PIERRE HARLE
La Revue historique de Bordeaux est en deuil, et aussi la Société d'Histoire de Bordeaux et la Société des Archives historiques de la Gironde. Notre cher collaborateur et ami Pierre Harlé, lieutenant au 206° d'infanterie, est glorieusement tombé au champ d'honneur, le 8 avril, au bois de Morlmare, frappé d'une balle à la tête. Il était âgé de vingt-neuf ans. C'est une perte infiniment douloureuse pour les siens, et très sensible pour la science historique bordelaise. Pierre Harlé avait pris sur les bancs de notre Faculté de droit, dont il fut un étudiant distingué, le goût très vif de notre histoire locale. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1910 avec un brillant succès, était une élude historique sur les padouens du Bordelais. Elle révélait, outre une compétence juridique réelle, un esprit méthodique, singulièrement net, précis et vigoureux, habile à rechercher et à découvrir le document, habile à le manier et à l'interpréter. Admis le 25 novembre 1910 à la Société des Archives historiques de la Gironde, il en fut un des membres les plus actifs. Il recherchait les grosses et difficiles besognes : avec un bel enthousiasme et une force de volonté admirable, il entreprit et mena à bien la publication du Registre du clerc de ville, manuscrit du xvf siècle conservé aux Archives municipales, d'une importance capitale pour notre histoire et dont la transcription extrêmement ardue et délicate avait fait reculer les plus courageux paléographes. Il fui aussi l'un de nos collaborateurs les plus diligents, et les lecteurs de cette Revue n'ont pas perdu le souvenir, entre autres, de son étude très neuve sur Le Bourreau de Bordeaux avant la Révolution. Lors du deuxième centenaire de l'Académie de Bordeaux, il accepta, avec sa vaillance et sa bonne grâce habituelles, de dresser, d'après les documents originaux, la liste des membres de la Compagnie de 1796 à 1912. Quand vint la grande guerre, Pierre Harlé était prêt à îaire tout son devoir. Son corps robuste, entraîné par la pratique des sports, son âme ferme et souverainement maîtresse d'elle-même le prédestinaient à être un soldat très brave et un chef excellent. Blessé au mois d'août, il repartit. sur le front avant que son congé de convalescence fût expiré. Il sut servir la grande patrie comme il avait su servir la petite, sans tapage, mais gravement, loyalement et efficacement. Nous prions ses parents désolés de vouloir bien trouver ici l'expression émue de notre respectueuse sympathie et de notre profonde douleur.
Blessé le 8 septembre 1914 à la bataille de Champenoux, qui a sauvé Nancy.
(.Journal Officiel, Samedi 29 mai 1915, p. 3417.)