 à son propriétaire. M.
Gigault publiait sa feuille tout en faisant son travail à la pharmacie du Dr Napoléon Jacques. Il eut à regretter amèrement sa folle équipée. Sa carrière en fut ruinée, sa santé délabrée, il se vit glisser vers la tombe en quelques mois. Pauvre Gigault! Sur le train en route pour le Canada où il allait mourir, il disait à l'auteur de ce livre qui faisait le voyage avec lui: ‘Comme on est bête de vouloir faire ce qu'on ne connaît pas.”
Le 6 février 1880, Victor Bélanger, ci-devant typographe au “Bien Public'’, publiait le premier numéro du ‘‘Courrier de Worcester’’. En même temps il publiait une édition du ‘‘Courrier’’ pour Woonsocket, et en 1883 une autre pour Taunton. Le ‘‘Courrier’’, par ia suite, devint semi-quotidien, et en 1892 il passa aux mains de Benjamin Lenthier qui le fit disparaître quelques mois plus tard. Les deux ou trois premières années du ‘‘Courrier’’, M. François Odüier, un Français, en fut le rédacteur. Comme on voit, pendant un certain temps il y avait, il y a une quarantaine d'années, trois journaux de langue française publiés à Worcester.
M. Bélanger, qui avait un génie inventif, fit breveter plusieurs inventions dont une lui rapporta une grande fortune, avec les revenus de laquelle il vécut dans l'opulence à Paris, et tout en exploitant de riches mines au Mexique. M. Bélanger mourut le 14 août 1916 à Sea View, près de Boston.
Le ‘‘Républicain’’, fondé en 1892 par M. P.-U. Vaillant et un Belge, M. Laurie, vécut pendant quelques mois seulement. M. Vaillant rédigeait et M. Laurie était l'administrateur.
Louis J. Latour fonda le ‘‘Réveil’’ en 1895 et publia cette feuille près de deux ans. M. René de Chalut en était le rédacteur.
Avec la disparition du ‘‘Travailleur’’, dont le dernier numéro parut le 31 décembre 1892, Worcester demeurait sans journal français. Il n'était pas possible que la colonie canadienne de Worcester restât ainsi longtemps privée d’un organe français. Il était d’absolue nécessité que l'œuvre commencée par Ferdinand Gagnon et continuée par d’autres fût reprise, si l'on voulait conserver une influence acquise au prix de tant d'efforts et de travail. Cela demandait assurément une certaine dose de courage et de persévérance, car tout était à créer :
rer |
achat de matériel, installation, clientèle d'abonnements et d'annonces, Les frères Belisle tentèrent l'entreprise avec un capital bien restreint mais suffisant tout de même pour des débuts modestes.
‘‘L'Opinion Publique'' fut fondée le 27 janvier 1898, comme journal bi-hebdomadaire. Ses bureaux et ateliers étaient dans l'ancien local occupé par le ‘‘Travailleur’’, 311, rue Main. Les membres fondateurs de la compagnie Belisle, pour la publication de ‘‘L'Opinion Publique'’, étaient les six frères Belisle: Alexandre, Félix-A., décédé le 15 avril 1905, Charles-Edmond, décédé le 3 février 1920, Eugène-L., Georges-E. et Hector-L. M. Alexandre Belisle avait été administrateur du ‘‘Travail. leur’’ pendant près de huit ans; M. Félix-A. Belisle avait été agent et assistant-rédacteur au ‘‘Travailleur'’ pendant cinq ans; M. Charles Edmond Belisle avait été typographe chez Martin-B. Brown & Co., à New-York. C'est encore la même compagnie qui publie aujourd'hui ‘‘L'Opinion Publique’. Le 27 avril 1898, ‘‘L'Opinion Publique’ devint journal quotidien. En même temps les bureaux et ateliers étaient déménagés à l'édifice Houghton, 112, rue Front. Dès lors le journal fit de sensibles progrès et il devint un organe important dans le centre du Massachusetts. Son influence rayonna non seulement dans les localités environnant Worcester, mais aussi jusque dans les Etats voisins et dans l'Ouest.
‘‘L'Opinion Publique’’ a continué les traditions de Ferdinand Gagnon, dont la mémoire est encore vivace parmi les Canadiens-français de la vieille génération de cette ville, trentequatre ans après la disparition de ce grand patriote. Si Ferdinand Gagnon revenait sur la terre il serait agréablement surpris des progrès qu'a réalisés notre élément dans la presse, par l'établissement de ‘‘L'Opinion Publique’’, le successeur immédiat de son ‘‘Travailleur’’.
M. W.-Lévi Bousquet, qui a débuté en 1897 à ‘‘L'Opinion Publique’’ comme agent d'annonces et qui est deve 1 gérant de publicité, puis directeur-gérant du journal, a été admis comme membre, dans la compagnie Belisle, en 1917. Depuis la mort de M. C.-Edmond Belisle, il est gérant de l'établissement.
Le premier rédacteur de ‘‘L'Opinion Publique’ a été M.
pins pit ne mueceneneen opens rente qee
ADM CPS RME TOAT TDR TER RIRE MDP NP ST
P.U. Vaillant. Les autres rédacteurs de ‘‘L'Opinion Publique'’ jusqu'à nos jours furent, successivement : Rémi Tremblay, aujourd'hui fonctionnaire du gouvernement canadien à Ottawa: Thomas Côté, décédé membre de la commission municipale de Montréal en 1918 après avoir représenté le Canada à l'exposition de Bruxelles en 1910; Sylva Clapin, aujourd'hui fonctionnaire civil à Ottawa, frère de l'abbé Clapin, ancien recteur du Collège Canadien à Rome; J.-Arthur Favreau, actuellement contrôleur des finances de l’Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique; Télesphore Saint-Pierre, Bruno Wilson, Charles-R. Daoust, J.-G. LeBoutillier, maintenant rédacteur de ‘“L'Avenir National'’, de Manchester, N.-H., et Henri de Vitry, le rédacteur actuel.
‘Le Coq'’, journal humoristique, dont le premier numéro parut le 4 juillet 1901, ne vécut que quelques mois; il était publié par MM. J.-Arthur Roy et fils.
Un dernier journal a vu le jour à Worcester après la fondation de ‘‘L'Opinion Publique’, c'est ‘‘Le Canadien-Américain’’, journal quotidien du matin. Le premier numéro de ce journal parut le 14 avril 1907. M. Joseph-Télesphore Lord en était l'éditeur. Cet organe était commandité par le beau-père de M. Lord, M. Godfroid Fournier, l’un des Franco-Américains les plus riches de Worcester. (M. Fournier est décédé à Worcester le 10 décembre 1910.)
Quinze numéros seulement du ‘‘Canadien-Américain’’ furent publiés. Son rédacteur était M. David Lavigne, plus tard rédacteur-en-chef de ‘‘La Tribune’’, de Woonsocket, et maintenant avocat à Springfield.
Au mois de décembre 1907, M. Charles-R. Daoust publia trois petites feuilles dont la première s'intitulait ‘“Mon Journal’’, la seconde ‘‘Le Journal'’ et la troisième ‘‘Le Fou’’. Il ne parut qu'un seul numéro de chacune de ces feuilles.
Eh one
PA rte