‹ Livre de prièresChapitre 20 sur 57 · SENTIMENTS D’HUMILITÉ · texte numérisé non relu

SENTIMENTS D’HUMILITÉ

ON souverain et très redouté

Seigneur, quand je pense en moi-même de quels grands et nombreux biens tu m’as doté, et que je me rappelle aussi quels grands et nombreux biens j’ai perdus par ma faute, en quels maux et quelles fautes je suis tombé, je me tourne vers Toi, pleurant les maux que mauvaisement j'ai faits, et pleurant les biens que par mauvaiseté j'ai perdus.

Car, Sire, quels biens et quels honneurs sont en ce monde que tu ne nr'aies donnés, et quels sont les maux que je n’ai pas commis à ton égard ?

Et j'ai perdu biens en gagnant maux,

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et j'ai perdu ta grâce et encouru ta colère! Je ne puis me rendre innocent devant Toi, car je sais mes fautes, qui m'environnent comme une grande armée, d’une part mes œuvres mauvaises, d'autre part mes très grandes et mauvaises pensées. Ce sont les choses par lesquelles j'ai perdu de grands biens admirables, et, qui pis est, ta grâce. Etquand je m'en souviens, doux Dieu, pleurant et gémissant et me condamnant moi-même, je lutte contre ma chair et ma passion, afin que jene te courrouce plus, ni par le cœur, ni par la langue, ni parles œuvres. Mais, Sire, la lutte est si faible de ma part, que tout le tempsje me trouve À terre.

Ce qu’il ya à dire de moi est fâcheux:

mais en vérité, Sire, sanstoitoutes mes œuvres sont moins que néant! Te plaise donc, mon doux créateur et mon Seigneur, que guerre continue soit en ma conduite, que je ne garde aucune amitié pécheresse. Veuille, Sire, que toujours je cherche et j’exa-

mine étroitement les secrets de mes attachements et que je rompe et chasse hors de moi ce que je trouverai de mal. De telle façon que je ne me permette pas d’être flatteur de moi-mème; de telle façon, doux Sire, que selon ton plaisir je puisse te servir, et que je me pénètre en vérité des très grands bienfaits que j'ai reçus de toi sans les avoir en rien mérités, et aussi, Sire, des laïds et affreux services que je t'ai rendus avec les biens que tu m'avais donnés. |

Sire, je te crie pardon, en grande douleur de ce que je t’ai méconnu et affligé de très grands maux sans nombre, toi qui es mon créateur. Hélas!

qu’ai-je fait? O chair vile et âme déraisonnable, si je ne veux pas laisser mes mauvaises œuvres par amour de mon créateur qui m'afait tant de biens, au moins devrait-ce être par la peur des peines de l'enfer, ou de la mort qui nul n’épargne, ou de la punition en ce monde; laquelle je redoute, car

je sais, Sire, que tu me peux bailler aux mains de mes ennemis et que je peux être en servitude. De mème tu peux me rendre pauvre et malade et me punir en diverses manières cartu peux tout. Mais quelque coupable et traître envers mon créateur que Je sois, sije veux regarder mestrès grands péchés, et employer pour mon créateur la raison, le savoir qu’il m’a donnés grandement, et tant de biens qu'on ne pourrait dire, si je veux faire cela, Sire, j'ai l'espérance que tu ôteras de moi le regard de ta vengeance. Si au contraire j'oublie mes péchés, toi, tu te souviendras de ta vengeance. Tout cela, Sire, je le sais, mais je n'en fais rien. Je te prie, Dieu omnipotent, qu'il te plaise m’apprendre à faire ton plaisir!

FÉÉÉFÉFÉÉÉÉÉEEEÉÉE

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